Lundimatin #505 | 19 janvier

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Trump ou les habits neufs de l’impérialisme
Entretien avec Michel Feher

Il y a un peu plus d’un an, nous avions invité le philosophe Michel Feher pour discuter de la fascisation en cours et de son excellent livres Producteurs et parasites – L’imaginaire si désirable du Rassemblement nationalà revoir par ici. Nous avions alors évoqué la seconde élection de Donald Trump qui n’était pas encore entré en fonction et de ce qui s’annonçait en terme de politique intérieure et fasciste. Michel Feher connaît très bien les États-Unis où il vit en partie, il travaille par ailleurs actuellement sur la nouvelle configuration géopolitique mondiale. Il était donc indispensable de l’inviter afin qu’il nous éclaire sur sa compréhension de ce second mandat Trump, des enjeux derrière la capture de Maduro et de ses retentissements sur la politique intérieure américaine. On a bien fait, il nous a tout très bien expliqué ! Le sommaire ci-dessous pour se faire une idée de la trame de cet entretien.

Les réseaux d’intervention rapide dans la région de Minneapolis-Saint Paul
Comment s’organise l’auto-défense populaire contre l’ICE et pourquoi Trump se devait de qualifier Renée Nicole Good de terroriste.

Les images de Renée Nicole Good abattue au volant de son véhicule par un agent de l’ICE ont fait le tour du monde. Le soutien indéfectible de Trump à ses troupes et particulièrement à l’auteur des tirs, Jonathan Ross, jette une lumière crue sur le niveau de violence étatique en cours aux États-Unis. Cependant, l’indignation médiatique suscitée par un tel niveaux de brutalité tend à passer sous silence ce qui n’est pas seulement réprimé mais aussi et d’abord résiste. Dans l’article qui suit, nos amies étasuniens de CrimethInc. racontent et décrivent toutes les méthodes et stratégies d’auto-défense mise en place contre l’ICE par les habitants de Minneapolis et de Saint-Louis. Des réseaux d’intervention rapide qui identifient et traquent les véhicules de l’ICE, surveillent leurs déplacements et avertissent la population de leurs opérations dans l’espoir de les empêcher. Alors que les gouvernants du monde entier se plient au moindre caprice de Trump et se courbaturent en ronds de jambe, les habitants des villes jumelles viennent nous rappeler que la résistance véritable émane toujours du peuple.

Le siège fédéral d’Oakland : une cible identifiée par les manifestants anti-ICE
47 fenêtres fracassées

Alors que ce mois-ci l’attention du public est tournée vers les Twin Cities [1], où près de 3 000 mercenaires fédéraux se livrent à une vague d’enlèvements et de meurtres frénétiques, les officiers de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) restent actifs sur l’ensemble du territoire, terrorisant les communautés et se préparant à de futures vagues d’interventions qui seront tout aussi brutales que celles qui ont lieu dans les Twin Cities. Pourtant, cela ouvre également des opportunités aux citoyens à travers tout le continent pour agir en solidarité avec ceux ciblés par l’ICE, en lançant des offensives ailleurs, révélant ainsi les faiblesses et l’impopularité des forces de l’ordre fédérales tout en les forçant à éparpiller leur attention.

C’est précisément ce qu’ont fait les habitants de la Bay Area [2] le 10 janvier dernier, en fracassant 47 fenêtres du siège fédéral d’Oakland et les marquant de graffitis dans le but d’identifier le bâtiment comme une base des opérations de l’ICE dans la région. Nous avons traduit cette revendication sous forme de récit reçue anonymement par nos amis de CrimethInc..

Alerte incendie
« Il est grand temps de saisir les extincteurs »

Quand on offre un lance-flammes à un incendiaire il ne faut pas s’étonner qu’il mette le feu. Quand on donne à un candidat avoué à la dictature le pouvoir qui lui permettra de l’exercer ; quand on lui fournit les moyens d’imposer totalement ses décisions, il ne sert à rien ensuite de se plaindre qu’il en use sans modération. La sidération affichée de la plupart des roitelets du monde devant les coups de force du pacha trônant à la Maison Blanche, est un ridicule vaudeville.

