Belgique : quelques fragments d’un carnet de grève. Martin Vander Elst.

Par aplutsoc le 29 novembre 2025
Présentation

La Belgique a été la scène d’un mouvement généralisé des travailleurs pendant les journées des 24, 25 et 26 novembre contre les plans d’austérité draconiens que les politiciens de droite libérale et droite extrême entendent infliger aux salariés, chômeurs et pensionnés. Le 28 novembre, la coalition menée par le nationaliste flamand Bart De Wever a hélas obtenu la confiance pour mener une politique de coupes budgétaires au détriment des ménages les plus modestes. Le gouvernement fédéral touche malades, salariés et consommateurs, mais rien ne dit que les travailleurs vont rester sans réagir, prolongeant les premiers élans de mobilisation des 24-25-26 novembre. Nous reproduisons quelques extraits du carnet de grève tenu par Martin Vander Elst.

Fragments d’un carnet de grève

Ce matin, ce monde ultra-libéral, ce monde du nihilisme climatique, ce monde techno-fasciste, ce monde du sacrifice sans fin des classes populaires sur l’autel de l’austérité et du sur-profit est toujours aussi insupportable, toujours aussi invivable, mais durant ces quatre journées de luttes, intenses, nous nous sommes rencontrés. Nous nous sommes parlés, beaucoup, nous nous sommes écoutés, beaucoup. C’est ainsi que l’on passe d’une classe en soi à une classe pour soi.

Lundi, nous avons été rencontrer les travailleurs et travailleuses du commerce et nous avons discuté avec elles et eux de la pénibilité, des horaires de nuit, de la franchisation, etc. Au shopping de Anderlecht, nous avons aussi vu la détermination et la solidarité de tout un secteur. Nous avons fermé le Delhaize et d’autres commerces de la galerie, avec la solidarité des travailleurs qui ne pouvaient pas faire grève. Hier, ce sont également les travailleurs et travailleuses du commerce qui ont bouclé la boucle de la grève en bloquant les commerces de la chaussée d’Ixelles et de Louise dans la bonne humeur et avec la solidarité des étudiants.

Mardi, nous avons été rejoindre les professeurs devant les Arts et Métiers. De la crèche au doctorat, la précarisation produit par plus de 30 ans de politiques d’austérités (enveloppes [budgétaires] fermées, définancement chronique, etc.) a fait de ces métiers difficiles, des métiers impossibles. Nous avons aussi vu dans la grande colère des profs, une détermination puissante, inédite depuis les grandes grèves des années 1990. La solidarité des élèves et des étudiants qui en prennent plein la troche avec l’augmentation du minerval, avec l’explosion du coût de la vie, avec le sabordage de leur avenir climatique par une droite suicidaire est très impressionnante. Partout dans le pays, les profs ont animé ces journées en chants et en chaînes humaines. C’est probablement de ce côté-là que le vase va déborder. Nous avons ensuite été soutenir le piquet des aides soignantes à Saint-Pierre. Là, la grève est impossible pour des raisons de continuité des soins, mais la détermination n’est pas moins forte.

Mercredi, nous avons été soutenir les piquets dans les zoning de Anderlecht et de Forest, le cœur battant de la grève nationale : chez Viangro, chez Renewi, à la STIB, chez les Cheminots, etc. Les travailleurs sont déterminés, ils parlent beaucoup des sauts d’index, des accises, du coût de la vie qui explose, surtout à Bruxelles. Ils parlent aussi de leurs collègues sur-endettés qui vivent la moitié du mois dans le noir, qui travaillent comme des chiens pour rembourser, sans vacances, sans loisir. Ils parlent aussi des grandes grèves contre la réforme des retraites en France, de la situation économique en Espagne.

Partout, il est clair pour tout le monde qu’on sacrifie les classes travailleuses pour préserver le capital, les grandes entreprises, les hauts patrimoines. L’austérité n’est pas une nécessité. Il y a des alternatives fiscales et elles sont largement discutées. Pendant que les saucisses et les kefta grillaient sur les bbq, De Wever lisait un discours thatchérien au Parlement. Beaucoup ont connu les années 1980 et personne ne veut revenir aux années d’hiver. La lutte sera longue, elle sera difficile, elle demandera endurance et solidarité. Mais une chose est certaine, du nord au sud, de l’est à l’ouest, des grandes villes et aux villages, nous sommes déterminés la mener jusqu’au bout.

Martin Vander Elst, 27/11/2025.

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