Lundimatin #504 | 12 janvier

#504 | 12 janvier
Trump après Maduro
(de l’hégémonie à la domination)
Un lundisoir avec l’économiste Benjamin BürbaumerLorsqu’un événement historique advient, nous avons le curieux réflexe d’en cherche la cause ou la motivation plus ou moins avouée ou dissimulée. On fera ici l’hypothèse inverse : pour que Donald Trump et son gouvernement décident d’aller kidnapper le président d’un État voisin, ce ne peut être seulement pour lui faire les poches en s’appropriant son pétrole. Au reste, la question politique qui nous intéresse est moins de révéler on ne sait quelle vérité cachée mais d’essayer d’analyser ce qu’un tel événement va ouvrir ou fermer, désinhiber ou entraver. Pour aborder le pendant économique de cet enlèvement de Maduro, nous avons donc invité Benjamin Bürbaumer. Économiste spécialiste de la mondialisation et de l’économie politique internationale, nous l’avions reçu l’année dernière autour de son excellent livre Chine/États-Unis, le capitalisme contre la mondialisation(La Découverte), voir l’interview par ici. Il s’agit de comprendre ce que tout cela dit de l’état de la puissance états-unienne et de ce que cela re-configure ou non dans la dynamique capitaliste mondiale.
Renée Nicole Good ou le crime de regard : anatomie d’un thanato-eugénisme d’État
(Nécro-souveraineté • Cruauté gouvernementale • Production de l’impunité)
Sylvain GeorgeLe 7 janvier 2026, à Minneapolis, une observatrice civile est exécutée par la police des frontières. Cette mort n’est pas un accident. C’est le symptôme d’un seuil historique. Après Nahel MerzoukAly Alexandre George et Bilal, le réalisateur Sylvain George traverse l’atlantique pour éclairer cette énième scène de brutalité policière.
504e numéro de lundimatin
Une cagnotte pour tenir jusqu’au 1000e

Chères lectrices, chers lecteurs,
C’est le 500e numéro de lundimatin (oui oui, c’est le 504e…). 500 ça fait beaucoup et ça sonne rond, presque comme un anniversaire qui couterait cher en bougies. Le truc, c’est qu’on avait pas vu le coup venir et qu’ on a donc rien préparé : pas de numéro spécial, pas de fête surprise ou d’annonce grandiloquente. On ne peut pas toujours penser à tout.

