Malgré la flambée épidémique, Macron parie sur nos vies en misant sur l’immunité collective

[ad_1] 2022-01-21 16:33:07 Revolution Permanente

Plus de 425 000 nouveaux cas positifs de Covid détectés le 20 janvier, un nouveau record depuis le début de l’épidémie, mais « La situation commence à évaluer plus favorablement » pour Jean Castex. Dans une conférence de presse, le premier ministre a annoncé jeudi la levée échelonnée entre le 2 et le 16 février de la plupart des mesures sanitaires : fin du télétravail, des jauges des établissements recevant du public, ouvertures des discothèques et des concerts debout… En assumant délibérément de faire courir le virus, le gouvernement fait une fois de plus la démonstration de sa gestion chaotique et profondément pro-patronale de l’épidémie.

Castex mise sur l’immunité collective

C’est un bilan pour le moins partiel, qu’a dressé Castex lors du point de situation faisant suite à la réunion du conseil de défense qui s’est tenue jeudi 20 janvier. S’il évoque vaguement une « tension forte » dans les hôpitaux, il met surtout en avant des « nouvelles rassurantes ». En premier lieu le reflux de la vague liée au variant Delta, reflux sous-entendu acté et définitif. Et ce à rebours des scénarii évoqués par le conseil scientifique, et notamment de l’épidémiologiste Arnaud Fontanet qui met en garde contre un possible retour de Delta au printemps..

Se basant sur la décrue du nombre de nouveaux cas en Ile-de-France, le premier ministre évoque également un scénario « cohérent et rassurant au Royaume-Uni », où Boris Johnson a récemment annoncé la fin de la plupart des mesures sanitaires. Pourtant derrière la levée des mesures de restriction le risque est grand d’exposer encore plus massivement la population au Covid, quand la comparaison néglige totalement les particularités locales et nationales dans les dynamiques épidémiques. L’épidémiologiste Antoine Flahault explique ainsi sur Europe 1 que « Les Danois pensaient atteindre un pic à peu près en même temps que le Royaume-Uni. Ils avaient aussi une ou deux semaines d’avance sur l’épidémie française. Et le Danemark est en pleine remontée. Donc, malheureusement, la situation reste encore extrêmement instable et il est difficile pour l’instant d’envisager d’alléger les mesures tant que la situation ne s’est pas vraiment améliorée ».

De même, pas un mot sur le nouveau variant BA.2, sous-variant d’Omicron qui serait encore plus contagieux que ce dernier et à l’origine de la flambée des cas au Danemark. Quand Olivier Véran est finalement obligé d’aborder la question, sollicité lors de la séance de questions par une journaliste, il se contente de botter en touche, affirmant qu’il n’est pas considéré comme préoccupant par l’OMS parce que les données à son sujet manquent encore. Pas vraiment de quoi rassurer donc.

Durant plus de 20 minutes de présentations sur la situation sanitaire, Castex aura réussi l’exploit de ne jamais citer le récent avis du conseil scientifique, et de n’évoquer les récentes projections de l’institut pasteur que pour se gargariser des réussites du pass sanitaire et justifier la mise en place du pass vaccinal. Signe du caractère aventurier de cette politique, l’avis rendu par conseil scientifique, pourtant caution scientifique de la stratégie autoritaire du gouvernement sur le plan sanitaire depuis le début de la pandémie, qui préconisait une stratégie opposée à celle présentée par le premier ministre. Dans ses recommandations pour gérer la vague qui devrait s’étendre jusqu’à la mi-mars, le conseil affirme que « Les projections suggèrent que le retentissement sur le système de soins pourrait être géré si, et seulement si, la réduction des contacts et la conservation des gestes barrières se poursuivent durant les semaines qui viennent » mais également que « des moyens supplémentaires pourraient être alloués afin de renforcer les protocoles sanitaires de prévention et dépistage des infections en milieu scolaire et dans les crèches ».

On l’aura compris, Castex dresse un tableau très partiel et tient un discours rassuriste sur la situation sanitaire, afin de justifier la fin des mesures et la normalisation de la circulation du virus. C’est que le gouvernement a choisi de parier jusqu’au bout sur l’immunité collective et donc d’entériner sa stratégie de nous faire vivre avec le virus. Et par là ouvre la voie à la standardisation de plusieurs centaines de morts par jour du Covid, ainsi qu’à la pérennisation d’un hôpital saturé et contraint d’organiser des déprogrammations d’opérations. Et enfin écarte toute question des moyens pourtant nécessaires pour affronter la crise et poursuit une politique où les soignants déjà épuisés voient leur liste de tâches. C’est augmenter : Castex a notamment annoncé l’habilitation des pharmaciens, déjà dépassés par la gestion des tests, et des infirmiers, à assurer la vaccination des enfants.

