Bonpote le 15/01/2026

Les ministres des Affaires étrangères du Danemark et du Groenland étaient à Washington ce mercredi 14 janvier pour rencontrer, à leur demande, le secrétaire d’État Marco Rubio et le vice-président américain JD Vance. Le sujet : répondre aux menaces du président américain, qui a annoncé vouloir s’emparer « d’une manière ou d’une autre » du territoire arctique.
Donald Trump avance des arguments sécuritaires. Les États-Unis auraient besoin du Groenland pour mener, entre autres, leur projet de bouclier antimissile appelé Dôme d’or. Mais d’autres enjeux notamment économiques, écologiques et géo-stratégiques expliquent les velléités américaines. On fait le point.
Ce qu’il faut savoir sur le Groenland
Grand comme quatre fois la France métropolitaine (2,1 millions de kilomètres carrés), le Groenland est couvert à 80% par les glaces et n’est peuplé que de 56 000 habitantes et habitants.
Étant un pays constitutif du Royaume du Danemark, il appartient sur le plan politique à la sphère européenne. Mais, au niveau géographique, il est en Amérique du Nord. Regarder une carte centrée sur ce territoire permet de réaliser à quel point on se sent loin de Copenhague, la capitale danoise, quand on est à Nuuk, la capitale du Groenland.

Ce pays était déjà situé au cœur d’enjeux stratégiques, puisque situé entre les Etats-unis, le Canada et la Russie. Mais le changement climatique, dont les effets sont quatre fois plus rapides qu’ailleurs, redessine la partie. Nous en avions parlé sur Bon Pote, il est possible d’observer des étés sans glace en Arctique dès le début de la décennie 2030. De nouvelles routes maritimes jadis impraticables s’ouvrent donc à proximité du Groenland. Voilà qui met le Groenland au cœur du « Grand Jeu » géopolitique arctique.
Des ressources abondantes au Groenland, mais incertaines
Face aux menaces d’invasion de Donald Trump, on a pu lire dans de nombreux médias que le président était désireux de faire main basse sur le « trésor » ou « eldorado » groenlandais. Et plus précisément, sur ses ressources en métaux « critiques » qui s’annoncent abondantes sur cette île.
Publiée en 2024, une étude réalisée par le service géologique du Danemark et du Groenland (GEUS) indique que l’île dispose de sept gisements « très importants » de métaux placés dans la catégorie des dites « terres rares » (désignant un groupe de métaux qui ne sont en réalité pas si rares que ça). Au total, le Groenland renfermerait selon ce rapport plus de 36 millions de tonnes de terres rares. Certains de ces gisements hébergent également des métaux comme le lithium, le tantale, le niobium, le hafnium ou encore le zirconium (avec des applications variées dans les batteries électriques, l’industrie ou encore l’électronique).

Le service géologique des États-Unis (USGS) estime, pour sa part, les ressources en terres rares groenlandaises à « seulement » 1,5 million de tonnes, ce qui classe l’ancienne colonie danoise à la 8ème place des pays les mieux dotés sur ce type de ressources, loin derrière la Chine (44 millions de tonnes) et le Brésil (21 millions de tonnes). Avec 1,9 millions de tonnes estimées, même les États-Unis devancent le Groenland dans ce classement.
Comment distinguer les ressources des réserves au Groenland ?
L’écart important entre les deux estimations n’a rien de surprenant : « On parle d’un potentiel géologique. Il faut prendre tous ces chiffres avec énormément de précautions », souligne à Bon Pote Emmanuel Hache, adjoint scientifique et économiste-prospectiviste à IFP Énergies nouvelles et directeur de recherche à l’Institut de relations nationales et stratégiques (IRIS). Il faut en effet distinguer la « ressource » de la « réserve » (autrement dit une ressource que l’on peut exploiter économiquement et technologiquement), et la « réserve » de la « production », qui nécessite des infrastructures.
