Ludi matin

#506 | 26 janvier
La répression de l’antifascisme à l’échelle européenne
Un lundisoir avec Rexhino « Gino » Abazaj visé par un second mandat d’arrêt européen

En février 2023, se tenait comme chaque année à Budapest, le « jour de l’honneur », soit l’un des plus grands rassemblements néo-nazis d’Europe. Selon la justice hongroise et Victor Orban lui-même, c’est dans ce contexte que quelques nostalgiques du 3e Reich auraient été houspillés par des antifascistes. S’en est suivi une enquête judiciaire et la traque, à travers toute l’Europe de 17 militants anti-nazis, tout cela avec le concours des services de renseignement et même de l’antiterrorisme de plusieurs états membres, dont la France. Gino a été interpellé par la Sous-direction Antiterroriste à Paris en novembre 2024 pour être extradé vers la Hongrie. Après quatre mois et demi de détention à Fresnes, les juges français ont finalement refusé de l’extrader au vu du peu de garanties offertes par la Hongrie quant à l’indépendance de son système judiciaire et des conditions de détention réservées aux opposants politiques. En décembre 2025, c’est un nouveau mandat d’arrêt européen qui est émis contre le jeune antifasciste et qui reprend mot pour mot celui émis par la Hongrie deux ans plus tôt sauf que cette fois, il émane de l’Allemagne.

Permis d’impunité, permis de tuer : la présomption de légitime défense
Sylvain George

« La proposition d’instaurer une présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre ne relève ni d’un simple ajustement technique du droit pénal, ni d’un durcissement sécuritaire parmi d’autres. Elle engage un déplacement plus profond, qui touche à la manière dont un régime politique organise, légitime et rend pensable la violence qu’il exerce en son nom. Ce qui est en jeu ici n’est pas seulement l’extension de prérogatives policières, mais une transformation du cadre dans lequel la violence d’État est appréhendée, évaluée et jugée. »

Mes traces éperdues
Ghassan Salhab

Je ne me souviens pas combien de temps suis-je resté à fixer du regard cette mer coincée entre trois continents.

Alex Jeffrey Pretti – Du témoin exécuté à la terreur comme gouvernement
Sylvain George

Le 24 janvier 2026, à Minneapolis, Alex Jeffrey Pretti, citoyen américain de trente-sept ans, infirmier diplômé, employé aux services de soins intensifs des vétérans de guerre du Department of Veterans Affairs, est abattu [1] par des agents fédéraux de l’immigration et des frontières des États-Unis, lors d’une opération dite « ciblée », menée dans le cadre de ce que l’administration américaine nomme Operation Metro Surge. Sa mort survient dix-sept jours après celle de Renée Nicole Good, [2] tuée dans des circonstances analogues dans la même ville, et quelques jours après la blessure par balle de Julio César Sosa-Celis [3] lors d’une autre intervention de l’ICE. Trois événements distincts, mais inscrits dans une même séquence politique, une même grammaire de la violence, désormais trop cohérente pour être interprétée comme une suite d’incidents isolés. Ce qui se joue ici excède largement la question d’un usage disproportionné de la force. Il s’agit du franchissement d’un seuil politique, d’une transformation qualitative du rapport entre pouvoir fédéral, territoire urbain et corps civils.

« La lutte armée en Ukraine est simplement une étape de la lutte »
Entretien avec un anarchiste du Solidarity Collectives en Ukraine

Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, nous avons régulièrement parlé du Solidarity Collectives, collectif ukrainien anarchiste et anti-autoritaire qui s’organise entre autre, pour faire parvenir des armes et des protections à celles et ceux présents sur le front (à qui l’État laisse un peu d’autonomie mais très peu d’équipement). Sur place, le choix de prendre les armes et de rejoindre l’armée régulière ne semble pas avoir suscité beaucoup de polémiques, tant la situation est perçue et vécue comme vitale et urgente. Le cinéaste Joseph Paris qui documente actuellement la résistance ukrainienne s’est entretenu avec Anton, membre de Solidarity Collectives, à propos des derniers développements de la guerre et de la manière dont est parfois perçu à l’étranger leur engagement sur le plan militaire. Ce qu’il décrit est une situation probablement impossible, se défendre de l’armée Russe tout en continuant à lutter contre le pouvoir ukrainien, mais peut-être la seule envisageable.