Corolaire de cette politique aventurière, le premier ministre n’a pas manqué l’occasion de renforcer son discours sur la responsabilité des non vaccinés, en faisant l’éloge du pass qui « assume de faire peser clairement la contrainte sur les non vaccinés ».

Une stratégie qui pourrait s’avérer d’un certain efficace politique à quelques mois des présidentielles, d’autant plus qu’accompagnée de la levée des restrictions, mais qui sur le plan sanitaire parait face à l’épreuve du réel assez stérile. Les non-vaccinés, devenus les premiers responsables de la persistance de l’épidémie, du manque de lit dans les hôpitaux publics, et du manque de stratégie sanitaire du gouvernement ; une réalité subsiste : les indicateurs et chiffres de contamination restent extrêmement hauts comme en témoigne la situation catastrophique dans les écoles.

Une réponse aux exigences du patronat

En arrière-plan, le gouvernement ne cache plus sa volonté de tout faire pour laisser les coudées franches à la reprise économique. Cette levée des mesures s’inscrit comme une réponse aux exigences d’un patronat qui voit comme un problème l’obligation du passage en télétravail.

Alors que Castex a annoncé 2 février l’arrêt de l’obligation des 3 jours de télétravail par semaine, le MEDEF se montre encore mécontent et il a fait savoir à la ministre du travail qu’il aurait préféré un retour immédiat à ce qu’il nomme l’incitation comme l’indique Les Echos. Pourtant l’obligation au télétravail qu’il décrit a jusqu’ici été mise en place selon leur bon vouloir, c’est-à-dire « dans la mesure du possible » et avec des amendes sensées garantir l’application qui ont été plafonnées puis divisées par 2 par la ministre du travail, envoyant clairement un message de soutien au patronat.

Cette « obligation » laissera ainsi la place à une recommandation d’instaurer le télétravail, « en laissant le soin aux entreprises de maintenir le bon niveau dans le cadre de leur dialogue social interne » d’après les mots du premier ministre, soit une carte blanche totale laissée au patronat, ouvrant la voie à la transformation des entreprises en autant de clusters.

Plus généralement, la volonté affichée du gouvernement de laisser courir le virus ainsi que son discours de banalisation de celui-ci ouvre la voie à un « retour à la normale » du fonctionnement des entreprises peu importe la situation sanitaire et les risques pour les travailleurs. Après la réduction du temps de quarantaine, la suppression de l’isolement pour les personnes cas contacts contaminées, le maintien ouvert des écoles sans protocoles à la hauteur, l’adaptation évidente de la politique sanitaire gouvernementale aux revendications du MEDEF poursuit son chemin, au détriment de l’immense majorité de la population.

A l’approche des élections, les restrictions s’envolent

En levant les restrction sanitaires, enfin, Macron tente de rentrer en campagne présidentielle en ayant mis derrière lui la crise sanitaire, où à défaut en donnant cette impression avec un discours rassuriste en levant les mesures. Dans le même sens les dates clefs du 2 et du 16 février ne sont en aucun cas liées à des indicateurs sanitaires minimums qui permettraient d’envisager une sortie sereine de la crise sanitaire mais uniquement à un calendrier politique et économique. Gilles Pialoux déclarait ce matin sur France Info : « c’est un peu le calendrier de l’avent, on ouvre des portes, on ne sait pas ce qu’il y a derrière très clairement. » Le gouvernement avec ce nouvel échelonnage cherche à donner le signal que l’épidémie serait dépassée, et à refermer le dossier de la colère des enseignants et de la contestation ouverte du fait de sa gestion catastrophique de la crise sanitaire. Il prépare ainsi le terrain pour son entrée en campagne pour les présidentielles et souhaite renouer avec sa remontée dans les sondages opérée avant la nouvelle vague.

Alors que toute sa gestion de la crise a été autoritaire et répressive, c’est un choix dangereux pour nos vies, qui ne suffira pas à faire oublier son inconséquence et sa responsabilité criminelle sur la gestion des masques, le manque de moyens dans les hôpitaux, les écoles et les facs, les protocoles sanitaires désastreux, les clusters dans les prisons et les CRA, ou encore la gestion coloniale de l’épidémie dans les départements d’outre-mer.

Cette décision aventurière assume également d’exposer massivement la population au virus, favorisant l’engorgement des hôpitaux, le développement de nouveaux variant et l’expansion des variants actuels comme le Delta ou le BA.2, et entérine la stratégie de responsabilisation et de répression des non vaccinés en même temps que celle de l’immunité collective. Si les mesures restrictives sont pour l’instant abandonnées, le registre du tout répressif, reste donc, lui, à l’ordre du jour.

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