Le média indé estime être victime d’une « opération de déstabilisation » de StreetPress
Farouchement anti-Macron, le média Off Investigation s’est entouré de plusieurs profils sulfureux : journalistes issus de la presse antisémite ou islamophobe et figures de la complosphère. Le boss Jean-Baptiste Rivoire assume et dénonce une cabale.
« Minute », « Le Crapouillot », « Valeurs actuelles », France Soir…
C’est que StreetPress a repéré une cinquantaine d’articles de Off Investigation signés de journalistes qui ont tous écrit pour des médias aux lignes éditoriales violemment antisémites, franchement complotistes ou islamophobes.
Nous avons décroché notre téléphone mi-décembre et appelé Jean-Baptiste Rivoire pour comprendre : comment des signatures du journal d’extrême droite « Minute », du titre antisémite et collaborationniste « Le Crapouillot » ou encore de « Valeurs actuelles » ou du site conspirationniste France Soir se sont-elles retrouvées chez lui ?
Trois semaines plus tard, vendredi 2 janvier, Jean-Baptiste Rivoire nous répond laconiquement par mail qu’il n’y a aucun problème « concernant un quelconque contenu publié par [son] média ». De même pour la « ligne éditoriale » des journaux où ils sont passés, « n’étant pas [leur] rédacteur en chef ». Circulez, il n’y a rien à voir.
Bolloré descendant d’une famille de banquiers juifs proche des Rothschild ?
En réalité, l’enquête de StreetPress commence à la mi-novembre par une polémique dont X (anciennement Twitter) a le secret : un journaliste très suivi y partage la dernière enquête de Off Investigation sur les origines juives de Vincent Bolloré et ses liens supposés avec Israël.
Le journaliste, Nils Wilcke, qui travaille alors pour le média (1), y résume l’article d’Off Investigation ainsi : « Présenté comme le “soldat du Christ” de la finance, Bolloré le “Breton” est en réalité le descendant d’une vieille famille de banquiers juifs proche de la famille Rothschild. » En réaction, le twitter antiraciste s’étrangle : le compte antisioniste Goldbaum of Krakow dénonce « le niveau d’inconscient antisémite » du tweet. Et l’éditeur Guy Birenbaum est « consterné » : « Tout le monde est devenu totalement dingue. » Nils Wilcke supprime son tweet initial, publie un message d’excuses et décide de quitter Off Investigation quelques jours plus tard, évoquant un désaccord avec la ligne éditoriale (1).
À LIRE AUSSI (en 2022) : Le trésor Ratier, les archives les plus convoitées de l’extrême droite
L’histoire aurait pu s’arrêter là. L’article de Off sur Bolloré reprenait principalement des infos parues dans « Le Point » en 2003 qui venaient d’être remises au goût du jour un mois plus tôt dans Faits et Documents, la lettre confidentielle fondée par le journaliste d’extrême droite Emmanuel Ratier et reprise par Alain Soral… Sauf que StreetPress découvre vite que le journaliste qui signe la fameuse « enquête en trois volets » pour Off Investigation est un vieux routier de la presse d’extrême droite. Et pas des moindres : Eric Laffitte.
Eric Laffitte, rédacteur en chef du « Crapouillot »
Pilier du journal d’extrême droite « Minute » (il y a même fondé une section syndicale en 1998), Eric Laffitte est un historique de la presse nationaliste française. Dans les années 1990, il est le rédacteur en chef du « Crapouillot », journal connu pour ses Unes antisémites d’avant-guerre, relancé après 1945 avec des plumes comme celle du féroce collaborationniste Lucien Rebatet. Le canard a ensuite été repris par un très proche de Laffitte, Roland Gaucher. Ce chantre de la collaboration avait demandé au régime de Vichy d’accélérer les exécutions de résistants pendant la guerre. Il est également cofondateur du Front national et du néofasciste Parti des forces nouvelles.