El Hacen Diarra Ils ne diront pas ton nom
Nassera Tamer

El Hacen Diarra
Ils ne diront pas ton nom
Dans les préfectures
Les ministères, les cabinets
Dans les journaux, à la radio
El Hacen Diarra
Ils ne diront pas ton nom
Dans leurs maisons, leurs bureaux
Et ne le disant pas
Ils continueront à te tuer

« La police tue dans le 20e »
Valentine Fell

Sur un mur pas loin de chez moi, quelqu’un a écrit à la bombe rouge et en capitales : LA POLICE TUE DANS LE 20e. La semaine dernière, El Hacen Diarra est mort au commissariat, à quelques rues de là.

Comprendre le soulèvement en Iran
Un lundisoir avec Chowra Makaremi, le collectif Roja & Parham Shahrjerdi

Au vu des évènements en cours en Iran, nous diffusons exceptionnellement un second lundisoir cette semaine.
Depuis trois semaines, l’Iran connaît le plus grand soulèvement populaire depuis l’instauration de la République Islamique en 1979. Le 8 janvier, la foule a pris la rue dans toutes les villes du pays, des bâtiments officiels ont été incendiés et des miliciens du régime tués. Depuis, le pouvoir a coupé toutes les télécommunications, les chiffres de la répression varient : certains parlent de 3000 manifestants abattus, la chaîne CBS de 20 000, des images de sacs mortuaires entassés commencent à circuler. Lorsque nous avons invité Soma du collectif Roja [3], Chowra Makaremi autrice de Femme ! Vie ! Liberté ! Échos d’un soulèvement révolutionnaire en Iran (La Découverte, 2023) et Parham Shahrjerdi, psychanaliste et contributeur régulier de lundimatin, le courage et l’audace des rues iraniennes imposaient l’euphorie ou au moins l’enthousiasme. Quelques jours plus tard, c’est l’incertitude et l’inquiétude qui dominent, dans l’attente de savoir ce que le mouvement est parvenu à défaire et jusqu’où le régime est allé pour s’accrocher au pouvoir.

Notes sur la littérature et l’intelligence artificielle
(et sur les corps, à partir de polémiques récentes) Wu Ming

Chez les ravis de la crèche technologique, qu’ils soient dans le comble de la plouquerie consistant à avoir peur de passer pour des ploucs en ratant la dernière innovation technique ou qu’ils soient de la tendance houëllbecquienne (« tout ce que la science permet sera réalisé ») de la soumission absolue à la technoscience, sévit le fantasme d’une « amélioration » de la production littéraire par l’IA, dont l’horizon ne pourrait être que le grand remplacement de la totalité de la littérature par une « version améliorée » artificielle. Comme il nous intéresse peu d’en savoir davantage à ce sujet, nous ne savons pas à laquelle des deux espèces appartiennent les apologètes des performances de l’IA en littérature que Wu Ming 1 critique ici, avec l’aide décisive de Cesarano, Camatte et Biffo. Mais ses notes critiques nous paraissent toucher juste, en visant ce qui manquera toujours aux robots : la chair.

« Soutenir ses proches, de l’arrière à la ligne de front »
Entretien avec X, Kyiv, été 2025

Cet été à Kiev, La forteresse cachée [4] a rencontré X, une Ukrainienne parmi tant d’autres qui s’est engagée à soutenir ses proches sur le front. Membre d’un collectif d’artistes, la persistance de la guerre l’a amené à transformer son quotidien et ses pratiques. Pour elle comme pour de nombreux ukrainien.nes, l’urgence et l’inertie de la guerre se sont imposées dans la vie quotidienne abolissant la frontière ténue qui pourrait séparer la survie de l’action militaire.