C’est là où les choses se compliquent au Groenland, puisque l’exploitation minière nécessiterait de construire des routes, des ports, des centrales énergétiques, des usines de métallurgie, etc… La professeure en archéologie et paléoenvironnement à l’Université de Franche-Comté Émilie Gauthier, qui a mené plusieurs voyages de recherche au Groenland, décrit à Bon Pote la réalité de cette île :
« Il n’y a pas de route entre les villages. Pour aller d’un point A à un point B, il faut prendre le bateau, l’avion ou l’hélicoptère. La côte est, par exemple, on ne peut y aller que depuis l’Islande. Cela veut dire que depuis la capitale, Nuuk, il faut prendre deux avions. Et chaque déplacement dépend en plus de la météo. Cet été, je suis restée bloquée cinq jours parce qu’aucun hélico ne décollait à cause du mauvais temps. »
Pas sûr, dans ce contexte, que les entreprises minières consentent aux investissements nécessaires sur place : « Les grandes entreprises américaines minières préfèrent aller développer des mines sur des terrains qui sont déjà connus, en Amérique latine, en Afrique, en Australie, voire même aux États-Unis. Si elles étaient vraiment intéressées par ce territoire, elles y seraient déjà », analyse Emmanuel Hache.
Le focus est surtout placé sur les ressources minérales, surtout depuis que le Groenland a banni la prospection pétrolière en 2021 pour des raisons climatiques. Une interdiction que les États-Unis de Trump, fidèle à la doctrine « drill, baby, drill », pourrait néanmoins être tentée de lever s’ils venaient à mettre la main sur le territoire. Selon les estimations du service géologique américain, les ressources pétrolières atteindraient 7,8 milliards de barils de pétrole et 2600 milliards de m³ de gaz dans l’ouest du Groenland, et plus de 31 milliards de barils équivalent pétrole de pétrole, de gaz et de gaz naturel liquéfié à l’est.
Là encore, insiste Emmanuel Hache, il faut prendre ces chiffres avec des pincettes dans la mesure où ils résultent davantage de modélisations informatiques que de résultats de forages.
Une ruée minière à venir ?
L’idée d’un « eldorado » minier à portée de main doit donc être relativisée. À l’heure actuelle, seules deux mines sont en activité au Groenland : une mine d’or dans le sud (exploitée par l’entreprise canadienne Amaroq) et une mine d’anorthosite (feldspath) dans le fjord de Kangerlussuaq, à l’ouest (exploitée par l’entreprise canadienne Lumina).
L’abondance des ressources minérales groenlandaises est plutôt une perspective future à laquelle la fonte des glaces ouvre peu à peu la voie. « Le réchauffement climatique provoque le retrait de la calotte glaciaire, mais le taux de fusion n’est pas assez rapide pour exposer bientôt d’importantes nouvelles zones de terres pour l’exploration minérale. Par conséquent, il est peu probable que le potentiel minéral du Groenland change considérablement dans un avenir prévisible, avance prudemment le service géologique du Danemark et du Groenland (GEUS). Le réchauffement climatique pourrait cependant avoir d’autres effets plus indirects, tels que l’amélioration de l’accès aux gisements minéraux à mesure que la couverture de glace de mer diminue. »
S’il est difficile de savoir à quelle échéance le recul de la glace facilitera l’exploitation minière, il faudra sans doute patienter « plusieurs décennies », estime de son côté Emmanuel Hache. « La vision trumpiste consiste à s’accaparer aujourd’hui le territoire pour que d’autres n’aient pas la capacité de le faire. »
En attendant, plusieurs pays placent leurs pions. En 2023, l’Union européenne a signé un accord avec le Groenland pour sécuriser l’approvisionnement en matières premières critiques (le territoire renferme 25 des 34 matériaux jugés « critiques » pour l’UE pour la transition écologique et l’industrie), à travers le développement de projets miniers. Le Groenland est aussi désireux d’attirer des investissements chinois, mais le succès a été très limité jusqu’à présent.
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Que veulent et que peuvent les Groenlandais et Groenlandaises ?
Pour imaginer le rapport de force, il y a plus d’habitants à Niort que dans tout le Groenland. C’est dire si cette communauté ne fait pas le poids face au géant américain.
