Lundimatin #503 | 5 janvier

lundimatin <ecrire@lundi.am> 5 janvier

Désolé pour le retard dans l’édition de cette semaine. La neige a retardé notre difficile remise au travail. Bonne semaine et bonne lecture. lm

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Un mur de Berlin pour la gauche latino-américaine ?
« Le discrédit de Maduro est tel qu’il paralyse partout les actions contre la plus grave intervention impérialiste de ces derniers temps »
Pablo StefanoniEn réaction à la capture de Maduro par les forces spéciales états-uniennes, la gauche française se dispute l’attitude adéquat à adopter face à l’ampleur géopolitique de l’évènement. Les campistes, fidèles qu’à eux-mêmes, voudraient que toutes critiques du régime vénézuélien soient tues au nom de la cohérence d’un front anti-impérialiste. Nous publions ici la traduction d’un article très éclairant de Pablo Stefanoni qui restitue les enjeux et conséquences politiques comme géopolitiques de ces soutiens inconditionnels.
Bilal : du nom propre à l’infra-humain – Anatomie de l’animalisation policière
(Souveraineté sans visage • Gouvernement par la dégradation • Production de l’inadressable)
Sylvain GeorgeLes violences policières sont habituellement perçues de deux manières a priori opposée. Certains y voient des « bavures » exceptionnelles qu’il s’agirait de résorber par davantage de contrôle et de déontologie pendant que d’autres dénoncent un usage systémique de la violence et la fonction politique des forces de l’ordre dans le maintien d’un ordre du monde historiquement situé. C’est une autre approche que propose Sylvain George, en l’occurence déceler les mécanismes de pouvoir à l’oeuvre dans les « scènes » de brutalisation policière. Après Nahel MerzoukAly et Alexandre George, le réalisateur se penche sur le cas de Bilal, 15 ans, tabassé et humilié dans un local poubelle par un équipage équipage de la Compagnie de Sécurisation et d’Intervention. Il s’agit d’arracher l’évènement au statut délétère du fait divers pour en restituer toute la portée rituelle, symbolique et donc politique.
503e numéro de lundimatin
Une cagnotte pour tenir jusqu’au 1000e

Chères lectrices, chers lecteurs,
C’est le 500e numéro de lundimatin (oui oui, c’est le 503e…). 500 ça fait beaucoup et ça sonne rond, presque comme un anniversaire qui couterait cher en bougies. Le truc, c’est qu’on avait pas vu le coup venir et qu’ on a donc rien préparé : pas de numéro spécial, pas de fête surprise ou d’annonce grandiloquente. On ne peut pas toujours penser à tout.

Carl Schmitt, maître de l’époque ?
« Ce pot au feu qui mélange des aliments incompatibles est immangeable. »
Jean-Yves PranchèreDans les théories de la pratique politique contemporaine, les catégories politiques et juridiques du juriste nazi Carl Schmitt (1888-1985) semblent, de gauche à droite, sous-tendre un certain nombre d’orientations. Selon Jean-Yves Pranchère, professeur de théorie politique à l’Université libre de Bruxelles, identifier ce spectre schmittien – commun aux « politiques de l’hostilité absolue » de « gauche » comme de « droite » – c’est peut-être contribuer à la concoction d’un menu collectif plus digeste et éviter une déconvenue « stratégique » face à l’extrême-droite.
Les damnés du nomos de la terre
« Le grand adversaire de Schmitt ne se nomme ni Constant, ni Smith, ni Tocqueville ; son nom est Lénine. »

Norman Ajari ce long texte de Norman Ajari (sous-titré « Carl Schmitt face à Lénine et le scandale de l’internationalisme ») qui retrace les références au léninisme traversant la philosophie politique de Carl Schmitt. Des penseurs marxistes qu’il mobilise, il est celui pour lequel il témoigne le plus d’intérêt, mais aussi celui qu’il condamne le plus radicalement. Admirée pour sa notion de dictature du prolétariat, crainte pour sa conception de l’ennemi, c’est finalement son internationalisme radical et sa potentielle adoption par les peuples colonisés qui constituent le scandale de la pensée de Lénine. Ce faisant, la critique de Schmitt servira de révélateur d’une nouvelle signification existentielle du concept marxiste d’internationalisme.

