
Signalé par Jean-Mau
Paysan et journaliste, tous les deux en retraite active. A la campagne – France
Sa biographie : Une longue balade de vie sur la planète Terre à poursuivre mes rêves d’enfant autiste… et à les rattraper. Un kaléidoscope de rencontres exceptionnelles. Un patchwork de métiers exercés. Un rapport viscéral à la nature. Un refus obstiné de toute domination. Tout ça pour forger mes convictions d’anarco-écolo-humaniste.
Des revendications pour un 10 septembre… et après
Un mouvement social spontané n’a de chance de réussir que s’il est intransigeant dans ses revendications face aux pouvoirs politique et économique et qu’il est le ferment d’un autre monde quand l’actuel est en déliquescence. Quémander des aménagements au capitalisme et des gouttes de ruissellement aux riches ne sera qu’un sursis à exécution du peuple laborieux. Nous devons nous émanciper.
Bayrou, en vieux routier de la politique professionnelle, l’a jouée fine : sa question de confiance lancée dans une arène parlementaire névrosée est une démission déguisée avant que qui que ce soit d’autre le démissionne vertement. Le « soutien total » de Macron en Conseil à son Premier ministre sonnait comme un adieu à un compagnon d’armes d’un macronisme intellectuellement invertébré.
Et cette « démission » sera judicieusement présentée le 8 septembre, soit 48 heures avant le jour, potentiellement fatidique pour lui, d’une mobilisation sociale et populaire le 10. Un mouvement protéiforme, un cauchemar pour Retailleau, ses services de surveillance et de répression qui, comme pour les Soulèvements de la terre, ne peuvent mettre sous cloche un mouvement éparpillé façon puzzle ou harceler des leaders puisqu’il n’y en a pas. Attention au burn-out.
Les patrons de la politique professionnelle, qui ne savent plus comment redescendre des plateaux médiatiques, et ne trouvent plus la sortie des palais d’une république devenue royale, exposent leur désarroi qui fait peine à voir. Par quel bout prendre cette agitation née sur les réseaux d’un compte souverainiste, mais dont la nébuleuse des oppositions populaires, politisées, syndiquées ou libres d’engagement, s’est emparée ? La gauche des partis raccroche son wagon sans enthousiasme parce que contrainte de prendre le train en marche et que c’est une manœuvre risquée.
D’ailleurs, Glucksmann, membre de la gauche diluée à dose homéopathique, se défile pour rejoindre le camp de l’ultra-centrisme, aussi idéologiquement invertébré que le macronisme. De son côté, le RN, qui laboure les couches populaires de ses obsessions nationalistes et (dé)diaboliquement haineuses, reste en retrait tout à la gentrification de sa façade, sans qu’il faille sous-estimer la capacité de nuisance de groupes affiliés pour noyauter certaines mobilisations. Enfin, les syndicats restent sur la réserve et annoncent faire bande à part le 18 septembre.
L’obsolescence des partis et des syndicats
Pour les partis de gauche et les syndicats, structures pyramidales, leur méfiance face à un mouvement populaire qu’ils ne contrôlent pas est à la hauteur de leur obsolescence face au néolibéralisme et au grand capital. Leur erreur historique a été d’inscrire leurs programmes et leurs actions dans le cadre du capitalisme, de ne réclamer que des aménagements plus favorables aux travailleurs, quelques gouttes d’un improbable ruissellement des richesses accumulées par une minorité oligarchique. Certes, la contestation ouvrière, les grandes grèves jusqu’à l’éclaircie du Front populaire ont contribué, au siècle dernier, à des améliorations de la condition du monde du travail.
Mais à aucun moment, encore moins aujourd’hui, partis de gauche et syndicats n’ont tenté d’imaginer un monde post-capitaliste ou, pour le moins, de tenter de mettre à genoux ce système d’exploitation des hommes, des femmes et des ressources communes. Ils ont été les rouages nécessaires au capitalisme pour faire voter des lois favorables, éteindre des conflits avant qu’ils ne dégénèrent et maintenir une paix sociale pour le plus grand profit de la productivité.
