Ouvrons l’oeil : possible trompe-l’oeil vénézuelien…

Ouvrons l’oeil : possible trompe-l’oeil vénézuelien…
Ce que relaie Alexis Cukier d’un sociologue libertaire vénézuélien sur son pays mérite toute notre attention.
Sur la base d’une série de faits, un analyste vénézuelien émet une hypothèse très plausible, celle d’un débauchage par Donald Trump d’un secteur du madurisme, pour en éliminer la figure de proue, Nicolás Maduro, et passer avec ledit secteur un pacte de collaboration autour de la gestion des gisements de pétrole dont le Venezuela est dans l’incapacité d’assurer la valorisation commerciale tandis que les Etats-Unis les considèrent, dans leur logique de prédation sauvage, comme leur revenant de … droit suivant leur théorie de l’expansionnisme hémisphérique. Théorie retrouvant, en l’ensauvageant plus encore, le réaménagement, un temps perdu, de la célèbre doctrine Monroe (voir mes derniers post), autour de la conception de l’Amérique Latine comme l’arrière cour des Etats-Unis.
Réaménagement qui se combine à un élargissement spatial, l’hémisphérisme expansionniste, développé dans la nouvelle doctrine de la sécurité nationale étatsunienne, incluant un développement très à l’Est. Ce dont témoigne la visée trumpiste sur le Groenland et ses richesses naturelles. Par où, c’est en fait toute l’Europe qui est dans le viseur comme zone de contact du partage, assumé par les Etats-Unis, du monde, donc de l’Europe, avec l’impérialisme russe. Toutes choses qui appellent, à gauche, à sortir des simplismes campistes pour élaborer, autour de l’internationalisme, des positionnements d’autodéfense des peuples qui, dans cette reconfiguration inter-impérialiste du monde que les Etats-Unis cherchent à promouvoir, vont devoir faire face à des actes de piraterie ou de guerre ouverte dont celle d’Ukraine donne une idée tragique.
Tout comme elle donne une idée du retard, voire de la débandade, dont font preuve de gros pans de la gauche qui ont anémié leurs capacités analytiques à force de se placer à la remorque des logiques d’Etat contre les logiques de mobilisations et de solidarités populaires. Misère du campisme (prendre le parti du camp des Etats adoubés d’être antiaméricains) qui restera dans l’histoire comme un fléau, héritage non déjoué des années Staline qui, de la Syrie d’Assad à la Russie de Poutine, a laissé se développer des guerres invraisemblables et les divisions à gauche et dans les peuples en jetant aux poubelles de l’histoire, le seul héritage de gauche adapté à la situation internationale aujourd’hui, l’internationalisme et son corollaire des temps modernes, l’antifascisme sans concession.
Pour en revenir au Venezuela, c’est autour du comportement trouble de la nouvelle présidente Delcy Rodríguez que se dessine l’hypothèse qu’expose le texte ci-joint : il y a bien longtemps que, dans la gauche anticampiste, qu’elle soit vénézuélienne ou internationale, il est acquis que s’est développée dans ce pays une bureaucratie transcroissant en bourgeoisie qui a pris les commandes du pouvoir de ce qui a été, au départ, une puissante révolution populaire emmenée par la figure charismatique d’Hugo Chávez. Lequel Hugo Chávez a lui-même posé les freins à toute auto-organisation du peuple pour lui préférer des structurations instrumentalisées par en haut, par l’Etat, par où le refus de rompre avec la logique économique du capitalisme centrée sur la rente pétrolière, a permis que s’insinue la constitution de ce que l’on a appelé la boli-bourgeoisie, la nouvelle bourgeoisie bolivarienne, elle-même arrimée à une armée intéressée à rester, y compris économiquement, dans ce cadre d’une nouvelle domination du peuple vénézuélien. Delcy Rodríguez et un large secteur de cette bolibourgeoisie ont pu arriver à la conclusion … »pragmatique » que, face à la pression irrépressiblement prédatrice de l’impérialisme états-unien, le jusqu’au boutisme bolivariste doctrinaire de Nicolás Maduro était devenu une impasse dont il fallait sortir d’urgence en le sacrifiant sans remords.
Delcy Rodríguez, si l’hypothèse se confirme juste, va naviguer à vue, un temps, car il lui faudra éviter de s’aliéner des partisans de Nicolás Maduro ou tout simplement ceux et celles des Vénézuélien.ne.s qui, opposé.e.s à celui-ci, ne digèreraient pas de passer, ce qui est le sort que Trump réserve à ce qu’il faut bien appeler ses vassaux, sous les fourches caudines de l’impérialisme étatsunien. La nouvelle présidente vénézuélienne, qui a été reconnue explicitement par Trump, menaces à l’appui envers elle pour s’assurer de sa « loyauté », comme celle par laquelle, en l’absence de présence armée étatsunienne, il va mettre la main sur le pétrole du pays, doit cependant donner des gages de bolivarisme. Trompe l’oeil qu’il faudra éviter de prendre pour argent comptant sauf à l’identifier d’être sur le fond une tactique boli-bourgeoise, en lien avec la Cour Suprême, pour désarmer (l’armée vénézuélienne et quelques milices « populaires » y veilleraient) toute velléité de résistance populaire à ce qui ne serait, je parle toujours au conditionnel, qu’un minable deal passé avec le trumpisme.
Evidemment l’avenir tranchera sur ce qui n’est qu’une interprétation hypothétique de ce qui se joue dans le coup de force trumpien au Venezuela. Des évènements comme une irruption de mobilisations populaires ne sont lamais à écarter qui peuvent, à leur tour, amener des retournements déjouant les scénarios impérialistes les plus bouclés. Mais il est trop tôt pour que des indices de tel processus apparaissent.
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