Blanc bonnet vénézuelien, bonnet blanc nicaraguayen…

Blanc bonnet vénézuelien, bonnet blanc nicaraguayen…
Une représentante de la gauche nicaraguayenne le dit…depuis l’exil, Maduro, c’est Ortega, le nicaraguayen, un dictateur chevauchant et dévoyant une révolution populaire en réprimant tout risque de débordement de gauche. A l’arrivée une nouvelle caste bourgeoise s’impose et détruit les avancées, bien réelles, des premiers temps d’un processus révolutionnaire faisant tout de même l’impasse de la construction d’un pouvoir par en bas.
Il n’est pas indifférent que les deux régimes, le vénézuelien et le nicaraguayen aient compté ou comptent encore, pour celui-ci, sur la dictature néofasciste russe pour protéger leur pouvoir (de gauche, ah, ah !) face aux appétits trumpistes. Ortega devrait d’ailleurs méditer ce qu’il en coûte d’espérer un soutien russe contre les coups de force de Trump.
Assad lui montre le seul modus operandi dictatorialis en situation d’urgence qu’a négligé le naïf Maduro : prendre le chemin de Moscou pour ce qui ne ressemblera aucunement à un chemin de Damas .. qui s’est refusé au syrien. Ce qui, au demeurant, c’est la leçon de ce que connaît le peuple vénézuelien dans un contexte postMaduro qui n’est nullement post-maduriste, juste néomaduriste trumpo-compatible, ne règle rien pour ce qui est d’une rupture favorable aux peuples. Les accommodements des dictatures « de gauche » avec l’impérialisme, pour peu, le cas échéant, qu’on laisse déglinguer (ou déglingue soi-même) sans états d’âme leur dirigeant, sont un des possibles de leur sauvetage ! Leçon que ne peuvent tirer les gauches obnubilées par le soutien à tout crin des Etats dits, pas par leurs peuples, révolutionnaires ou progressistes !
On se croirait revenu.e.s au temps de la glorification du pouvoir de Staline… Pitoyable. Et suicidaire, les droites et autres fascistes, qui ont les yeux de Chimène pour l’héritier du Petit Père des Peuples (PPP), vivent décidément de beaux jours !
« Vénézuela, une révolution trahie, comme celle au Nicaragua. » Un article de Mónica Baltodano, ex-commandante guérillera sandiniste durant la lutte contre la dictature somoziste, opposante dès le début des années ’90 au clan Ortega. Elle s’est exilée en 2021 pour échapper à l’arrestation, elle a été déchue de sa nationalité nicaraguayenne en février 2023 par le régime Ortega-Murillo. Elle fait partie de l’aile la plus à gauche de l’opposition au régime ortéguiste.
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Pour suivre : des extraits de l’article de Mónica Baltodano publié par « Confidencial » * une dizaine de jours après la fraude électorale du 28 juillet 2024 au Vénézuéla (traduction par nos soins)
De même que la politique du gouvernement issu de la chute du somozisme en 1979 au Nicaragua, le « projet populaire bolivarien » de Hugo Chávez, arrivé pouvoir à la suite de sa victoire à l’élection présidentielle de 1998, a « rempli d’espérances des millions de militants de gauche dans le monde », écrit Mónica Baltodano.
« L’arrivée de Chávez au pouvoir est à situer dans le contexte de l’émergence de forces progressistes qui arrivèrent démocratiquement au pouvoir avec un projet de transformations profondes dans une Amérique latine pleine de cicatrices et de blessures sanglantes, résultats d’interventions des Etats-Unis et l’action de dictatures de droite. Un projet pour un continent souffrant de profondes inégalités sociales, avec des majorités appauvries par la dépossession de nos ressources et par des politiques néolibérales. »
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DES IDÉAUX PROGRESSISTES PERVERTIS
(…) « Il est clair que ce projet a été par la suite totalement perverti [tant au Vénézuéla qu’au Nicaragua]. Les nouvelles élites ont abandonné le projet initial, exercent le pouvoir pour le pouvoir et pour le seul bénéfice des intérêts matériels de minorités, gouvernants et leurs alliés. »
(…) « Pour nous, le Vénézuéla, est un exemple d’une révolution trahie, comme nous l’avons vécu avec le Nicaragua **, avec le la mutation des aspirations de la révolution sandiniste vers la dictature ortéguiste. »
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LA DROITE COMME ALTERNATIVE ?
« Il est certain, qu’au Vénézuéla comme au Nicaragua, une alternative [authentiquement] de gauche est impensable à court terme car les régimes d’Ortega et Maduro ont exacerbé leurs persécutions contre ceux qui venaient des rangs de la révolution et qui mettaient en évidence le caractère réactionnaire de ces régimes. ». L’opposition de gauche a été de ce fait totalement minorisée dans ces deux pays. ***
(…) « Nous, de gauche, face à la terreur installée comme un modus vivendi quotidien, nous n’avons aucun doute sur le fait que la première étape, c’est d’en finir avec ces dictatures. »
« La démocratie, c’est comme ça. Des pays latinoaméricains sont passés de gouvernements progressistes à des gouvernements néo-conservateurs comme cela s’est passé au Brésil avec Bolsonaro et en Argentine avec Milei, mais tant que les règles minimales de la démocratie (imparfaite) sont respectées, le défi est la construction depuis en bas de projets alternatifs et de les soumettre à la décision souveraine des peuples. En dictature, qu’elle se réclame de la gauche ou de la droite, ce droit est réduit à néant et les élections, volées. »
(**) voir l’interview de Mónica Baltodano réalisée le 23 février 2024 par Bernard Duterme, directeur du Centre Tricontinental : https://www.cetri.be/Ortega-c-est-Bolsonaro-en-pire
(***) Autre élément : il n’y a rien de surprenant à ce que, lorsqu’un pays est écrasé pendant des années par une dictature qui se prétend de gauche mais qui ne répond pas aux besoins de la population, une grande partie de la population reporte ses espoirs vers la droite. Le même phénomène s’est déjà produit comme dans les pays qui ont retrouvé leur liberté après la disparition de l’URSS (Pologne, Hongrie, Allemagne de l’Est, …)

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