Chaque concession faite par le capital pour éteindre les crises a été l’occasion pour ce dernier de se redéployer avec encore plus de force et d’imposer justement des gains de productivité. Ils ont enfermé le peuple dans le there is no alternative, martelé en chœur par les économistes de l’école de Chicago, entièrement dévoués au néo-libéralisme et initiateurs d’une financiarisation déconnectée de l’économie réelle et surtout des besoins de l’humanité pour une vie bonne. Le tout popularisé par une Margaret Thatcher dont on sait les violences dévastatrices qu’elle a commises sur le monde prolétaire.
Ne soyons pas des idiots utiles
Pour ce qui nous occupe sur le terrain franco-français, le patronat vient d’indiquer sa potion amère : moins d’agents publics (et donc de services publics), moins d’impôts (sous entendu pour les entreprises, leurs patrons et les actionnaires) et plus d’heures supplémentaires pour les salariés qui font tourner les machines (en restant mutique sur les salaires). Ils ont même constitué un « Front économique » avec une escouade d’économistes affidés, ce qui est censé indiquer une formation de combat et une volonté d’en découdre avec tout ce qui peut entraver la marche du capitalisme qu’ils veulent triomphale. Et nous faire payer toutes leurs factures comme celle de la loi Duplomb ou leurs déficits comme celui des subventions publiques aux entreprises privées sans contreparties.
En face, le mouvement « Bloquons tout » commence à faire monter la mayonnaise, les idées d’actions fusent et les revendications s’affichent dans leur multitude. Dès lors, plusieurs dangers se présentent. D’abord celui de noyautages politiques ou syndicaux, de provocations qui instilleraient la division et l’éparpillement. Ensuite, celui de rester enfermés dans le cadre contraint du système capitaliste. Le rejet de toute récupération politique ou syndicale doit être l’occasion de sortir de cette position de simple rouage de ce système partis-syndicats-capital dont les citoyens et travailleurs sont devenus les idiots utiles, des travailleurs-consommateurs, des êtres hybrides créés par le fordisme.
À commencer par la revendication d’une augmentation du « pouvoir d’achat » qui n’a rien d’un pouvoir, mais s’apparente à une autorisation de consommer à la seule discrétion du patronat. Le concept de pouvoir d’achat est un élément central de marketing de la société marchande au seul bénéfice du capitalisme. Réclamer les moyens de consommer plus, c’est s’inscrire dans le système au prix d’une servilité toujours plus grande. Nous devons revendiquer le droit de nous extraire de cet enfermement idéologique, d’avoir une vie bonne sans injonctions publicitaires, sans monnayage obligatoire, sans marchandisation outrancière, cancer des relations humaines.
Nous devons revendiquer le droit d’inventer, de tester et de proposer des alternatives pour créer des mondes coopératifs, fédéralistes, réellement démocratiques, libertaires, d’être solidaires à titre non lucratif dans tous les domaines de la vie sociale. Nous devons exiger une justice fiscale (suppression de la TVA, impôt confiscatoire au-delà d’un certain revenu…) et un partage de richesses à produire dans les limites du monde vivant ; que le fruit de ces prélèvements serve à réduire les inégalités sociales, la dette écologique et climatique, avant de servir les intérêts des financiers hors sol et majoritairement hors frontières qui financent l’État avec des postures de vautours convoitant le patrimoine commun des Français. De nouvelles vagues de privatisations des biens communs sont d’ailleurs à prévoir si l’on n’y met un coup d’arrêt.
Un monde coopératif plutôt que compétitif
Il est évident qu’un monde coopératif qui se substituerait au système compétitif du néo-libéralisme est un cauchemar pour les idéologues du capitalisme qui ont intellectuellement et physiquement infusé dans toutes les strates de notre société et principalement dans les allées des pouvoirs politique, médiatique, économique. Le grand capital ne se laissera pas faire et a les moyens de réprimer toute velléité de s’affranchir de son joug. Nous devons donc libérer en premier lieu nos imaginaires des liens de la colonisation marchande. D’abord pour faire vaciller le système et précipiter sa fin, mettre en œuvre au moins ces trois actions : boycotts, blocages, sabotages, et atteindre le nerf de leur guerre, celui de l’argent. Puis nous devons mettre notre créativité libérée au service de ce monde coopératif désirable.
Il nous faut donner tort à la trop célèbre phrase du penseur américain Fredric Jameson (1934-2024) : « Il est plus facile d’imaginer la fin du monde que la fin du capitalisme ». Parce qu’elle était une stimulation à mener une critique radicale de l’ordre capitaliste et non la constatation d’une impuissance à bousculer cet ordre.
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