Première crainte : qu’une ingérence étrangère puisse influencer la société, simplement en convaincant quelques individus et relais d’opinion. Si la corruption a structurellement diminué depuis l’autonomie groenlandaise en 2009, nous décrit le chercheur en géopolitique et spécialiste des pôles arctique et antarctique Mikaa Blugeon-Mered, plusieurs puissances et industries tentent en effet d’y exercer leur influence : « Du fait du système électoral, certains députés peuvent être élus avec à peine une centaine de voix. Certains ont été approchés puis recrutés par des puissances ou investisseurs étrangers, pour devenir leur intermédiaire local. » C’est dans ce contexte que le camp trumpiste « instrumentalise les désirs d’une partie des indépendantistes, qui aimeraient que les États-Unis deviennent leur allié et protecteur économique. »
La presse danoise a déjà révélé que des Américains ont tenté de monter sur place un réseau de Groenlandais pro-Trump. Le militant d’extrême droite Charlie Kirk s’est même rendu sur place début 2025 avec le fils de Donald Trump, Donald Trump JR.

« Des adolescents groenlandais ont reconnu avoir été payés pour porter des casquettes Make America Great Again », assure Mikaa Blugeon-Mered. Un maçon groenlandais, Jørgen Boassen, est en lien avec les hommes du président américain depuis 2016. «J’ai beaucoup de boulot avec les américains. Les compagnies minières m’appellent pour que je les aide à trouver de bons contacts ici », a-t-il affirmé à la presse danoise.
Sauf que la stratégie américaine n’est pas couronnée de succès. Lors des élections de mars 2025, les Groenlandais ont rejeté à la fois le gouvernement sortant… mais aussi le seul parti favorable aux velléités d’annexion de Donald Trump.
Dans ce contexte, résume Mikaa Blugeon-Mered, la seconde crainte pour les Groenlandais porte une annexion brutale du territoire « Pour contourner ces 56 000 habitants qui bloquent les projets miniers avec leur droit et à cause de leur conscience écologique. »
La position des Groenlandais sur l’exploitation minière est en effet plus que réticente. Pour le comprendre, il faut connaître l’histoire de la principale mine de cryolite groenlandaise, exploitée pendant un siècle. Ce sujet est devenu brûlant en février 2025 après la diffusion d’un documentaire révélant l’ampleur des profits captés par le Danemark grâce à cette exploitation : 54 milliards d’euros. Alors que le Groenland est souvent décrit par Copenhague comme son boulet économique, ce documentaire avance qu’une grande partie des subventions danoises ont donc été « remboursées » par l’extraction des richesses du sous-sol groenlandais. Dans ce contexte, décrit Emmanuel Hache, chaque projet minier fait craindre localement un nouveau « détournement des revenus de l’exploitation. »
Une jeunesse a la conscience écologique forte
S’ajoutent les arguments écologiques, déjà exprimés en 2021 au moment du moratoire sur l’exploration et l’exploitation de l’uranium sur le territoire. Emilie Gauthier confirme : « Il y a une conscience écologique forte dans la jeunesse groenlandaise. La population est petite et consciente. C’est une société très liée au Danemark, mais aussi très marquée par l’héritage colonial, notamment avec la stérilisation forcée (Entre 1966 et 1975 au moins, des milliers d’adolescentes groenlandaises ont reçu un stérilet sans leur consentement).»
Ce moratoire a mis fin par la même occasion au projet minier de Kvanefjeld, présenté comme l’un des plus grands gisements mondiaux à la fois d’uranium et de ressources dites terres rares.
Voilà qui fait naître une troisième crainte pour la souveraineté groenlandaise. Car ce moratoire contrevient aux intérêts des sociétés qui ont convoité cette mine. L’une d’elle, filiale de la société australienne ETM (Energy Transition Minerals), a attaqué le gouvernement groenlandais et lui demande 11 milliards de dédommagement, soit quatre fois le PIB du pays. « Si le tribunal donne raison à cette entreprise, le gouvernement sera dans l’incapacité de payer. L’administration américaine pourrait parvenir à son projet d’annexion en payant cette dette judiciaire », craint Mikaa Blugeon-Mered.