Eric Laffitte est, dans les années 1990, le rédacteur en chef du « Crapouillot » avant d’être repris par un de ses très proches, Roland Gaucher. / Crédits : DR
Sous la supervision de Laffitte, des caricatures antisémites sont publiées par le dessinateur Konk, connu pour ses positions négationnistes. L’un d’eux est dans l’édition mars-avril 1992 que StreetPress a pu consulter. Le dessin montre deux hommes observant la progression électorale du FN sur un graphique, l’un suggérant qu’il « faudrait songer à plastiquer une synagogue ». Le journal présente la réforme de la police sous le régime de Pétain comme « globalement positive » et y vante l’organisation de la police en 1941. Entre les années 1930 et 1980, « Le Crapouillot » a gardé le même petit plaisir : faire sa Une sur « Les Juifs » avec à chaque fois la même manie de caricaturer et de reprendre les poncifs judéophobes. Pour Off Investigation, Eric Laffitte signe en janvier 2025 aussi une seconde enquête qui cette fois remonte le fil des origines (juives) d’Alexis Kohler et ses liens avec la « Nomenklatura » israélienne.

Que ça soit en 1936 ou en 1985, « Le Crapouillot » va jusqu’à sortir un numéro intitulé « Les Juifs », caricaturant et reprenant les clichés poncifs judéophobes. / Crédits : DR

Dans l’édition mars-avril 1992 du « Crapouillot », on retrouve une caricature antisémite du dessinateur Konk, connu pour ses positions négationnistes. / Crédits : DR
Rivoire et Laffitte font connaissance dans les années 2000. C’est l’époque où le plumitif publie dans « Le Point ». Il y signe notamment en 2006 un article sur les « tricheurs du chômage » décrivant, non sans finesse, le stéréotype du chômeur assisté. L’article est critiqué par l’association de critique de médias Acrimed pour son manque de nuance et son traitement simpliste.
Laurence Beneux, experte en pédocriminalité proche des médias conspirationnistes
« Brigitte pédophile ? », titre Off Investigation pour mettre en avant une interview vidéo de Laurence Beneux. Beneux raconte à StreetPress avoir été sollicitée par Jean-Baptiste Rivoire « pour donner son avis » sur des dossiers de pédocriminalité. De sa voix rocailleuse, elle raconte avoir rencontré le directeur d’Off lors de son passage chez Canal +, où il est à l’époque un pilier de l’investigation de la chaîne. En 2023, ce dernier la recontacte alors qu’elle est rédactrice en cheffe adjointe de France Soir, un titre qui a basculé dans la désinformation et le complotisme effréné sous la direction de Xavier Azalbert depuis 2019.

Captures d’écran des vidéos au titre racoleur qui ont été publiées par Off Investigation. / Crédits : DR
Laurence Beneux a signé trois papiers pour Off, en plus d’une interview en tant qu’experte dans le documentaire « Brigitte et Emmanuel : enterrer un scandale pédophile ». Si plusieurs contributeurs s’émeuvent de cette collaboration en 2023 (ainsi que d’un projet d’interview avorté de Juan Branco), Rivoire tient bon et maintient la confiance à son ancienne collègue. Une autre collaboration est d’ailleurs en cours avec Off, « pour une enquête qui n’est pas encore sortie », nous confie Laurence Beneux.
La rédac cheffe adjointe de France Soir relaie à toute berzingue des thèses proches de la complosphère. Elle y interviewe Karl Zéro, journaliste et animateur travaillant sur la pédocriminalité qui a viré complotiste depuis quelques années rappelle Arrêt sur Images. En 2024, elle fait la promotion du travail de Pierre Barnérias, connu pour le documentaire conspi « Hold-Up », avec « Les survivantes : l’ultime tabou », qui évoque des « rituels satanistes » et des scènes où « des enfants doivent tuer d’autres enfants ». Elle envisage un temps de rejoindre Barnérias dans un projet d’agence de presse citoyenne, comme le raconte un papier d’Arrêt sur Images.
Beneux intervient sur les médias d’extrême droite CNews et Radio Courtoisie. Interrogée sur ces écarts de lignes éditoriales avec Off Investigation, elle affirme être l’« une des rares spécialistes de ce sujet » qu’elle juge « transpolitique ». Laurence Beneux « travaille pour informer », assure-t-elle, « peu importe le média ».