La France insoumise, le fascisme et la révolution [2/3]
Crise de la pensée libertaire et retour de la gauche autoritaire

Nous avions publié le premier volet de ce texte en juillet. Comme précisé alors, il s’agit pour Lucas Amilcar de comprendre pourquoi et comment « la gauche » y compris dans sa variante institutionnelle était redevenue en l’espace de quelques années une hypothèse crédible pour nombre de personnes ayant pourtant des aspirations plus vastes et audacieuses. À partir d’un vis-à-vis entre traditions libertaires et autoritaires [4], des pistes sont ouvertes pour comprendre les ressorts du moment contre-révolutionnaire que nous connaissons : l’accumulation des défaites, le chantage à l’urgence, le refus de penser stratégiquement, les leurres campistes et le défaitisme pragmatiste, entre autres. Un troisième et dernier volet est en cours d’élaboration.

Le cinéma est cerné 
« Bolloré est désormais présent à toutes les strates qui rendent possible l’existence du cinéma français »

Nous ne sommes plus dans l’imagerie du camp fortifié encerclé par l’ennemi. Nous sommes déjà à l’étape suivante.
Le bastion de la gauche bourgeoise qu’est le cinéma français a ses murailles fissurées. L’ennemi a infiltré ses défenses ; il ne lui reste qu’à pousser quelques pierres pour que le mur cède et que la troupe entre avec fracas.

La cigüe se déguste glacée
« Nous vaincrons les imbéciles ! »

Deux millénaires et demi nous séparent depuis la ciguë qu’Athènes fit boire à Socrate jusqu’à la glace (l’ICE en américain, bien sûr) de Minneapolis. La cruauté n’a jamais quitté la démocratie. La démocratie a toujours produit des fascistes, mais cette caractérisation de « fascistes » est presque erronée, ou en tout cas insuffisante. Elle pèche par manque de lucidité ou par excès d’intellectualisme, ou peut-être parce que nous tentons de conceptualiser un présent qui nous fait trop mal afin d’éviter de nous le prendre en pleine gueule. Nous en souffrons tellement que nous nous autoréduisons à l’impuissance, donc à la non-culpabilité. Nous devrions plutôt enfin comprendre que la démocratie a produit, outre nombre d’humains humanistes, parfois connus mais la plupart du temps inconnus, une masse incommensurable d’imbéciles. Imbéciles avant même d’être fascistes, et fascistes parce qu’imbéciles dès avant. Imbécile s’entend ici comme « individu totalement, viscéralement – au sens fort, dans ses viscères mêmes – soumis à l’Autorité ».

Sur la situation iranienne, la certitude a disparu
« Libère-toi du joug de l’esclavage, libère-toi de la rancune qui te serre la gorge »

L’Iran vit aujourd’hui dans un état d’horreur suspendue. Des gens sont tués dans les rues, l’information est étouffée et l’accès à Internet n’est possible que par des brèches étroites et instables, juste assez pour laisser émerger des fragments de terreur, mais jamais assez pour former une image cohérente. Les contacts avec les personnes à l’intérieur du pays sont réduits à des échanges brefs et fragiles, marqués par la peur plutôt que par la clarté. Même dans ces brefs moments, personne ne s’exprime librement. Le niveau de répression est si sévère qu’il est devenu impossible d’obtenir des informations précises ; ce qui circule, ce sont des bribes, des rumeurs et des suppositions, toutes filtrées par l’instinct de survie. La certitude a disparu, remplacée par les conjectures, le silence et la crainte constante que le moindre mot puisse coûter la vie.