Sans oublier le risque de « déstabilisation » économique induit par un développement du secteur minier, anticipe Emmanuel Hache. Ce dernier nécessiterait des investissements colossaux (de l’ordre de milliards de dollars) par rapport au PIB groenlandais (3,3 milliards de dollars). Or le marché des matières premières dites critiques est très « volatile », donc très risqué. Si le cours s’effondre, c’est toute l’économie qui vacille. Et ce n’est pas tout. La population locale ne suffisant pas du tout pour l’exploitation des mines, il faudrait faire venir sur place une main d’œuvre économique. Les Groenlandais craignent même le scénario du pire : « Le gouvernement a peur que la population soit déportée. Si Trump annexe ce pays, jusqu’où irait-il ? L’hypothèse a déjà évoquée pour la population Gaza vers le Somaliland… » décrit le spécialiste de géopolitique Mikaa Blugeon-Mered.
Une île cernée par les puissances mondiales
Le caractère « stratégique » du Groenland n’est pas une nouveauté. « À l’époque des Norrois [communément appelés Vikings, ndlr] qui venaient d’Islande, c’était une arrière-base lorsqu’ils décidaient d’explorer les côtes canadiennes. Dès la “redécouverte” des Amériques et de l’Amérique du Nord avec la pêche à la morue, le Groenland a été également un point stratégique », retrace Romuald Sciora, chercheur associé à l’IRIS et directeur de l’Observatoire politique et géostratégique des États-Unis, auprès de Bon Pote. En 1867 puis en 1946 déjà, les Américains avaient proposé au Danemark d’acheter le Groenland.
Bref, hier comme aujourd’hui, c’est un « enjeu géostratégique majeur » pour les États-Unis, résume Romuald Sciora. Au-delà de la question des ressources, le territoire se situe au carrefour de routes maritimes de grande importance qui sont de plus en plus pratiquées par ses rivaux chinois et russes.
Depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine en 2000, Moscou s’intéresse de plus en plus à la région Arctique. Comme le note Florian Vidal, chercheur à l’Université arctique de Norvège et chercheur associé au Laboratoire Interdisciplinaire des Énergies de Demain de l’Université Paris Cité, 80 % du gaz et 60 % du pétrole produits sur le territoire russe provient désormais de la région arctique. Depuis le milieu des années 2010, la Russie a aussi renforcé sa présence militaire dans la région arctique, observe un rapport de l’IRIS (2025). Outre l’installation de nouvelles bases militaires et la réhabilitation d’anciennes bases (île de Kotelny et de la terre d’Alexandra dans l’archipel François-Joseph) la dotant de moyens de surveillance aérienne, de combat aérien et de transport logistique, elle a étoffé sa flotte de brise-glaces « dont certains armés », indique le rapport. Celle-ci est aujourd’hui « largement supérieure à celle des États-Unis. »
La « Route de la Soie polaire »
Dans le cadre de son projet de « Route de la Soie polaire » (extension arctique des « Nouvelles Routes de la Soie »), la Chine a de son côté proposé de financer des infrastructures groenlandaises, à l’instar des aéroports de Nuuk, d’Ilulissat et de Qaqortoq – des projets à chaque fois bloqués par le Danemark et les États-Unis.
Malgré l’intensification des exercices militaires conjoints de la Russie et de la Chine dans la région arctique, la menace sécuritaire invoquée par Donald Trump doit être relativisée, estime Romuald Sciora. Sur le plan militaire, en effet, « rien ne justifierait une annexion du Groenland sous quelque forme que ce soit, puisque à l’heure qu’il est, les accords passés entre le Danemark, le Groenland et les États-Unis via l’OTAN ou tout simplement d’autres accords bilatéraux ou multilatéraux avec l’Union européenne permettraient aux États-Unis – ils n’ont qu’à le demander – d’ouvrir d’autres bases militaires autant qu’ils le veulent », précise Romuald Sciora, en insistant sur le fait que contrairement à ce que Donald Trump répète en boucle, la Chine et la Russie ne représentent « aucun danger à court et moyen terme » pour le Groenland, qui est membre de l’OTAN. Ce mercredi 14 janvier encore, le président américain a affirmé que « seuls les États-Unis » peuvent assurer la sécurité du territoire face à ses rivaux chinois et russes.