Grégory Pons, ancien gudard et figure de la nouvelle droite
Autre figure de l’extrême droite radicale qui marque de son empreinte Off Investigation : Grégory Pons. Pilier du Grece (2), mouvement racialiste précurseur des identitaires, il signe dans sa revue « Éléments » sans discontinuer de 1979 à 2025. Il est un compagnon de route du GUD auquel il a consacré un ouvrage. Âgé de 72 ans, il anime une lettre confidentielle consacrée à l’horlogerie de luxe.
Crâne dégarni, lunettes carrées et foulard bien noué, il s’amuse à démentir publiquement qu’il ne se cache pas derrière un pseudo pour signer plusieurs articles chez Off Investigation. Pourtant, les articles consacrés à l’horlogerie de luxe, signés « Blanche Chatwin-Bouvier » s’appuient largement sur des citations de Grégory Pons et renvoient vers son « excellent site ».
Contacté pour en savoir plus, Grégory Pons joue la surprise. « Vous en savez des choses ! », nous répond-il sur WhatsApp avant d’accepter un échange téléphonique qui ne sera finalement jamais honoré, prétextant être parti en Afrique pour les fêtes. On n’en saura pas plus de la part de Pons, mais dans son papier publié dimanche sur Off, Jean-Baptiste Rivoire retranscrit les échanges que StreetPress a pu avoir avec Pons — tout en démentant que ce dernier soit l’auteur des articles !
Le septuagénaire dont les citations ont largement nourri les articles de Off est connu comme le loup blanc dans la presse d’extrême droite. Il a été limogé du très droitier « Figaro Magazine » où il a écrit entre 1976 et 1980, du fait de sa promotion trop marquée du Grece. « Éléments », la revue du Grece, a été son terrain d’expression privilégié jusqu’en 2025 mais aussi celui de son fils, sous le nom d’Étienne Cormier — qui écrit aussi dans cette publication tout en étant parfaitement intégré dans la mouvance radicale. Ancien membre de Génération identitaire, il était présent en octobre 2023 à l’anniversaire d’une des filles de Frédéric Chatillon, ancien leader du GUD. La même année, il a participé à la manifestation du 9 Mai, le rendez-vous annuel de l’extrême droite néofasciste.
Olivier Annichini, pigiste chez « Causeur » et « Valeurs actuelles »
Pour Off Investigation, Olivier Annichini a publié une quinzaine d’articles consacrés à l’affaire Gabriel Matzneff entre juillet et octobre 2025. La première collaboration avec Off remonte à 2023 et concerne là encore une affaire de pédocriminalité, puis des articles sur Gabriel Matzneff. Chapeau marron façon fedora en guise de signe distinctif, le journaliste indépendant écrit également pour « Causeur » et « Valeurs actuelles », avec un « style caustique » selon Rivoire.
Parmi les 32 articles qu’il a publiés pour « Causeur », Annichini tient des propos ouvertement islamophobes notamment sur le port du voile lors des matchs sportifs, qu’il réduit à des « fichus foulards ». En novembre 2025, il ironise sur les polémiques autour des crèches de Noël évoquant une « crise de foi des islamo-gauchistes et autres laïcards » et défendant une lecture conservatrice de l’histoire religieuse française. Le mois suivant, il prend la défense du gardien de football Lucas Chevalier après un « like » favorable au Rassemblement national, qualifiant ses détracteurs de « djihadistes du Net » et présentant le parti d’extrême droite comme désormais « respectable ». Il y a quelques mois, il associait la « nourriture made in Africa » avec un « lot de maladies » ou sous-entendait que les militants pro-palestiniens seraient incapables de « manifester pacifiquement ». Contacté plusieurs fois par StreetPress, comme Eric Laffitte, Olivier Annichini n’a jamais répondu à nos sollicitations.
Rivoire franchit le Rubicon
Bardé d’un lourd CV de journaliste, Jean-Baptiste Rivoire emmène-t-il son média vers des cieux complotistes ? Si Beneux ou Laffitte sont des habitués ou des piliers de la presse conspi, Rivoire lui-même n’hésite pas à franchir le Rubicon et à quitter les sphères de l’information pour aller donner des interviews en plateau dans les usines à fake news : 30 minutes d’interview ici en 2022 au micro de Humbert Angleys, rédacteur en chef adjoint de France Soir, qui arrivera quelques mois plus tard dans les valises de Geoffroy Lejeune pour transformer le « JDD » en journal d’extrême droite. Là chez Tocsin, en 2024, un média complotiste au service de l’extrême droite ayant réhabilité l’humoriste antisémite Dieudonné, qui y fait des sketchs. On retrouve ainsi Jean-Baptiste Rivoire dans la même émission que la fine fleur de l’extrême droite radicale : le président du média Omerta Charles d’Anjou, l’africaniste racialiste Bernard Lugan star des documentaires de « Frontières », le rédacteur en chef de la revue « Éléments » François Bousquet ou le député RN Philippe Schreck !

