Quand Jean-Michel Apathie rapproche le massacre d’Oradour et la colonisation de l’Algérie

Le rapprochement entre les exactions des nazis à Oradour-sur-Glane en 1944 et la guerre française de conquête de l’Algérie au XIXe siècle, osé par Jean-Michel Apathie, passe mal chez ceux qui défendent la mémoire du village martyr limousin.

Par Jean-Louis Mercier

Publié le 26 février 2025 à 16h43

Les ruines du village martyr d’Oradour-sur-Glane, en Haute-Vienne. © julien vellet
« Chaque année en France, on commémore ce qui s’est passé à Oradour-sur-Glane, c’est-à-dire le massacre de tout un village. Mais on en a fait des centaines, nous, en Algérie. Est-ce qu’on en a conscience ? »

Cette affirmation du journaliste Jean-Michel Apathie, lancée mardi dans le studio de RTL, n’en finit pas d’agiter les réseaux, les blogs et les éditoriaux depuis qu’elle a été émise.

Elle a d’abord provoqué la réaction immédiate du journaliste de RTL Thomas Sotto, qui animait ce débat sur les relations entre la France et l’Algérie, en présence de Florence Portelli, vice-présidente LR du Conseil régional d’Ile-de-France.

« On n’a pas fait d’Oradour-sur-Glane en Algérie », a immédiatement contredit Thomas Sotto. « On a mis des enfants dans une église et on a mis le feu ? Vous vous rendez compte de ce que vous dites ? », a répliqué Florence Portelli à Jean-Michel Apathie.

Celui-ci a insisté : « les nazis se sont comportés comme nous on l’a fait en Algérie ». Jean-Michel Apathie fait surtout référence à la première partie de la colonisation française de ce qui n’était pas encore l’Algérie, dès 1830. Les massacres commis par les troupes françaises sont documentés, durant les dizaines d’années qu’a duré la conquête de ce territoire.

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« Une brutalité qui épouvante l’Europe »

Jean-Michel Apathie milite, depuis longtemps, pour que la France s’excuse pour la conquête et l’exploitation de l’Algérie. Il a rappelé, en 2022, que « les militaires, quand ils se livrent à cette conquête, le font avec une brutalité qui épouvante même l’Europe. Dès 1845, une campagne de presse des journaux anglais, allemands et français explique que la façon dont se comporte l’armée française est inacceptable ».

Mais Jean-Michel Apathie n’était jamais allé jusqu’à comparer ces exactions à des Oradour en faisant fi, au passage, de toute logique historique. Dérapage ? « En utilisant le terme “nazi”, il savait très bien qu’il allait buzzer », constate Agathe Hébras, petite-fille du dernier survivant du massacre d’Oradour et qui a pris le relais mémoriel de son grand-père. « Jean-Michel Apathie a fait une très mauvaise opération de communication. »

Raccourcis idéologiques

Agathe Hébras estime que le journaliste « fait des raccourcis idéologiques dans le sens qui l’arrange pour servir son propos. C’est ce que font les révisionnistes pour étayer leurs thèses, ils piochent ce qui les arrange dans les faits et écartent les éléments qui ne serviraient pas directement leur thèse. De cette nouvelle histoire, ils font une preuve matérielle ».

C’est ce que pense également Philippe Lacroix, le maire d’Oradour-sur-Glane qui, s’exprimant sur un site Internet, estime que « comparer le massacre d’Oradour-sur-Glane à tout autre crime, c’est stupide et choquant, car c’est ignorer, minorer ce qui s’est passé ici le 10 juin 1944 […]. La comparaison d’Apathie, c’est une manière de refaire l’histoire ». Et il n’est pas certain que la polémique soit utile au nécessaire débat sur l’histoire commune de la France et de l’Algérie.

À noter que l’ARCOM, autorité de régulation audiovisuelle et numérique, s’est saisie des propos de Jean-Michel Apathie.

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