Au fond, l’impérialisme américain qui s’affirme ici dans toute sa splendeur cache mal une volonté de mettre à bas l’ordre international tel qu’il a été mis en place depuis 1945, analyse Romuald Sciora. Le tout, au service d’un « ordre où règne le bilatéralisme et la loi du plus fort, où les alliances sont de circonstance (comme le rapprochement avec la Russie), où on fait fi du multilatéralisme et du droit international. » Florian Vidal craint de la même façon que la démarche agressive de Trump au Groenland ne déstabilise la région : « Une velléité impérialiste pourrait en déclencher une autre. La Russie lorgne quant à elle sur le Svalbard, archipel norvégien. Dès lors, le risque à venir est d’entrer dans une logique transactionnelle et bilatérale, basée sur les rapports de force. »
Une annexion du territoire groenlandais – qui selon Romuald Sciora serait un jeu d’enfant à côté de l’opération militaire ayant mené à l’enlèvement du président vénézuélien Nicolás Maduro le 3 janvier dernier – ferait en outre de Trump le premier président depuis longtemps à agrandir le territoire américain, qui deviendrait alors le plus grand pays du monde. Sa dernière acquisition notable est l’Alaska, en 1867. « Je sais, c’est ridicule, mais on parle quand même de l’homme qui disait à Kim Jong-un qu’il avait un plus gros bouton nucléaire que lui », soupire Romuald Sciora.
La réponse à l’impérialisme : l’écologie décoloniale
Le territoire est l’un des plus exposés au changement climatique ? La fonte des glaces groenlandaise va conduire à l’élévation du niveau de la mer, affecter la circulation océanique et in fine alimenter un peu plus le dérèglement climatique ?
Rien n’y fait, l’intérêt médiatique et politique pour ce territoire se limite aux hypothétiques opportunités créées par ces changements. Et voilà Donald Trump et son administration, pourtant négationnistes climatiques assumés, convaincus que ce même changement climatique permettra un trafic maritime accru et l’exploitation de nouvelles ressources.
Ce n’est ni une contradiction, ni un caprice, ni une folie. C’est encore et toujours l’expression de l’idéologie coloniale, qui n’a jamais cessé d’opérer. La preuve : le terme d’Eldorado revient systématiquement quand on parle du Groenland. Lorsque les Espagnols arrivent en Amérique du Sud au XVIe siècle, ils sont obsédés par une chimère : la recherche de cités et contrées remplies d’un or que les autochtones n’auraient pas exploité. L’Eldorado, donc. Malgré les évidences et malgré les difficultés énormes que causaient les réalités géographiques locales pour leurs recherches, les conquistadors européens l’ont cherché en vain pendant des siècles, justifiant au passage les pires crimes de la colonisation et légitimant toutes tentatives d’exploiter les ressources locales. La même logique semble à l’oeuvre aujourd’hui, nous confirme Mikaa Blugeon-Mered :
« Les gens du Sud qui découvrent l’Arctique et se félicitent d’y voir des ressources ou des routes, expriment un fantasme, un fantasme de colon, de promoteur, d’extractiviste, de prédateur du Sud. La plupart des richesses potentielles, qui y sont évaluées sur la base de prolongations géologiques, sont situées dans des zones sous plusieurs centaines de mètres de glace. Leur libération potentielle aurait au mieux lieu dans plusieurs siècles… »
S’y superpose ensuite l’idéologie économique américaine. Ce pays s’est auto-surnommé « Land of Opportunities », son mythe fondateur sans cesse martelé par Donald Trump est celui d’un peuple dont la « destinée manifeste » et la mission divine sont de coloniser et d’exploiter des terres en friche et peuplées de sauvages.
C’est enfin une preuve de plus que la montée du capitalisme du désastre, théorisée par Naomi Klein, n’est plus une menace mais un fait accompli. Le capitalisme, dans sa quête incessante de croissance, est plus que jamais incompatible avec les limites planétaires et climatiques. Mais, en plus, une partie de ceux qui y ont intérêt envisagent sérieusement d’exploiter coûte que coûte les conséquences du désastre écologique en cours, quitte à l’aggraver.
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