Gouverner la chute : pronostics depuis le souterrain
Un joyeux 2026 transmis par Lahoucine Duvaast

Nous ne vivons pas une crise passagère mais l’installation durable d’un régime de régression assumée, intellectuellement pauvre, politiquement violent, écologiquement suicidaire : Lahoucine Duvaast souhaite et pronostique ici un joyeux 2026 qui confirmera ces 3 ou 4 décennies de ballon d’essai.

Iran : Concéder l’ignorance
Parham Shahrjerdi

Un peu de silence.
Se taire, un peu. Ne pas se précipiter à dire, à commenter, à savoir. Ne pas être celui qui comprend, qui explique, qui a vu le documentaire, lu l’article, écouté le podcast. Ne pas être celui qui sait ce que veulent les femmes iraniennes.
Un homme s’assoit par terre. Face à lui, les forces anti-émeutes. Armées. Capables de tirer à balles réelles. Il reste.

Une étiquette qui se décolle, le polar
A propos de Politiques du polar de Lucie Amir et de Sicario bébé, de Fanny Taillandier

À quoi sert la littérature, on en aura une illustration en juxtaposant la lecture d’un beau roman et celle d’un texte de théorie littéraire, car c’est en réalité le second qui sera analysé par le premier. Par exemple, après avoir été remué en profondeur par le Sicario bébé (Rivage) de Fanny Taillandier, on ne pourra pas lire Lucie Amir et son Politiques du polar (Amsterdam) sans déconstruire l’objet même de sa recherche. Car polar et politique partagent aujourd’hui la situation paradoxale d’être partout, c’est-à-dire nulle part.

Contre Avatar et son monde
« Dans l’eau artificielle de Pandora, Cameron ne se mouille jamais »e dernier volet de la saga Avatar, sorti dans les salles françaises avant Noël, plante un troisième clou dans le cercueil d’une certaine idée du cinéma, fondé sur la captation du réel. Mais cette quête d’un « faux » entièrement numérique n’a pas qu’une incidence artistique. Sous la surface, les films familiaux de James Cameron recouvre un écosystème d’idées peu enviables, qui ne pouvait trouver meilleure enveloppe pour s’imposer en sous-marin. Sa conception du cinéma implique en effet une posture par nature amorale, autoritaire, et dont la technophilie verse vers le transhumanisme.
Le vent nous emportera… mais pas trop loin non plus
Retour sur une projection du film d’Abbas Kiarostami

Une rétrospective Abbas Kiarostami en cette fin d’année, mais pas celle de la Filmothèque du Quartier Latin, ouvrait à débattre du film projeté, Le vent nous emportera. Il s’en fallu de beaucoup pour que la discussion de la critique féministe à l’état explicite dans le film se désindexe de son contexte de monstration en Kurdistan rural iranien. La suggestion d’une critique plus globale a été coupée court dans sa formulation. C’est à l’exploration narrative et située (un homme, profane des vécus évoqués ici, et qui aime le cinéma) de cet échec à l’épreuve d’un patriarcat et d’un racisme toujours-là que cet article s’attache. [1]

Devenir-riverain
Chahuter les Codes

L’article qui suit, d’abord publié dans revue d’études créoles DO-KRE-I-S, est considéré par son auteur comme l’introduction à une réflexion juridico-poétique autour de la notion de riveraineté. Certains lecteurs et certaines lectrices tiqueront certainement sur des référents tels que la citoyenneté ou encore le droit, mais ce qui nous intéresse ici c’est le pari à l’oeuvre. Au moment même où l’ordre du monde nous apparaît comme une gigantesque contingence, où l’enlèvement d’un chef d’État nous laisse aussi pantois qu’une énième catastrophe climatique, Loan Diaz propose a contrario de coller l’oeil sur l’ici, de partir de notre attention au proche et, depuis-là, d’étendre notre regard sur le monde. Pas sûr que cela suffise à nous libérer de l’impuissance promue par la géopolitique de plateaux télé mais l’intuition est certainement la bonne : c’est depuis le ras du réel que l’on reprend prise sur le monde.

Quatre nouveaux livres aux éditions lundimatin
Loading rooms – Justine Lextrait
La fabrique de l’enfance – Sébastien Charbonnier
La Société réticulaire – Ian Alan Paul
Dix sports pour trouver l’ouverture – Fred BozziEn plus de nos éditions en ligne hebdomadaires et de la revue papier, lundimatin publie désormais des livres disponibles dans toutes les bonnes librairies et en ligne sur cette page.
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