Solitudes des Vénézuéliens
« Nos bourreaux travaillent désormais pour cet allié que vous adorez détester, et non plus pour ces ennemis que vous feignez d’admirer »
Federico Calle JordáSuffit-il de se faire enlever par les forces spéciales de la plus grande puissance mondiale désormais fasciste pour faire de vous un représentant du peuple anti-impérialiste respectable ? À l’évidence, Trump est parvenu simultanément à faire de Maduro un mème pour ses partisans et un héro pour une certaine gauche. À chacun de se sentir finaud en choisissant de quel côté ranger les gentils et les méchants. Dans ce brillant article, Federico Calle Jordá analyse la solitude des vénézuéliens pris au piège sur le plateau d’une mauvaise partie de Risk. D’un côté la réalité du madurisme qui n’est pas prête de s’évaporer et de l’autre l’avenir promis par Trump qui n’en sera que la continuation sous tutelle. Ou comment la réalité populaire ne correspond jamais à ses représentations morales et géopolitiques.
Les protestations en Iran assiégées par les ennemis intérieurs et extérieurs
À propos des soulèvements populaires en cours
Collectif RojaCe texte d’intervention a été écrit par le collectif Roja [1] le 4 janvier 2026, au sixième jour des protestations nationales en Iran. Depuis, beaucoup d’événements ont eu lieu – en particulier, la nuit historique du 8 janvier, au douzième jour du soulèvement. La journée a commencé par une grève générale des commerçants, notamment au Kurdistan, à l’appel de partis kurdes. La fermeture des boutiques a coïncidé avec des mobilisations de rue et des mobilisations étudiantes sur les campus à travers tout le pays. Les affrontements avec les forces de répression se sont étendus à des dizaines de villes, de la capitale aux provinces frontalières ; une organisation de défense des droits humains a compté ce jour là des actions de protestation dans au moins 46 villes, réparties sur 21 provinces. À la tombée de la nuit, des images circulant sur les réseaux sociaux ont donné à voir des foules d’une ampleur sidérante, que le maintien de l’ordre ordinaire ne pouvait contenir : un peuple en lutte reprenant la rue comme son bien propre et, dans de nombreux endroits, repoussant la forces de sécurité. Pour beaucoup, cette atmosphère a ravivé la mémoire des mois précédant la Révolution de 1979.
Représentation
L.L. de Mars
[Bande dessinée]L.L. de Mars nous a confié ses dernières planches. On y suit deux patates colorées qui se rendent à un meeting politique. Mais ce ne sont peut-être pas des pommes de terre et ce n’est peut-être pas non plus exactement le fascisme mais il y a du saucisson et peut-être pas Jésus.
La férocité du peuple
Netchaïev avait un plan
Erwan SommererDans cet excellent texte sur Netchaïev, figure du nihilisme révolutionnaire russe, Erwan Sommerer restitue les coordonnées principales d’une pratique de la destitution dans sa forme nihiliste et absolutisée. Contrairement aux planificateurs d’une Révolution libérale fondée sur des images de l’avenir empruntées aux institutions du présent, Netchaïev n’a cessé de proposer sa propre idée du « plan » : la planification des ruines, la « pandestruction » assumée et déterminée du tout de la situation sociale donnée. La tâche du nihiliste consiste alors à dresser la table rase véritable qui doit mener à la révolution la plus complète. De sorte que le nouveau foyer de feu insurgé ne doit décider de s’instituer qu’à la faveur de cendres vraiment froides. On dit qu’il est toujours plus facile de détruire que de construire, mais c’est une vue d’installé. La « pandestruction » est Ô combien plus belle et difficile.
Forêt rouge, ZAD imaginaire
Le nouveau film de Laurie Lassale

Cette semaine sort au cinéma, Forêt rouge, un film de la réalisatrice Laurie Lasalle sur la ZAD de Notre-Dames-des-Landes. Après BoumBoum consacré au soulèvement des Gilets jaunes, Laurie continue de donner une forme cinématographique aux plus grands moments d’insurrection contemporains. Par son travail de documentaire extatique, elle participe à armer l’imaginaire de notre camp.

Gentrification, plateformisation du capital, fascisme international
« Le désert savonnier, ça suffit ! »
Victor ColletDans cet article qui aurait pu être un addendum à son excellent Du taudis au Airbnb (Agone), Victor Collet continue de déambuler dans un Marseille gentrifié. Au détour d’une place, c’est un café historique qui s’est désormais transformé en boutique de savons pour touristes et permet de dérouler la logique à l’oeuvre, de l’effondrement de la rue d’Aubagne aux multi-propriétaires qui airbnbisent et dissolvent l’authenticité même qu’ils prétendent vendre.
Des drones antifascistes tchèques pour le front ukrainien
Un internationalisme à quatre hélices
[Interview]A l’occasion d’un voyage en Ukraine La forteresse cachée [2] a rencontré Jakub, antifasciste issu de la scène praguoise. Avec ses camarades, ils assemblent et envoient, depuis 2023, des drones aux militants anti autoritaires engagés sur le front ukrainien. Pour ce faire, leur collectif Solidrones travaille directement avec Solidarity Collective basé à Kiev et dont nous avons régulièrement parlé dans lundimatin.
La question coloniale et la gauche russe
Maria Dmitrieva

Ce texte a été écrit par une anarchiste féministe d’Irkoutsk. Il interroge les liens entre les mouvements progressistes de gauche et les mouvements décoloniaux en Russie, dans le contexte d’une guerre coloniale d’agression menée par l’État russe en Ukraine depuis plus de quatre ans [3].