En 2022, invité chez France Soir, Jean-Baptiste Rivoire n’hésite pas à répondre aux questions d’Humbert Angleys, rédacteur en chef adjoint de ce média, qui aidera plus tard Geoffroy Lejeune à faire du « JDD » un journal d’extrême droite. / Crédits : DR
Rivoire s’invite aussi au micro d’André Bercoff sur Sud Radio ou encore chez « Le Monde moderne » d’Alexis Poulin, journaliste-influenceur qui a travaillé chez la chaîne pro-Kremlin RT. Pour le patron de Off, il s’agit simplement de « médias alternatifs ». « Est-ce interdit ? Au nom de quoi ? », questionne Rivoire dans son article.
Rivoire voit désormais un complot derrière l’enquête de StreetPress. Ainsi quand StreetPress souligne dans ses questions qu’Eric Laffitte n’est pas qu’un simple contributeur et qu’il se rend régulièrement dans les locaux d’Off Investigation, cette info prend des proportions ahurissantes dans l’article-réponse de Rivoire qui nous prête des moyens et des intentions que nous n’avons — vraiment — pas :
« Faut-il comprendre que StreetPress cherche à intimider Eric Laffitte et Off Investigation en sous-entendant qu’ils peuvent traquer nos moindres faits et gestes ? Bref, nous espionner ? C’est grave. »
(1) Ajout le 5 janvier à 18h02 après que le journaliste nous a informé de son départ de Off Investigation fin novembre.
(2) Le Grece est le Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne, cofondé notamment par les auteurs d’extrême droite Alain de Benoist ou Dominique Venner.
Illustration de Une par Caroline Varon.
Farouchement anti-Macron, le média Off Investigation s’est entouré de plusieurs profils sulfureux : journalistes issus de la presse antisémite ou islamophobe et figures de la complosphère. Le boss Jean-Baptiste Rivoire assume et dénonce une cabale.
« Minute », « Le Crapouillot », « Valeurs actuelles », France Soir…
C’est que StreetPress a repéré une cinquantaine d’articles de Off Investigation signés de journalistes qui ont tous écrit pour des médias aux lignes éditoriales violemment antisémites, franchement complotistes ou islamophobes.
Nous avons décroché notre téléphone mi-décembre et appelé Jean-Baptiste Rivoire pour comprendre : comment des signatures du journal d’extrême droite « Minute », du titre antisémite et collaborationniste « Le Crapouillot » ou encore de « Valeurs actuelles » ou du site conspirationniste France Soir se sont-elles retrouvées chez lui ?
Trois semaines plus tard, vendredi 2 janvier, Jean-Baptiste Rivoire nous répond laconiquement par mail qu’il n’y a aucun problème « concernant un quelconque contenu publié par [son] média ». De même pour la « ligne éditoriale » des journaux où ils sont passés, « n’étant pas [leur] rédacteur en chef ». Circulez, il n’y a rien à voir.
Bolloré descendant d’une famille de banquiers juifs proche des Rothschild ?
En réalité, l’enquête de StreetPress commence à la mi-novembre par une polémique dont X (anciennement Twitter) a le secret : un journaliste très suivi y partage la dernière enquête de Off Investigation sur les origines juives de Vincent Bolloré et ses liens supposés avec Israël.
Le journaliste, Nils Wilcke, qui travaille alors pour le média (1), y résume l’article d’Off Investigation ainsi : « Présenté comme le “soldat du Christ” de la finance, Bolloré le “Breton” est en réalité le descendant d’une vieille famille de banquiers juifs proche de la famille Rothschild. » En réaction, le twitter antiraciste s’étrangle : le compte antisioniste Goldbaum of Krakow dénonce « le niveau d’inconscient antisémite » du tweet. Et l’éditeur Guy Birenbaum est « consterné » : « Tout le monde est devenu totalement dingue. » Nils Wilcke supprime son tweet initial, publie un message d’excuses et décide de quitter Off Investigation quelques jours plus tard, évoquant un désaccord avec la ligne éditoriale (1).
