Politis <communication@politis.fr> dim. 25 janv
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Marine Le Pen coule et embarque les co-accusés avec elle Devant la cour d’appel, Marine Le Pen tente de faire tomber l’élément central du jugement, celui qui la place à la tête d’un détournement organisé. Pour y parvenir et sauver 2027, elle concède des « ambiguïtés » et laisse l’addition politique à ses proches. Marine Le Pen y joue surtout son avenir politique. Le 31 mars 2025, le tribunal l’a condamnée à quatre ans de prison (dont deux ferme aménageables sous bracelet électronique), 100 000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité, avec exécution provisoire. En appel, l’enjeu est clair : faire tomber le verrou à sa candidature pour 2027. Pour ce faire, la députée n’hésite pas à sacrifier d’autres membres du parti. « Je ne sais pas » À la barre, le contraste avec plusieurs co-prévenus est frappant. Eux ont admis, au moins un peu : regrets, maladresse et « zone grise ». De son côté, Marine Le Pen s’y refuse. Elle reste sur l’objectif d’une relaxe, n’ouvrant que de minuscules portes de sortie, toujours présentées comme des négligences individuelles et des confusions administratives. « Je ne sais pas », « jamais de consigne d’embauche », pas de « système » et des situations à regarder « au cas par cas ». L’objectif est de casser la narration du parquet et des parties civiles d’un dispositif structuré qui utilise les enveloppes d’assistants parlementaires pour rémunérer des permanents du parti. À défaut de convaincre que rien n’a existé, il s’agit de faire admettre qu’il n’y a pas de cheffe d’orchestre. « Au courant de rien » Des organigrammes, des mails, des tableaux, des contrats. Quand la cour revient sur les pièces qui contredisent la version d’une simple addition d’erreurs individuelles, Marine Le Pen distribue les responsabilités sur l’entourage. « Au courant de rien » donc, mais entourée d’exécutants qui auraient, eux, multiplié les initiatives et les approximations. Catherine Griset, proche historique, embauchée comme assistante parlementaire accréditée, était censée résider à Bruxelles et travailler au Parlement. Or, la cour confronte Le Pen à des organigrammes internes où Griset apparaît comme « assistante de la présidente » puis « cheffe de cabinet ». Sous l’insistance de la présidente, Marine Le Pen concède une « ambiguïté » et admet avoir « laissé traîner » une régularisation. Cette concession lui sert d’écran de fumée. « L’erreur a été de la faire travailler au siège », dit-elle, tout en ajoutant qu’il a pu y avoir, « au cas par cas », du « travail résiduel au bénéfice du parti ». Elle reconnaît ainsi une réalité embarrassante, sans jamais en accepter la qualification pénale ni la logique d’ensemble. Dans ce narratif, Catherine Griset devient la preuve qu’une zone grise peut exister sans intention frauduleuse. Un cas présenté comme exceptionnel pour protéger le reste du parti. « C’est curieux » À mesure que l’étau se resserre, la Défense s’organise en répartissant les rôles. Charles Van Houtte, gestionnaire des relations financières et détenteur de procurations, condamné en première instance mais absent en appel, devient la figure pratique du technicien brouillon. Nicolas Crochet, expert-comptable, est renvoyé à un manque de rigueur. Jean-Marie Le Pen est présenté comme celui qui, jusqu’en 2014, « contrôle » les affaires de Bruxelles. Pour Marine Le Pen, le pouvoir était ailleurs, l’organisation et la décision aussi. Dans un mail de juin 2014, adressé au trésorier de l’époque, Wallerand de Saint-Just, l’eurodéputé Jean-Luc Schaffhauser s’inquiète que « ce que Marine nous demande » revient à signer pour des « emplois fictifs ». Plus encore, la réponse du trésorier tombe à pic : « Je crois bien que Marine sait tout cela… » Un échange qui met à mal la Défense. Mais la réaction de Marine Le Pen consiste à faire de Wallerand de Saint-Just, un énième fusible. « Ce n’est pas vrai » Le traitement du cas Julien Odoul illustre encore cette tactique. Un mail où l’intéressé demande, après des mois de contrat, s’il peut venir voir « comment se déroule une session » à Strasbourg est cité comme indice d’un assistant éloigné du travail parlementaire. Pour Marine Le Pen, Odoul n’est plus un rouage du système, mais un « ambitieux » travaillant pour un autre. « Si vous voulez me faire dire qu’il a travaillé dix heures par jour pour mon cabinet ce n’est pas vrai », lance Marine Le Pen. Elle renvoie la décision d’embauche au directeur de cabinet Philippe Martel, décédé en 2020. Deux fusibles pour le prix d’un. L’audition de Marine Le Pen ressemble alors plus à une opération de découpage. Les faits sont fragmentés, individualisés et requalifiés en négligences. Tout, sauf un système, en laissant les autres porter le dossier. Marine Le Pen, au milieu, est celle qui n’ordonne jamais et ne sait jamais, alors qu’en politique, elle revendique l’autorité. Difficile, dès lors, de concilier l’ignorance plaidée avec la stature de cheffe qu’elle incarne depuis des années à la tête du RN. |
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