S’en libérer, non ; la libérer, oui
(Mélanges 18’) – Saad Chakali & Alexia Roux
[Film]William Blake est un ami
lui qui a dit qu’aimer autrui
c’était le porter plus haut que soi.Mais que fait-on alors, qui l’on est
quand c’est l’inverse que l’on fait ?
…In vatan vatan nashavad !
« Cette patrie ne sera plus une patrie ! »

Alors que la coupure de tous les réseaux par le régime plonge le soulèvement iranien dans le noir, nous avons reçu de nombreuses contributions d’iraniens en exil. Dans celle-ci, l’autrice analyse les tenants de cette farce promue par certains occidentaux et quelques rivaux du régime : le retour du fils du Shah : Pahlavi.

Iran : Femme, Vie, Liberté — et rien d’autre
Parham Shahrjerdi

Ces lignes sont écrites alors que l’Internet est coupé depuis trois jours partout en Iran.
Les lignes téléphoniques sont coupées.
L’électricité aussi est coupée, pour que la noirceur de ce temps aille jusqu’au bout d’elle-même.
Nous sommes dimanche 11 janvier 2026. Il est 20 heures.

Notre héritage n’est précédé d’aucun testament
Une étiquette qui se décolle, le polar, 2e partie
A propos de Sicario bébé, de Fanny Taillandier« Et comment je me débrouille avec ça, maintenant ? » me demandai-je tandis que je cherchais vainement, dans la librairie centrale du gauchisme à Toulouse, le rayon polar. Comment expliquer que, de passage dans cette sympathique capitale de la saucisse et de l’anarchisme, en manque de lecture pour un imminent voyage en train, je me mette en quête d’un genre dont l’étiquette, pourtant, ainsi que je crois l’avoir suggéré dans une première partie, se décolle ?
Renée Nicole Good abattue par l’ICE : son poème prémonitoire
« Toute ma compréhension dégouline le long du menton jusque sur ma poitrine & se résume comme suit : la vie est simplement (…) ce qui y meurt. »

Renée Nicole Good est la dernière victime en date de la police de l’immigration américaine. Cas particulier : elle a été abattue le 7 janvier 2026 de plusieurs balles dans la tête alors qu’elle observait à distance les agissements de l’ICE. Il se trouve qu’un de ses poèmes – primé par l’Academy of American Poets Prize en 2020 – circule en ce moment. Par certains aspects, il peut sembler prémonitoire. Nous en proposons une version traduite. On ne sait de quoi parle le poème : peut-être est-ce une étudiante en médecine révisant tard le soir et méditant sur la foi (n’importe laquelle) et la vision physiologique de la vie. Peut-être est-ce une charge contre le fascisme évangélique qui rend difficile tant l’étude que l’accueil de l’émerveillement. Peut-être est-ce, plus sûrement, une jeune femme enceinte hésitant à accueillir l’enfant qui vient à être. Ce poème étant écrit en 2020, cela coïnciderait avec la naissance de son enfant – désormais orphelin. Chez nous, le meurtre de Renée Nicole Good nous rappelle à la brutalité du meurtre de Nahel Merzouk (17 ans), le 27 juin 2023, abattu à bout portant d’une balle dans le cœur pour un « refus obtempérer » devenu une forme discrétionnaire de peine de mort pour un simple délit.

Des conceptions naturalistes et réductionnistes du capitalisme
L’extractivisme et autres notions en vogue
[Temps critiques]Depuis quelques années, un nouveau concept est apparu pour qualifier la logique capitaliste à l’œuvre dans le sud global notamment, l’extractivisme. Temps critiques viennent polémiquer autour de ce terme qu’ils considèrent comme à la mode et sans portée ou pertinence analytique, si ce n’est celles de recouvrir les rapports sociaux d’exploitation soit le B.A.BA de l’ordre général du monde.
Quatre nouveaux livres aux éditions lundimatin
Loading rooms – Justine Lextrait
La fabrique de l’enfance – Sébastien Charbonnier
La Société réticulaire – Ian Alan Paul
Dix sports pour trouver l’ouverture – Fred BozziEn plus de nos éditions en ligne hebdomadaires et de la revue papier, lundimatin publie désormais des livres disponibles dans toutes les bonnes librairies et en ligne sur cette page.

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