Les bas salaires rendent le secteur européen des soins à domicile « non-durable »

22 MAI 2024

Selon une nouvelle enquête européenne publiée aujourd’hui, les conditions de travail des travailleuses et travailleurs du secteur des soins à domicile et de l’aide-ménagère en Europe ne sont pas durables.

UNI Europa

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La plupart des travailleuses et travailleurs interrogé·e·s (56,9 %) ont déclaré qu’ils et elles ne seraient pas en mesure d’occuper leur emploi jusqu’à l’âge de la retraite, tandis que 59,9 % des personnes interrogées – dont 96 % de femmes – ont déclaré avoir envisagé de quitter le secteur au cours des trois dernières années, les deux tiers d’entre elles (67,5 %) en raison de la faiblesse des rémunérations.

Comme en témoigne un⸱e travailleur⸱euse slovaque : « Vous ne parviendrez à la retraite qu’en rampant et en étant épuisé. C’est dommage parce que j’aime ce travail, mais après 18 ans, c’en est trop. Je suis sur le point de partir. » Cette situation est particulièrement inquiétante compte tenu de la crise démographique que traverse l’Europe, la proportion de la population âgée de plus de 65 ans devant passer d’un cinquième à un tiers d’ici à 2050.

L’enquête suggère que le dialogue social et les négociations collectives au niveau européen doivent être renforcés pour améliorer les conditions de travail, la qualité des soins et les services domestiques.

L’enquête « PHS Employment Monitor » se réfère aux travailleuses et travailleurs des services personnels et domestiques (PHS), le terme officiel utilisé par la Commission européenne. Il s’agit de la plus grande enquête jamais réalisée en Europe dans les secteurs des services personnels et domestiques. Commandée conjointement par les partenaires sociaux, les fédérations syndicales européennes UNI Europa et EFFAT et les organisations patronales EFFE et EFSI, l’enquête a recueilli les réponses de plus de 6 500 travailleuses et travailleurs des PHS, employeurs et utilisateur·ice·s de services de 26 pays.

Les résultats mettent en évidence une crise grave et persistante de pénurie de main-d’œuvre et de rotation dans un secteur qui représente environ 4 % de l’emploi total dans l’UE. Les travailleuses et travailleurs, les employeurs, les utilisateur·ice·s de services ou les utilisateurs-employeurs considèrent tou·te·s que le secteur est sous-évalué en termes de perception, de rémunération et de financement public. Comme en témoigne un employeur de PHS en France : « Le salaire n’est pas attractif, elles ne veulent pas travailler dans ce secteur ou quand elles y travaillent, ce n’est pas la priorité. »

Les résultats soulignent également le rôle important des utilisateurs-employeurs dans les secteurs des PHS. La plupart d’entre eux estiment qu’ils bénéficieraient de la représentation d’une organisation patronale qui pourrait négocier des normes minimales dans le secteur avec les syndicats. En outre, plus de la moitié (60,8 %) des employeurs interrogés dont les effectifs ne sont pas couverts par une convention collective se disent ouverts à la signature d’une convention collective. La majorité des utilisateur·ice·s de SSP qui ont répondu à l’enquête ont déclaré qu’ils et elles préféreraient faire appel à une entreprise ou à une organisation ayant conclu avec les syndicats une convention collective régissant les conditions de travail des travailleuses et travailleurs de PHS à leur domicile.

L’enquête montre que les travailleuses et travailleurs, les employeurs et de nombreux utilisateur·ice·s de services, utilisateurs-employeurs conviennent que les secteurs des PHS ne bénéficient pas d’une reconnaissance publique et institutionnelle à la hauteur de leur importance et de leur contribution à la société, ce qui exacerbe les bas salaires et les mauvaises conditions qui poussent les travailleuses et travailleurs à chercher ailleurs. Ce constat est conforme aux demandes formulées par les partenaires sociaux des services de santé publique dans leur réaction commune à la stratégie européenne en matière de soins de santé. Le manque de reconnaissance est également étroitement lié à l’absence d’investissements publics dans le secteur.

Dans ce contexte, les syndicats et les organisations d’employeurs engagés dans le dialogue social dans le secteur des PHS peuvent jouer un rôle crucial : les résultats de l’enquête montrent qu’il existe une marge importante d’amélioration par le biais de la négociation collective à tous les niveaux. L’étude présente d’autres solutions allant de la formalisation du secteur à des efforts éducatifs visant à améliorer l’image du travail des SSP pour les travailleuses, travailleurs et les utilisateur·ice·s, en passant par une augmentation du financement public pour résoudre la tension entre les prix élevés et les bas salaires dans le secteur, et par une amélioration générale des conditions de travail et de vie.

