Depuis le début de la révolte en Iran, les hôpitaux reçoivent de nombreux manifestants blessés aux yeux. Une pratique symbolique du régime islamique, déjà observée en 2022.
« Ils les ont rendus aveugles. » Malgré la coupure des communications depuis plusieurs jours en Iran, quelques témoignages parviennent à sortir du pays. Ils font état de centaines voire de milliers de victimes et pointe la manière utilisée par les autorités pour réprimer les manifestants. Ces témoins rapportent des mutilations et accusent les Gardiens de la révolution, armée de la République islamique d’Iran de viser les yeux des hommes, femmes et jeunes. Leur objectif : rendre aveugle ceux qui auraient osé s’opposer au pouvoir en place depuis 1979.
« Ils visaient la tête et le torse, pour toucher les yeux et les poumons », a confié un manifestant iranien qui s’est enfui du pays, à France 24. « J’ai vu des choses horribles dans les rues. Ils tiraient directement dans les yeux des gens. Maintenant, tous ont peur pour leur vie. Je suis tellement triste pour mon pays. Nous ne méritons pas cela », témoigne une étudiante auprès de franceinfo.
Cette manière de punir ceux qui ont osé descendre dans la rue n’aurait rien d’un phénomène marginal. Le vendredi 9 janvier, l’avocate Shirin Ebadi, prix Nobel de la paix en 2003, a estimé sur son canal Telegram qu’« au moins 400 personnes auraient été hospitalisées à Téhéran pour des blessures aux yeux causées par des tirs » depuis le début des protestations.
Six jour après ces propos relayés par The Conversation, le professeur Amir Mobarez Parasta, chirurgien ophtalmologue irano-allemand et directeur du Centre ophtalmologique de Munich, avançait le 15 janvier que « dans une seule clinique privée d’ophtalmologie à Téhéran, 6 000 cas de blessures aux yeux ont été enregistrés », dans une vidéo publiée sur son compte Instagram. Des informations obtenues par le biais de ses confrères sur place.
Des blessures déjà relevées en 2022
Comme le rapporte le docteur, cette manière de réprimer la révolte du peuple iranien n’est pas nouvelle. En 2022 déjà, lors du mouvement « Femme, Vie, Liberté », les professionnels dénonçaient des hôpitaux submergés de manifestants gravement blessés aux yeux. Le professeur Parasta a examiné les dossiers médicaux de nombreuses personnes, exilées ou non, qui avaient été touchées à l’œil. Et selon lui, il n’y a rien d’accidentel dans ces blessures. « L’état des blessures montre que [l’agresseur] a choisi quel œil viser et a parfois visé les deux yeux, et a tiré deux fois », explique-t-il à IranWire.
Mais pourquoi viser particulièrement les yeux ? Pourquoi vouloir rendre aveugle ceux qui se sont soulevés contre le régime en place ? Cet acte renvoie en réalité à Une symbolique historique. Dans l’Iran ancien, il était courant de rendre aveugle, ou au moins borgne un rival politique. Car dans l’histoire, la vue était un symbole de savoir et de pouvoir. Dans de nombreux livres, la cécité marquait donc le début du déclin politique. Le chah Abbas Iᵉʳ, qui a régné de 1587 à 1629, a fait aveugler plusieurs de ses fils et petits-fils car il les soupçonnait de complot ou de vouloir contester la succession.
Fanceinfo souligne d’ailleurs que cette pratique n’a pas été vue qu’en Iran. En 2011, pendant les printemps arabes, des tirs dans les yeux ont été rapportés en Égypte, en Tunisie et à Bahreïn.
« Viser l’œil, la vue, pour instaurer la terreur totale »
« Ils recommencent pour que ce soit visible », avance Fariba Hachtroodi. L’écrivaine préside l’association Moshen Hachtroodi qui soutient les jeunes Iraniens dans leur lutte pour la démocratie. « Ils font cela pour nous dire : “Vous osez ? Nous aussi on ose continuer à vous rendre aveugle”. Et ça, ça vient des potentats jusqu’au-boutistes des Gardiens de la révolution et de leurs affiliés », ajoute-t-elle auprès de franceinfo.
Elle va même plus loin et affirme qu’il ne s’agit pas là d’initiatives individuelles mais bien de directives qui viennent de très haut : « Si le guide suprême n’était pas d’accord, il n’aurait qu’à faire une ordonnance religieuse, comme il le fait si souvent, pour interdire cette pratique. Il y a des consignes. C’est ce que me disent les jeunes en Iran : viser l’œil, la vue, pour instaurer la terreur totale. »
Témoin des conséquences des mutilations causées par les Gardiens de la révolution, le docteur Parasta conclut : « Cette République islamique dépasse toutes les limites, franchit toutes les lignes rouges, et le monde doit comprendre que, malheureusement, ces gens-là ne sont pas humains. Ils n’ont aucune pitié envers les autres. »
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