Blessure du « gilet jaune » Jérôme Rodrigues : l’hypothèse d’un tir de LBD relancée

Jerome Rodrigues, one of the leading figures of the "yellow vests" (gilets jaunes) movement, give a press conference on January 30, 2019, in Paris, after he was severely injured in the eye during a "yellow vest" anti-government protest. Rodrigues claimed he was hit by a rubber bullet during clashes at the Bastille square on January 26, but the French junior interior minister said there was "no indication" that his facial injuries were caused by a rubber projectile. Rodrigues said he was also hit in the foot by a stun grenade. / AFP / BERTRAND GUAY

Une vidéo diffusée dans « Quotidien » et le rapport d’un policier révélé par « Le Parisien » renforcent ce scénario, mis en doute par les autorités.

Le Monde avec AFP  le 31/01/2019

Jérôme Rodrigues, l’une des figures du mouvement des « gilets jaunes », lors d’une conférence de presse à Paris, le 30 janvier. BERTRAND GUAY / AFP

Une nouvelle vidéo amateur diffusée par l’émission de TMC « Quotidien » et le rapport d’un policier publié par Le Parisien relancent l’hypothèse d’un tir de lanceur de balles de défense (LBD) pour expliquer la blessure de Jérôme Rodrigues, samedi 26 janvier, place de la Bastille à Paris.

Hospitalisé après avoir été touché à l’œil droit lors de l’acte XI de la mobilisation des « gilets jaunes », M. Rodrigues, une figure du mouvement, assure avoir été atteint par un tir de grenade et un autre de LBD, une arme accusée d’avoir éborgné plusieurs manifestants et dont l’usage fait l’objet d’une polémique croissante.

L’Inspection générale de la police nationale (IGPN), la « police des polices », a été saisie et les autorités ont jusqu’à présent émis des réserves sur le scénario avancé par M. Rodrigues : dimanche, le secrétaire d’Etat à l’intérieur, Laurent Nuñez, avait affirmé ne pas disposer d’éléments attestant cette théorie, tout en appelant à être « prudent » et en ajoutant que dix-huit tirs de LBD avaient été recensés samedi place de la Bastille.

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  • Un tir renseigné avec le mauvais horaire

Selon Le Parisien, un policier en poste dans une compagnie de sécurisation et d’intervention (CSI) a finalement reconnu, dans un rapport adressé mardi à sa hiérarchie, s’être servi de son LBD au moment où M. Rodrigues a été blessé, sans pour autant qu’un lien entre le tir et la blessure à l’œil puisse être formellement établi.

Comme l’impose la procédure, ce tir avait été préalablement signalé parmi les dix-huit utilisations de LBD recensées, mais l’horaire renseigné n’était pas le bon.

« Nous avons eu connaissance de ce rapport aujourd’hui [mercredi]. Il a été immédiatement transmis à l’IGPN. Aucun élément contenu dans cette note ne permet d’affirmer ou d’infirmer l’une ou l’autre des thèses », a affirmé auprès de l’Agence France-Presse (AFP) le ministère de l’intérieur. « C’est à l’IGPN qui mène l’enquête sous l’autorité du parquet de Paris qu’il appartient d’établir les faits. Le ministère de l’intérieur communiquera à l’IGPN l’ensemble des documents dont il aura connaissance », a poursuivi la Place Beauvau.

  • Deux vidéos

Diffusée mardi soir par « Quotidien », une vidéo semble également montrer qu’un projectile a bien été tiré par un des policiers présents sur la place de la Bastille à quelques mètres de M. Rodrigues et avant que celui-ci ne s’écroule au sol.

Sur ces images de qualité moyenne, on voit un policier épauler ce qui ressemble à un LBD dont le canon laisse alors échapper une petite fumée. Sur une autre vidéo de meilleure qualité filmée au même moment, deux bruits sont entendus : l’explosion sourde d’une grenade puis le tir sec typique d’un LBD.

« Les vidéos diffusées hier soir n’attestent en aucun cas qu’un tir de LBD a été dirigé contre M. Rodrigues », a toutefois commenté le ministère de l’intérieur auprès de l’AFP. Ces vidéos ont été portées au dossier.

  • Seul l’envoi d’une grenade de désencerclement reconnu

Mardi, sur BFMTV, le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, a simplement reconnu qu’il y avait eu « l’envoi d’une grenade de désencerclement » avant que le militant soit blessé. « C’est le seul fait constaté », a-t-il estimé, disant attendre « tous les éléments de l’enquête ».

« Pour chacun des tirs, non seulement ils ont été filmés mais en plus ils font l’objet d’un rapport le soir. C’est l’obligation que j’ai donnée aux policiers et je sais qu’ils la respectent. S’ils ne la respectent pas ou s’ils ne l’ont pas respectée et qu’ils nous l’ont caché, il y a une faute et ils seront sanctionnés, partout en France », avait-il ajouté.


Blessure de Jérôme Rodrigues: un policier confirme avoir tiré avec un LBD

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Un policier a reconnu avoir fait usage d’un lanceur de balles de défense au moment où Jérôme Rodrigues a été blessé à l’œil samedi dernier, place de la Bastille à Paris. Mais il a contesté avoir touché le Gilet jaune, selon les informations du Parisien.

Un jet de grenade, puis un tir de lanceur de balles de défense ont bien eu lieu dans les secondes qui ont précédé la blessure du Gilet jaune le 26 janvier, place de la Bastille à Paris, annonce Le Parisien, se référant à l’enquête de l’Inspection générale de la police nationale (IGPN).

Selon les informations du journal, cette conclusion se fonde sur «deux nouveaux éléments»: l’étude des vidéos, filmées par les manifestants et celles de la préfecture de police de Paris, ainsi que la remise du rapport du policier à l’origine de ce tir.

