Kazakhstan : l’intervention militaire russe a commencé. par aplutsoc2

Le 06 01 2022
Ce ne sera donc pas en Ukraine, mais contre l’explosion révolutionnaire au Kazaksthan. Peu avant 21 h, le président Tokaïev a ouvertement appelé à l’aide russe pour « réprimer les émeutes ». Des unités d’hommes en uniformes noir sans insignes étaient déjà apparues dans Almaty, et ont repris notamment l’aéroport aux manifestants, dans des affrontements qui ont fait de nombreuses victimes. Officiellement il s’agit d’une intervention de l’Organisation du Traité de Sécurité Collective patronné par la Russie. Des unités biélorusses, et, honte pour l’ex dirigeant populaire Pashyshian, arméniennes, seraient impliquées. Le mobile était d’abord d’ « évacuer des civils », c’est-à-dire les familles oligarchiques dont les jets privés décollent depuis des heures vers Moscou, la Suisse, la côte d’Azur ou encore Beijing. Le mobile est maintenant de « maintenir la paix », c’est-à-dire de faire la guerre au peuple. A l’heure où sont écrites es lignes, au moins 8 avions militaires russe auraient décollé, et le vice-ministre de la Défense serait sur place.

Les forces de l’ancienne puissance coloniale russe vont d’abord tenter de reprendre le contrôle d’Almaty à moindre coût, ce qui n’est pas gagné. Dans tout le pays, la grève est générale et les manifestants cherchent partout à s’armer. Nous mettons en lien le ralliement des unités de police au peuple dans la ville pétrolière d’Aktiubé, sur la Caspienne. Dans toute cette région, le mouvement, qui en est parti, a pour fer de lance les ouvriers du pétrole et du gaz et semble avoir rallié ou neutralisé le gros des soldats. Des assemblées publiques occupent plusieurs places, dont celle d’Ouralsk, non loin de la Russie.

Le département d’État des États-Unis a … dénoncé les « atteintes à la propriété » et appelé « les parties à faire preuve de retenue » ! Ils ont peur des mouvements populaires et de l’attaque contre la propriété oligarchique et capitaliste d’un État qui est l’épicentre du marché mondial de l’uranium et de la spéculation par le bitcoin. Si les Ukrainiens se font parfois des illusions, les Kazakhs savent très bien qu’ils n’ont rien à attendre des États occidentaux. Jamais une intervention russe ne reprendra le contrôle de cet immense pays. Tous les peuples de l’ex-URSS et aussi ceux des régions ouest de la Chine à commencer par les Ouïghours regardent avec espoirs le grand soulèvement kazakh, qui tient du Maidan et de la place Tahir sur la base de la grève des ouvriers du pétrole et du gaz. Tous ces peuples sont concernés, à commencer par les Russes !

L’année 2022 sera chaude et dure, mais elle ne commence pas si mal si l’on admet que l’ordre mondial actuel ne peut que craquer. Cette intervention non prévue il y a 4 jours par ses auteurs, sera terrible mais n’a pas les moyens de maitriser tout ce pays, et va attiser les tensions sociales et nationales dans plusieurs pays. Tachons d’être à la hauteur de ce qui vient, tant dans l’analyse et l’information que dans la solidarité internationaliste et l’organisation.

aplutsoc2 | 5 janvier 2022


Kazakhstan: «Cela peut paraître anodin dans d’autres pays, mais c’est historique»

Publié le : 06/01/2022 – 00:56

La police anti-émeute lors d’une manifestation à Almaty, au Kazakhstan, le mercredi 5 janvier 2022. AP – Vladimir Tretyakov

RFI – Texte par :Oriane Verdier
Le Kazakhstan a décrété l’état d’urgence mercredi soir 5 janvier sur tout le territoire national. Des manifestations déclenchées dimanche par une hausse du prix du gaz ont dégénéré en émeutes. Des milliers de manifestants ont réclamé la chute d’un régime vieux de 30 ans. Ils ont notamment pris de force des édifices publics et le principal aéroport du pays. Nous avons posé trois questions sur ce mouvement de contestation inédit à Sasha Koulaeva, experte de l’Asie centrale et professeur à Sciences Po.

RFI : D’où vient cette mobilisation ?

Sasha Koulaeva : Comme souvent la mobilisation est partie de la région de Mangystau, plus particulièrement la ville de Janaozen. C’est une région riche en pétrole, mais où la richesse est répartie de manière extrêmement inégale. Le prix du gaz et du pétrole a doublé tout d’un coup. Dans un premier temps, les gens ont demandé à ce que le prix redescende. Le président a envoyé plusieurs messages contradictoires. Il a fini par faire redescendre le prix, mais il était trop tard.