À LIRE AUSSI (en 2022) : Le trésor Ratier, les archives les plus convoitées de l’extrême droite
L’histoire aurait pu s’arrêter là. L’article de Off sur Bolloré reprenait principalement des infos parues dans « Le Point » en 2003 qui venaient d’être remises au goût du jour un mois plus tôt dans Faits et Documents, la lettre confidentielle fondée par le journaliste d’extrême droite Emmanuel Ratier et reprise par Alain Soral… Sauf que StreetPress découvre vite que le journaliste qui signe la fameuse « enquête en trois volets » pour Off Investigation est un vieux routier de la presse d’extrême droite. Et pas des moindres : Eric Laffitte.
Eric Laffitte, rédacteur en chef du « Crapouillot »
Pilier du journal d’extrême droite « Minute » (il y a même fondé une section syndicale en 1998), Eric Laffitte est un historique de la presse nationaliste française. Dans les années 1990, il est le rédacteur en chef du « Crapouillot », journal connu pour ses Unes antisémites d’avant-guerre, relancé après 1945 avec des plumes comme celle du féroce collaborationniste Lucien Rebatet. Le canard a ensuite été repris par un très proche de Laffitte, Roland Gaucher. Ce chantre de la collaboration avait demandé au régime de Vichy d’accélérer les exécutions de résistants pendant la guerre. Il est également cofondateur du Front national et du néofasciste Parti des forces nouvelles.

Eric Laffitte est, dans les années 1990, le rédacteur en chef du « Crapouillot » avant d’être repris par un de ses très proches, Roland Gaucher. / Crédits : DR
Sous la supervision de Laffitte, des caricatures antisémites sont publiées par le dessinateur Konk, connu pour ses positions négationnistes. L’un d’eux est dans l’édition mars-avril 1992 que StreetPress a pu consulter. Le dessin montre deux hommes observant la progression électorale du FN sur un graphique, l’un suggérant qu’il « faudrait songer à plastiquer une synagogue ». Le journal présente la réforme de la police sous le régime de Pétain comme « globalement positive » et y vante l’organisation de la police en 1941. Entre les années 1930 et 1980, « Le Crapouillot » a gardé le même petit plaisir : faire sa Une sur « Les Juifs » avec à chaque fois la même manie de caricaturer et de reprendre les poncifs judéophobes. Pour Off Investigation, Eric Laffitte signe en janvier 2025 aussi une seconde enquête qui cette fois remonte le fil des origines (juives) d’Alexis Kohler et ses liens avec la « Nomenklatura » israélienne.

Que ça soit en 1936 ou en 1985, « Le Crapouillot » va jusqu’à sortir un numéro intitulé « Les Juifs », caricaturant et reprenant les clichés poncifs judéophobes. / Crédits : DR

Dans l’édition mars-avril 1992 du « Crapouillot », on retrouve une caricature antisémite du dessinateur Konk, connu pour ses positions négationnistes. / Crédits : DR
Rivoire et Laffitte font connaissance dans les années 2000. C’est l’époque où le plumitif publie dans « Le Point ». Il y signe notamment en 2006 un article sur les « tricheurs du chômage » décrivant, non sans finesse, le stéréotype du chômeur assisté. L’article est critiqué par l’association de critique de médias Acrimed pour son manque de nuance et son traitement simpliste.
Laurence Beneux, experte en pédocriminalité proche des médias conspirationnistes
« Brigitte pédophile ? », titre Off Investigation pour mettre en avant une interview vidéo de Laurence Beneux. Beneux raconte à StreetPress avoir été sollicitée par Jean-Baptiste Rivoire « pour donner son avis » sur des dossiers de pédocriminalité. De sa voix rocailleuse, elle raconte avoir rencontré le directeur d’Off lors de son passage chez Canal +, où il est à l’époque un pilier de l’investigation de la chaîne. En 2023, ce dernier la recontacte alors qu’elle est rédactrice en cheffe adjointe de France Soir, un titre qui a basculé dans la désinformation et le complotisme effréné sous la direction de Xavier Azalbert depuis 2019.