Littérature et intelligence artificielle (suite)
Wu Ming1

Avec cette deuxième livraison, nous achevons la traduction par une intelligence humaine de l’article de Wu Ming 1 (voir la première partie. Il donne ici un exemple montrant en quoi l’absence de corps vivant ôte à l’IA la capacité d’écrire de la littérature (mais certes pas de la singer). Rappelons que son texte prenait pour point de départ les réactions ébaudies provoquées en milieu culturel italien par un article du New Yorker qui prétendait qu’une IA aurait produit une phrase dans le style d’une autrice (en l’occurrence coréenne traduite en anglais, mais tout ce qui compte se passe en anglais, surtout en Italie), mais qu’elle l’aurait carrément produite en mieux. Et ceci, selon l’auteur de l’article et des étudiants à des cours d’« écriture créative ». Quand on aura lu le texte de WM, on ne pourra manquer d’en conclure que ces cours-là enseignent à écrire presque aussi bien qu’une Intelligence artificielle.
S.Q.

Kannitverstan
J. P. Hebel

Hebel est un écrivain admiré de Kafka, Benjamin, Bloch, Wittgenstein, Canetti, Sebald, et en France presque inconnu. Pour remédier à cet étonnant oubli, lundimatin a plusieurs fois déjà participé au Hebel-Kolportage, en publiant des historiettes éparses, ces neuf ou huit dernières années. Voir ici ou . Et aussi  et . Mais aujourd’hui, une histoire unique : Kannitverstan  !

Théâtre sans frontières
Notes autour de Dispak Dispac’h de Patricia Allio

Un procès des politiques migratoires ? Un manifeste No Border  ? Une assemblée porteuse d’utopies ? Comment déjouer l’impunité ? Et quels témoins pour nous mettre face à nos responsabilités ? Dispak Dispac’h [5] est, d’abord et avant tout, une invitation à la rencontre et à l’écoute. Une attention à la condition des personnes exilées. La création d’un espace d’accueil et de partage. Un espace de résistance et de réanimation sensible.

Chair fraîche, auteur sacré
« Le turnover de très jeunes actrices que l’on jette après usage »
(À propos de Le culte de l’auteur : les dérives du cinéma français de Geneviève Sellier)Je souhaite, en premier lieu, recommander vivement la lecture de l’ouvrage Le Culte de l’auteur : les dérives du cinéma français, de Geneviève Sellier. Je propose, dans un second temps, d’engager une réflexion autour des analyses développées dans le chapitre 5, intitulé « Le turnover de très jeunes actrices que l’on jette après usage ».
Histoire d’un squat lyonnais
L’Espace Communal de la Guillotière en version podcast

L’Espace Communal de la Guillotière (l’ECG) et son annexe, sont des squats lyonnais. Ce sont des lieux de vie, de solidarité et d’organisation politique au cœur de la Guillotière, quartier historique de l’immigration en pleine gentrification. Pendant près de 5 ans, ces espaces occupés ont voulu être des lieux d’auto-organisation. Une quarantaine de personnes exilées y ont habité, s’y sont organisées et
entraidées. Ces lieux ont aussi fait vivre des solidarités dans le quartier avec entre-autre : des permanences d’entraides juridiques, des cours de français, des distributions alimentaires, un salon de coiffure, un accès wifi, etc. C’étaient enfin des espaces d’organisation pour des collectifs et des activités : une chorale, des entraînements de boxe, de la danse, des espace de réunions, des évènements militants, des fêtes, et plein d’autre choses.

Quatre nouveaux livres aux éditions lundimatin
Loading rooms – Justine Lextrait
La fabrique de l’enfance – Sébastien Charbonnier
La Société réticulaire – Ian Alan Paul
Dix sports pour trouver l’ouverture – Fred BozziEn plus de nos éditions en ligne hebdomadaires et de la revue papier, lundimatin publie désormais des livres disponibles dans toutes les bonnes librairies et en ligne sur cette page.
506e numéro de lundimatin
Une cagnotte pour tenir jusqu’au 1000e

Chères lectrices, chers lecteurs,
C’est le 500e numéro de lundimatin (oui oui, c’est le 506e…). 500 ça fait beaucoup et ça sonne rond, presque comme un anniversaire qui couterait cher en bougies. Le truc, c’est qu’on avait pas vu le coup venir et qu’ on a donc rien préparé : pas de numéro spécial, pas de fête surprise ou d’annonce grandiloquente. On ne peut pas toujours penser à tout.

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