Suppléance fasciste
Lire l’actualité avec Fantasmâlgories de Klaus Theweleit

En convoquant le travail de Klaus Theweleit, et notamment son ouvrage Fantasmâlgories, nous savons que le fascisme n’est jamais un malentendu historique, mais bien plutôt une force de captation et d’organisation des affects. Ainsi, le combattre sur le terrain de l’idéologie et de la raison, c’est nécessairement passer à côté du caractère libidinal qui le rend si redoutable. Theweleit s’est penché sur la montée du fascisme allemand de l’entre deux-guerre, dans le but de démontrer comment le nazisme, l’organisation politique émergeant de cette idéologie fasciste, ne fut que le résultat logique d’un certain nombres de désirs particuliers ayant trouvés un espace organisationnel pour s’exprimer.

À propos de « La rafle des Gitans » et du livre de Raúl Quinto
Entretien avec Raoul Gomez, son traducteur

« Comprenez qu’est gitane toute personne d’origine corrompue qui s’habille comme les Gitans et qui parle leur jargon diabolique. »
Raúl Quinto, Chant profond du roi de l’ombre.

Le génocide des Roms sous l’emprise nazie est désormais documenté, environ cinq-cent-mille d’entre eux furent exterminés  [5] ; il s’agissait bien pour Hitler et sa clique d’exterminer cette « race » au même titre que la juive. Mais la maltraitance exercée à leur égard ne date évidemment pas de si frais, on le sait. Errants séculaires venus d’Inde, d’Europe centrale, subissant l’hostilité des populations et des instances de pouvoir, si la grande majorité d’entre eux est aujourd’hui sédentarisée, beaucoup sont encore nomades ou vivent selon les codes du nomadisme. Qu’on les appelle Gitans, Tsiganes, Bohémiens, Manouche, Sinti ou Roms, ils sont rejetés notamment au sein même de l’Europe où les règles de libre circulation réservées aux intracommunautaires n’ont pas l’air de toujours s’appliquer à ceux-là que l’on ne cesse de regarder comme étant exogènes.

« En Europe, il y a des positions à défendre »
À propos de Walter Benjamin en exil : entre expérience et pauvreté

Encore un livre autour de Walter Benjamin ? Mais c’est que les réflexions de celui-ci, tout particulièrement celles sur l’expérience et la pauvreté, l’exil et l’antifascisme, comme ici, résonnent singulièrement avec le temps présent.

Mieux vaut (Béla) Tarr que jamais
Un hommage

« Il n’y a qu’un temps essentiel pour s’éveiller ; et ce temps est le présent. »
Boudha

Des films en noir et blanc marqués par des plans-séquence d’une lenteur parfois éprouvante, « hypnotique » , un univers postcommuniste effondré , sans plus aucune promesse même capitaliste, marqué par un « pessimisme absolu », une « tristesse poisseuse », des films aux paysages désertés battus par la pluie et le vent, habités par un désespoir et une mélancolie infinie : voilà les termes avec lesquels la critique a rendu hommage à Béla Tarr, l’immense cinéaste hongrois tout juste disparu en ce début d’année , tout en le saluant comme Gus Van Sant comme l’un des rares cinéastes « réellement visionnaires » de notre temps. « Il est facile de dire que mes films sont déprimants et sombres mais si on me pose la question à moi , déclare le cinéaste, je réponds que ce n’est pas le sujet. Les êtres humains sont très complexes et lorsqu’on réalise un film, ou toute autre forme d’art, il faut faire preuve d’empathie envers eux. LA question est : comment vous sentez-vous en sortant du cinéma ? Etes-vous plus fort ou plus faible. Personnellement je pense que les gens en ressortent plus fort. Parce que si vous êtes confronté à des choses sombres ou tristes et que vous les comprenez, vous devenez plus fort. C’est ma logique . » L’essai de Jacques Rancière, Béla Tarr, le temps d’après  [6]donne force à ces propos en s’attachant à restituer la part sensible qui nourrit de part en part les films sombres du hongrois , et qui, par delà leur réalisme cosmique, donne « le sens d’une autre vie, la dignité mise à en poursuivre le rêve et à supporter la déception de ce rêve. »
Extraits.

Iran comme fourre-tout
Parham Shahrjerdi

Prendre ce pays, ce nom, ce peuple, ses peuples,
et y mettre tout :


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