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L’inquiétante dérive du discours militaire en Europe
Il existe parfois, dans la bouche des dirigeants, des phrases qui, lorsqu’elles sont prononcées, marquent d’elles-mêmes une rupture. Non pas tant par leur maladresse ou leur outrance que par ce qu’elles révèlent de l’état d’esprit, de la psychologie et de la disposition intérieure des élites qui les profèrent.
Ainsi, le 18 novembre dernier, devant le Congrès des maires de France, le chef d’état-major des armées, le général Fabien Mandon, déclarait: «Si notre pays flanche parce qu’il n’est pas prêt à accepter de perdre ses enfants… alors on est en risque. Il faut la force d’âme pour accepter de nous faire mal.» Des mots que certains va-t-en-guerre et commentateurs en mal de posture héroïque trouveront «forts», mais qui, en réalité, dévoilent surtout une vision du monde et un rapport au tragique qui devraient, au contraire, inquiéter.
Quelques jours plus tôt, à Berlin, son homologue allemand, le général Carsten Breuer, affirmait: «La Russie ne doit jamais partir du principe qu’elle peut gagner une guerre contre l’OTAN. La situation est extrêmement grave.»
Deux phrases. Deux pays. Deux armées. Et pourtant un seul glissement: la guerre n’est plus évoquée comme un scénario à éviter, mais comme une perspective que l’on commencerait déjà à intégrer, voire à assumer.
Ce glissement n’est pas isolé. Il prépare en sourdine l’ambiance intellectuelle et politique qui imprègne désormais une partie de l’Europe, et il explique aussi pourquoi les discours qui
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