Captures d’écran des vidéos au titre racoleur qui ont été publiées par Off Investigation. / Crédits : DR
Laurence Beneux a signé trois papiers pour Off, en plus d’une interview en tant qu’experte dans le documentaire « Brigitte et Emmanuel : enterrer un scandale pédophile ». Si plusieurs contributeurs s’émeuvent de cette collaboration en 2023 (ainsi que d’un projet d’interview avorté de Juan Branco), Rivoire tient bon et maintient la confiance à son ancienne collègue. Une autre collaboration est d’ailleurs en cours avec Off, « pour une enquête qui n’est pas encore sortie », nous confie Laurence Beneux.
La rédac cheffe adjointe de France Soir relaie à toute berzingue des thèses proches de la complosphère. Elle y interviewe Karl Zéro, journaliste et animateur travaillant sur la pédocriminalité qui a viré complotiste depuis quelques années rappelle Arrêt sur Images. En 2024, elle fait la promotion du travail de Pierre Barnérias, connu pour le documentaire conspi « Hold-Up », avec « Les survivantes : l’ultime tabou », qui évoque des « rituels satanistes » et des scènes où « des enfants doivent tuer d’autres enfants ». Elle envisage un temps de rejoindre Barnérias dans un projet d’agence de presse citoyenne, comme le raconte un papier d’Arrêt sur Images.
Beneux intervient sur les médias d’extrême droite CNews et Radio Courtoisie. Interrogée sur ces écarts de lignes éditoriales avec Off Investigation, elle affirme être l’« une des rares spécialistes de ce sujet » qu’elle juge « transpolitique ». Laurence Beneux « travaille pour informer », assure-t-elle, « peu importe le média ».
Grégory Pons, ancien gudard et figure de la nouvelle droite
Autre figure de l’extrême droite radicale qui marque de son empreinte Off Investigation : Grégory Pons. Pilier du Grece (2), mouvement racialiste précurseur des identitaires, il signe dans sa revue « Éléments » sans discontinuer de 1979 à 2025. Il est un compagnon de route du GUD auquel il a consacré un ouvrage. Âgé de 72 ans, il anime une lettre confidentielle consacrée à l’horlogerie de luxe.
Crâne dégarni, lunettes carrées et foulard bien noué, il s’amuse à démentir publiquement qu’il ne se cache pas derrière un pseudo pour signer plusieurs articles chez Off Investigation. Pourtant, les articles consacrés à l’horlogerie de luxe, signés « Blanche Chatwin-Bouvier » s’appuient largement sur des citations de Grégory Pons et renvoient vers son « excellent site ».
Contacté pour en savoir plus, Grégory Pons joue la surprise. « Vous en savez des choses ! », nous répond-il sur WhatsApp avant d’accepter un échange téléphonique qui ne sera finalement jamais honoré, prétextant être parti en Afrique pour les fêtes. On n’en saura pas plus de la part de Pons, mais dans son papier publié dimanche sur Off, Jean-Baptiste Rivoire retranscrit les échanges que StreetPress a pu avoir avec Pons — tout en démentant que ce dernier soit l’auteur des articles !
Le septuagénaire dont les citations ont largement nourri les articles de Off est connu comme le loup blanc dans la presse d’extrême droite. Il a été limogé du très droitier « Figaro Magazine » où il a écrit entre 1976 et 1980, du fait de sa promotion trop marquée du Grece. « Éléments », la revue du Grece, a été son terrain d’expression privilégié jusqu’en 2025 mais aussi celui de son fils, sous le nom d’Étienne Cormier — qui écrit aussi dans cette publication tout en étant parfaitement intégré dans la mouvance radicale. Ancien membre de Génération identitaire, il était présent en octobre 2023 à l’anniversaire d’une des filles de Frédéric Chatillon, ancien leader du GUD. La même année, il a participé à la manifestation du 9 Mai, le rendez-vous annuel de l’extrême droite néofasciste.