Ce qui est intéressant, c’est que dès le lendemain de la mobilisation, les manifestants avaient plusieurs revendications politiques telles que le changement de régime, l’élection des gouverneurs locaux qui sont actuellement nommés par le président, l’arrêt des arrestations et du harcèlement des militants civiques, et que le nouveau leader du pays ne soit pas issu du régime en place.

Ces manifestations ont surpris la communauté internationale par leur ampleur et par leur persévérance, mais ce ne sont pas les premières. L’effet actuel est justement dû à des années de protestations étouffées, des revendications sociales extrêmement précises et fortes. Au Kazakhstan, la grande richesse d’une minorité côtoie la pauvreté de la majorité de la population.

Une des manifestations ancrées dans la mémoire historique du pays a eu lieu dans la même ville, celle dans laquelle les révoltes actuelles ont commencé. Le pouvoir avait tiré sur les manifestants. Aujourd’hui encore, on ignore le nombre de morts causés par cette répression et cet évènement a beaucoup marqué la population. Le régime du Kazakhstan est très autoritaire, et beaucoup de manifestants d’aujourd’hui sont passés par les prisons pour avoir participé à des mobilisations dans le passé.

Kassym-Jomart Tokaïev, à droite, avec Noursoultan Nazarbaïev à Noursoultan, du prénom de ce dernier, en juin 2019. AP – Alexei Filippov
Mercredi, le président Tokaïev a annoncé remplacer le chef historique du pays Noursoultan Nazarbaïev à la tête du Conseil de sécurité. Que représente cette décision ?

C’est une annonce historique. Elle peut paraître anodine dans d’autres pays, mais il faut rappeler que Noursoultan Nazarbaïev est au pouvoir depuis 1991. Il a été président pendant 28 ans, puis il a officiellement laissé le pouvoir à Kassym-Jomart Tokaïev pour devenir le chef du Conseil de sécurité à vie. Dans les faits, c’est lui qui jusqu’à mercredi continuait de prendre toutes les décisions importantes du pays.
Mercredi, quand Kassym-Jomart Tokaïev a annoncé reprendre la tête du Conseil de sécurité, on a vu les manifestants déboulonner d’énormes statues de Noursoultan Nazarbaïev dans les grandes villes du pays. La colère de la population est focalisée sur sa personne et non pas sur celle du président Tokaïev, que personne ne prend au sérieux. Tout dépendra maintenant de la façon d’agir de ce dernier. Jusqu’à présent, ses réponses aux revendications sociales qui ont menées au mouvement actuel étaient extrêmement maladroites et autoritaires. Son incapacité à construire un quelconque dialogue a conduit à la situation d’aujourd’hui.

Il semble que certains policiers aient rejoint le camp des manifestants. Est-ce qu’il est possible de voir une aggravation des affrontements ?

Il y a déjà des affrontements en cours. Vous imaginez bien que pour prendre le contrôle de l’aéroport principal du pays, les manifestants ont dû faire face à une résistance des forces de sécurité. De même pour les bâtiments de l’administration. Sur les vidéos qui circulent, on voit des échanges de tirs et des gens tombés, y compris du côté des forces de l’ordre.

Aujourd’hui, le pays est dans le plus grand des chaos. Les pilleurs qui profitent de la situation se mêlent aux militants civiques et politiques. Il y a des affrontements et il serait très étonnant qu’il n’y ait pas une réponse forte du pouvoir. En même temps, la force des manifestations est telle et sans égale avec ce qu’on a pu observer ces dernières années, qu’il est très compliqué de prédire la réponse exacte du pouvoir.


Kazakhstan: Nazarbaïev démis du Conseil de sécurité, Tokaïev aux manettes

Des camions militaires sont vus près du bureau du maire lors de manifestations déclenchées par l'augmentation du prix du carburant, à Almaty, au Kazakhstan, le 5 janvier 2022. Des manifestants ont pris le contrôle de l'aéroport d'Almaty, la principale ville du Kazakhstan, mercredi 5 janvier, alors que la démission du gouvernement n'a pas apaisé le mouvement de protestation contre la hausse des prix du carburant dans ce pays d'Asie centrale.
Des camions militaires sont vus près du bureau du maire lors de manifestations déclenchées par l’augmentation du prix du carburant, à Almaty, au Kazakhstan, le 5 janvier 2022. Des manifestants ont pris le contrôle de l’aéroport d’Almaty, la principale ville du Kazakhstan, mercredi 5 janvier, alors que la démission du gouvernement n’a pas apaisé le mouvement de protestation contre la hausse des prix du carburant dans ce pays d’Asie centrale. REUTERS – STRINGER
Avec notre correspondant en Asie centrale, Régis Genté

Malgré l’autoritarisme du régime de cette ex-république soviétique, des milliers de protestataires ont pris de force des édifices publics et incendié des véhicules de police.