«Dans ce document, rendu mardi soir à sa hiérarchie puis transmis à l’IGPN, il reconnaît avoir tiré, mais sans toucher Rodrigues», relate le média. Il s’agit d’un agent de la compagnie de sécurisation et d’intervention (CSI) des Hauts-de-Seine.

Jérôme Rodrigues, figure emblématique des Gilets jaunes, a été gravement touché à l’œil lors du onzième samedi de mobilisation dans la capitale. Il a affirmé à l’IGPN avoir été blessé par un tir de LBD, ce que récuse le ministère de l’Intérieur.Auparavant, le secrétaire d’État à l’Intérieur, Laurent Nuñez, avait rejeté la version de M.Rodrigues sur sa blessure des suites d’un tir de LBD. «Je n’ai aucun élément qui me permette de dire qu’il y a eu usage du lanceur de balle de défense à cet endroit-là et qui aurait touché M.Rodrigues. 32 tirs ont été filmés, y compris les 18 qui ont eu lieu à la Bastille et à ce moment-là, nous n’avons pas de tir de LBD», a-t-il déclaré sur LCI.


Gilet jaune blessé à Bastille : un policier a bien tiré avec un «LBD»

leparisien.fr – Jean-Michel Décugis, Eric Pelletier et Jérémie Pham-Lê – 30 janvier 2019
Paris, le 26 janvier. Jérôme Rodrigues soutenu par des pompiers qui viennent de soigner sa blessure à l’œil. AFP/Zakaria ABDELKAFI
Un policier a finalement reconnu dans un rapport, mardi, qu’il s’était servi de son lanceur de balles de défense samedi à Bastille. Mais il conteste avoir touché Jérôme Rodrigues.

Un jet de grenade par un policier puis un tir de lanceur de balles de défense (LBD) par un autre. Selon nos informations, les investigations menées par l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), « la police des polices », établissent formellement qu’un fonctionnaire a bien fait usage d’un LBD, samedi dernier, place de la Bastille (Paris XIe), au moment même où le Gilet jaune Jérôme Rodrigues était grièvement blessé à l’œil. Cette conclusion est fondée sur deux nouveaux éléments. D’abord, l’exploitation des vidéos, tournées par les manifestants, ainsi que celles de la préfecture de police de Paris. Ensuite, le rapport du policier à l’origine du tir qui s’est déclaré. Il s’agit d’un gardien de la paix rattaché à la compagnie de sécurisation et d’intervention (CSI) des Hauts-de-Seine. Dans ce document, rendu mardi soir à sa hiérarchie puis transmis à l’IGPN, il reconnaît avoir tiré sur un manifestant, mais pas sur Rodrigues.

Très tôt, Jérôme Rodrigues, 39 ans, une figure du mouvement, avait indiqué avoir été visé par un jet de grenade de « désencerclement » puis, quasi simultanément, par un tir de « flashball ». Il imputait à la seconde arme la responsabilité de sa blessure. Version que le ministère de l’Intérieur semblait jusqu’à présent remettre en cause, ne confirmant que le lancer de grenade. « C’est le seul fait constaté », déclarait Christophe Castaner, le ministre de l’Intérieur sur BFMTV mardi matin.

VIDEO. Gilets Jaunes : Jérôme Rodrigues blessé à l’œil (contenu explicite)

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L’horaire pas mentionné

« Il y a eu une remontée d’informations tardive », déplore aujourd’hui une source proche du dossier pour expliquer un tel flottement. Selon des sources policières concordantes, le fonctionnaire responsable du tir de LBD l’avait bien signalé, comme l’impose la procédure (dix-huit usages de LBD ont été recensés samedi sur la seule place de la Bastille). Mais le policier n’aurait pas mentionné le bon horaire, rendant difficile le rapprochement avec la blessure de Jérôme Rodrigues. Le décalage est d’une demi-heure. S’agit-il d’une erreur ou d’un mensonge destiné à occulter ses éventuelles responsabilités ?

Toujours est-il que, trois jours plus tard, ce même policier rendait un rapport, beaucoup plus précis, à sa hiérarchie. Rapport aujourd’hui entre les mains de la police des polices qui devra entendre le fonctionnaire. De nouvelles vidéos, prises sous un autre angle place de la Bastille, confirment d’ailleurs qu’il a bien fait usage de son LBD. Le bruit caractéristique de cette arme de force intermédiaire est entendu. Une séquence diffusée mardi soir par l’émission « Quotidien », a notamment été saisie par l’IGPN.

« Un tir latéral pour viser un groupe de casseurs, pas le manifestant »

Pour autant, « à cette heure, aucun élément de l’enquête ne permet d’affirmer que la blessure de Jérôme Rodrigues est causée par le tir de LBD, maintient une source au ministère de l’Intérieur. Les séquences montrent au contraire que le policier effectue un tir latéral pour viser un groupe de casseurs, pas le manifestant. » Au moment où le fonctionnaire fait usage de son lanceur de balles de défense, la compagnie d’intervention des Hauts-de-Seine vient en effet d’essuyer un jet de projectiles.

Dans son rapport, le policier auteur du tir de LBD indique d’ailleurs avoir touché un manifestant au ventre, qui aurait participé aux jets de projectiles, et non le visage de Jérôme Rodrigues. Ce point devra évidemment être vérifié. Est-ce alors la grenade de désencerclement qui a grièvement blessé le Gilet jaune à l’œil ? Place Beauvau, on ne se prononce pas sur l’origine de la blessure.

Sollicitée, la préfecture de police de Paris, à laquelle est rattaché l’auteur du tir de LBD, n’a quant à elle pas souhaité faire de commentaires, évoquant une « enquête en cours ».

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