Olivier Annichini, pigiste chez « Causeur » et « Valeurs actuelles »
Pour Off Investigation, Olivier Annichini a publié une quinzaine d’articles consacrés à l’affaire Gabriel Matzneff entre juillet et octobre 2025. La première collaboration avec Off remonte à 2023 et concerne là encore une affaire de pédocriminalité, puis des articles sur Gabriel Matzneff. Chapeau marron façon fedora en guise de signe distinctif, le journaliste indépendant écrit également pour « Causeur » et « Valeurs actuelles », avec un « style caustique » selon Rivoire.
Parmi les 32 articles qu’il a publiés pour « Causeur », Annichini tient des propos ouvertement islamophobes notamment sur le port du voile lors des matchs sportifs, qu’il réduit à des « fichus foulards ». En novembre 2025, il ironise sur les polémiques autour des crèches de Noël évoquant une « crise de foi des islamo-gauchistes et autres laïcards » et défendant une lecture conservatrice de l’histoire religieuse française. Le mois suivant, il prend la défense du gardien de football Lucas Chevalier après un « like » favorable au Rassemblement national, qualifiant ses détracteurs de « djihadistes du Net » et présentant le parti d’extrême droite comme désormais « respectable ». Il y a quelques mois, il associait la « nourriture made in Africa » avec un « lot de maladies » ou sous-entendait que les militants pro-palestiniens seraient incapables de « manifester pacifiquement ». Contacté plusieurs fois par StreetPress, comme Eric Laffitte, Olivier Annichini n’a jamais répondu à nos sollicitations.
Rivoire franchit le Rubicon
Bardé d’un lourd CV de journaliste, Jean-Baptiste Rivoire emmène-t-il son média vers des cieux complotistes ? Si Beneux ou Laffitte sont des habitués ou des piliers de la presse conspi, Rivoire lui-même n’hésite pas à franchir le Rubicon et à quitter les sphères de l’information pour aller donner des interviews en plateau dans les usines à fake news : 30 minutes d’interview ici en 2022 au micro de Humbert Angleys, rédacteur en chef adjoint de France Soir, qui arrivera quelques mois plus tard dans les valises de Geoffroy Lejeune pour transformer le « JDD » en journal d’extrême droite. Là chez Tocsin, en 2024, un média complotiste au service de l’extrême droite ayant réhabilité l’humoriste antisémite Dieudonné, qui y fait des sketchs. On retrouve ainsi Jean-Baptiste Rivoire dans la même émission que la fine fleur de l’extrême droite radicale : le président du média Omerta Charles d’Anjou, l’africaniste racialiste Bernard Lugan star des documentaires de « Frontières », le rédacteur en chef de la revue « Éléments » François Bousquet ou le député RN Philippe Schreck !

En 2022, invité chez France Soir, Jean-Baptiste Rivoire n’hésite pas à répondre aux questions d’Humbert Angleys, rédacteur en chef adjoint de ce média, qui aidera plus tard Geoffroy Lejeune à faire du « JDD » un journal d’extrême droite. / Crédits : DR
Rivoire s’invite aussi au micro d’André Bercoff sur Sud Radio ou encore chez « Le Monde moderne » d’Alexis Poulin, journaliste-influenceur qui a travaillé chez la chaîne pro-Kremlin RT. Pour le patron de Off, il s’agit simplement de « médias alternatifs ». « Est-ce interdit ? Au nom de quoi ? », questionne Rivoire dans son article.
Rivoire voit désormais un complot derrière l’enquête de StreetPress. Ainsi quand StreetPress souligne dans ses questions qu’Eric Laffitte n’est pas qu’un simple contributeur et qu’il se rend régulièrement dans les locaux d’Off Investigation, cette info prend des proportions ahurissantes dans l’article-réponse de Rivoire qui nous prête des moyens et des intentions que nous n’avons — vraiment — pas :
« Faut-il comprendre que StreetPress cherche à intimider Eric Laffitte et Off Investigation en sous-entendant qu’ils peuvent traquer nos moindres faits et gestes ? Bref, nous espionner ? C’est grave. »
(1) Ajout le 5 janvier à 18h02 après que le journaliste nous a informé de son départ de Off Investigation fin novembre.
(2) Le Grece est le Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne, cofondé notamment par les auteurs d’extrême droite Alain de Benoist ou Dominique Venner.
Illustration de Une par Caroline Varon.
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