Dans ce contexte, le président Tokaïev a annoncé qu’il dirigerait désormais le Conseil de sécurité, qui était depuis près de trois ans le vrai centre du pouvoir au Kazakhstan.

Cela signifierait que l’ancien président Noursoultan Nazarbaïev, 81 ans, n’est plus au pouvoir.

En effet, lorsqu’en mars 2019, Noursoultan Nazarbaïev a décidé d’abandonner le fauteuil de chef de l’État, qu’il occupait depuis 1991, soit depuis 28 ans, il a gardé en réalité l’essentiel des attributs présidentiels en tant que chef du Conseil de sécurité. Ainsi en va-t-il dans les régimes autoritaires, où l’autocrate ne peut quasi jamais quitter le pouvoir jusqu’à sa mort.

Si ce 5 janvier 2022 pourrait bien entrer dans l’histoire du Kazakhstan, ce n’est donc pas seulement parce que le pays semble quasi hors de contrôle des autorités ce mercredi soir. C’est aussi peut-être qu’en cette folle journée, la page Nazarbaïev s’est définitivement tournée.

Désormais, c’est Kassym-Jomart Tokaïev qui annonce non seulement qu’il dirige seul le Conseil de sécurité, mais aussi qu’il va apporter des réponses « fermes » aux troubles en cours, mettant en avant le sacrifice des forces de l’ordre.

Ce mercredi après-midi, celui qui s’était fait officiellement nommer « Elbassy » (chef de la nation), a peut-être définitivement abandonné les rênes du pays, sous la pression de la rue qui depuis plusieurs jours criait « Shal, ket ! » (« Vieil homme, va-t-en ! »).

Le président Tokaïev demande l’aide de Moscou et de ses alliés 

Le président Tokaïev a déclaré ce mercredi soir qu’il faisait appel à une alliance de sécurité soutenue par Moscou, pour qu’elle aide à réprimer les manifestations, dirigées selon lui par des « gangs terroristes ». « Aujourd’hui, j’ai appelé les chefs d’États de l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC) à aider le Kazakhstan à surmonter cette menace terroriste », a-t-il déclaré à la télévision d’État, estimant que les protestataires avaient « reçu une formation approfondie à l’étranger ».

La réponse est venue plus tard dans la soirée. Le président de l’OTSC, le Premier ministre arménien Nikol Pachinian, a indiqué sur Facebook que l’alliance avait décidé d’envoyer une « force collective de maintien de la paix » dans le pays, pour « une durée de temps limitée afin de stabiliser et normaliser la situation », provoquée par « une ingérence extérieure » selon lui.

 À lire aussi Mouvement social au Kazakhstan: malgré la chute du gouvernement, les manifestants ne décolèrent pas

Plus tôt dans la journée, le gouvernement américain appelle les autorités à la « retenue » et souhaite que les manifestations s’y déroulent « de manière pacifique », a dit mercredi la porte-parole de la Maison Blanche Jen Psaki, alors que le pays d’Asie centrale vient de décréter l’état d’urgence.

Jen Psaki a aussi critiqué les « folles allégations de la Russie » sur une responsabilité supposée des États-Unis dans les émeutes qui secouent le pays. « C’est absolument faux » et cela relève « de la stratégie de désinformation russe », a-t-elle asséné.

Les racines économiques de la colère populaire au Kazakhstan

Le président du Kazakhstan promet donc désormais une réponse « ferme » aux manifestations qui secouent l’ex-république soviétique d’Asie centrale qu’il administre. Le mouvement de colère a débuté dimanche après un doublement du prix du gaz naturel liquéfié (GNL), très utilisé par les automobilistes. Cette hausse est perçue par la population comme injuste au vu des richesses du pays.

Car malgré ses énormes richesses en hydrocarbures et en minerais, l’économie du Kazakhstan souffre des conséquences de la pandémie. Depuis 2020, la population subit une forte inflation, proche de 9% sur un an, avec pour conséquence une augmentation des prix des produits alimentaires. Cette inflation constitue l’un des principaux facteurs d’inquiétude et de colère des manifestants.

Ces derniers redoutent que la hausse des prix du gaz entraîne une nouvelle augmentation des prix alimentaires. Par ailleurs, ils considèrent que l’augmentation du coût du gaz est injuste, d’autant que le pays possède d’importantes ressources gazières et pétrolières.

Le Kazakhstan, première économie d’Asie centrale, a connu avant la pandémie une croissance économique solide, à plus de 4% par an. Mais en 2020, la crise sanitaire a plongé le pays en récession, situation qu’il n’avait pas connue depuis 23 ans. L’économie du pays a surtout été fragilisée par la baisse des prix du pétrole, sa principale rentrée de devises, à laquelle s’est ajoutée la crise économique en Russie, son premier fournisseur. Deux facteurs responsables de la dévaluation du tenge, sa monnaie locale.

Altin Lazaj

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