Parmi les autres résultats clés, citons

  • La majorité des travailleuses et travailleurs des PHS ont déclaré que leur travail était mentalement éprouvant. Parmi ceux qui travaillent 40 heures ou moins par semaine, 50 % ont déclaré que leur travail leur avait causé des problèmes de santé mentale tels que le stress, l’anxiété ou l’épuisement professionnel. Parmi celles et ceux qui travaillent plus de 40 heures par semaine, ce chiffre s’élève à 65,8 %.
  • Presque toutes les organisations prestataires de PHS interrogées (96,7 %) ont indiqué qu’elles avaient mis en œuvre au moins quelques mesures pour réduire la rotation de la main-d’œuvre. Les mesures les plus courantes mises en œuvre par les employeurs sont les augmentations de salaire, les efforts pour améliorer la santé mentale et le bien-être des travailleuses et travailleurs, l’accès à la formation et aux opportunités de développement de carrière, ainsi que les avantages non salariaux supplémentaires. À cet égard, beaucoup ont souligné que l’augmentation du soutien de l’État et de l’investissement public est la seule solution viable.
  • Bien qu’ils et elles constituent une part importante du secteur, les travailleuses et travailleurs migrant·e·s des PHS connaissent un équilibre entre vie professionnelle et vie privée nettement moins bon. 38,2 % d’entre elles et eux ont déclaré que leur emploi ne leur permettait pas de trouver un bon équilibre entre vie professionnelle et vie privée, contre 27,5 % des travailleuses et travailleurs non migrant·e·s. De même, ils et elles sont beaucoup plus nombreux·ses à avoir envisagé de quitter la profession au cours des trois dernières années.
  • 40 % des travailleuses et travailleurs migrant·e·s ont été confronté·e·s à des difficultés administratives liées à leur statut migratoire lorsqu’ils et elles ont tenté de trouver un emploi dans le secteur des PHS. Les difficultés supplémentaires liées au fait d’être une travailleuse ou un travailleur migrant·e sans papiers peuvent constituer un obstacle au travail déclaré, ce qui se traduit par un manque de reconnaissance, de droits et de protection, comme l’a rapporté une femme de ménage des Pays-Bas : « Je suis sans papiers aux Pays-Bas et le gouvernement ne reconnaît pas mon travail ici, donc nous n’avons pas d’avantages comme les congés de maladie payés. »
  • Les utilisateurs et utilisatrices de services et les utilisateurs-employeurs ont unanimement souligné leur sentiment de « désastre » qui les attendrait s’ils n’avaient plus accès aux travailleuses et travailleurs PHS pour leur domicile. Certain·e·s d’entre elles et eux ont expliqué qu’ils et elles n’auraient pas d’autre choix que de placer leurs parents et d’autres êtres chers dans des résidences assistées et de les obliger à quitter leur domicile. De même, de nombreuses femmes qui reçoivent des services de PHS à domicile ont reconnu que, sans l’aide de ces travailleuses et travailleurs, leurs possibilités de carrière seraient plus limitées et leur qualité de vie réduite.

Le travail non déclaré est un fléau du secteur des PHS : bien qu’il soit difficile à mesurer, les données d’enquête suggèrent qu’un manque de réglementation, de négociation collective et de soutien gouvernemental entraîne un risque plus élevé de travail non déclaré dans le secteur des PHS. À cet égard, les organisations prestataires et les utilisateur·ice·s de services s’accordent sur la motivation perçue du travail non déclaré. 66,2 % des entreprises prestataires de PHS interrogées ont identifié le « coût plus élevé du travail déclaré » comme l’un des principaux moteurs du travail non déclaré.

Le Secrétaire régional d’UNI Europa, Oliver Roethig, declare : « Les travailleuses et travailleurs des soins à domicile et des PHS jouent un rôle essentiel dans le maintien de la vie et le façonnement de l’avenir de la société européenne. Pourtant, notre enquête montre qu’ils et elles restent trop souvent sous-évalué·e·s et ne bénéficient pas de la reconnaissance qu’elles et ils méritent. Cette situation ne peut changer que par un dialogue social fort et des négociations collectives à tous les niveaux afin d’améliorer les salaires et les conditions de travail des travailleuses et travailleurs dans toute l’Europe. En tant que partenaires sociaux européens des PHS, nous réaffirmons aujourd’hui notre engagement commun en faveur d’une reconnaissance accrue des travailleuses et travailleurs et des secteurs des PHS en Europe : cette étude prouve que les activités des partenaires sociaux des services de santé publique auront besoin de soutien et de financement dans les années à venir. »

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