Dans ce billet personnel, je ferai un état des lieux de la propagation de l’idée d’une semaine noire au printemps 2026 et j’exposerai les différentes dates proposées pour cette mobilisation. Informations pratiques pour s’impliquer dans le choix des dates en gras à la fin de l’article.
Depuis le début du mois d’octobre 2025, notre AG locale Bloquons tout tâche de diffuser aux niveaux régional et national l’idée d’une reprise du mouvement du 10 septembre, qui tirerait les leçons du succès en demi-teinte de cette mobilisation spontanée, pour en rééditer et en surpasser l’exploit : il s’agirait d’obtenir cette fois-ci un peu plus que le départ d’un Premier ministre.
Cette idée a infusé dans plusieurs milieux :
– quelques communautés Bloquons tout, principalement via la messagerie Telegram (liste des boucles du réseau INBT ici) et grâce aux réunions nationales hebdomadaires de l’inter-AG, portées par le groupe Organisons-nous qui a fait sienne l’idée de la semaine noire ; en particulier, une AG régionale bretonne qui s’est réunie à Redon le 10 janvier se présente aujourd’hui comme l’une des forces motrices du mouvement et a réalisé en peu de temps un travail considérable de planification sur son territoire ;
– des collectifs militants comme la Marche des Solidarités, qui a proposé un appel à une Semaine sans nous, dans la continuité de la Journée sans nous du 18 décembre (à laquelle nous avons participé à Paris) ; à noter qu’elle commence notamment à infuser dans des collectifs féministes, dans la perspectives d’un démarrage du mouvement le 8 mars ;
– de petites organisations syndicales qui, lors du mouvement septembriste, avaient tenté, parfois avec succès, d’obtenir de leurs fédérations un préavis de grève étendu, alors que les directions syndicales n’appelaient qu’à une journée de grève isolée le 18 septembre, puis à une autre le 2 octobre.
En Île-de-France, nous avons été rejoint.es par des militant.es appartenant à d’autres collectifs (Bloquons tout, syndicaux et autres). De sorte que notre AG locale est maintenant partie prenante de deux structures plus larges : au niveau régional, l’AG interpro-interluttes d’Île-de-France, qui s’est réunie deux fois pour le moment (le 2 décembre et le 7 janvier) ; au niveau national, le réseau de la semaine noire, qui existe essentiellement à travers son groupe Telegram et son site Internet.
Bien qu’assez actives au sein de ces structures, les personnes qui composent le noyau dur de notre AG locale ne se considèrent ni comme les leaders, ni comme les propriétaires de la semaine noire, mais plutôt comme ses chevilles ouvrières, à égalité avec les autres camarades qui depuis se sont aussi investi.es dans la propagande du mouvement, notamment dans d’autres régions. Nous souhaitons que des réunions locales comme celles de l’AG d’Île-de-France et de l’AG de Bretagne se multiplient, qu’elles soient communales, départementales, régionales ou autres, afin que les indigné.es de tout le pays s’approprient la semaine noire et s’auto-organisent comme iels l’entendent d’ici à son déclenchement. Nous n’avons pas l’intention de dicter aux collectifs ce qu’ils doivent faire pendant la semaine noire ou les revendications qu’ils devraient mettre en avant plutôt que d’autres. Enfin, en tant qu’AG locale et en tant que simples voix dans le réseau de la semaine noire, notre position sur les questions d’organisation est assez claire : en général, nous sommes opposé.es aux propositions de directives « nationales », car nous sommes attaché.es à la dimension communaliste du mouvement.
Il est tout de même trois points sur lesquels les indigné.es intéressé.es par cette mobilisation doivent impérativement se mettre d’accord :
– les dates de la semaine noire,
– l’orientation politique du mouvement : ses lignes rouges et ses principaux mots d’ordre,
– les grandes lignes de son organisation (comme je l’ai écrit, nous défendons l’horizontalité et le communalisme, mais les militant.es qui le souhaitent peuvent se coordonner).
Pour l’heure, nous nous concentrerons sur la question des dates, en vue de la réunion nationale du 17 janvier qui doit notamment permettre à l’ensemble des parties prenantes du mouvement de statuer sur ce point.

La proposition originale de notre AG locale, du 9 au 15 mars, a été modifiée en accord avec des collectifs ayant pris part aux AG d’Île-de-France : nous défendons maintenant les dates du 8 au 14 mars. En ligne, des militant.es du réseau Organisons-nous avaient évoqué la période suivant immédiatement les élections municipales, du 23 au 29 mars. L’AG de Bretagne a voté pour les dates du 27 avril au 3 mai, avec à l’appui un plan de propagation et d’organisation à l’échelle régionale qu’il serait difficile de mener à bien d’ici au mois de mars. Enfin, des camarades d’autres pays (comme la Belgique et l’Italie) ont émis l’idée d’une mobilisation internationale qui commencerait le 1er mai.
Les arguments que j’exposerai ici en faveur d’une semaine noire du 8 au 14 mars me sont en partie personnels, mais je reprends également les propos de camarades de mon AG locale, ainsi que ceux de membres d’autres collectifs militants.
Pour les militant.es féministes et antiracistes et pour toustes les sympathisant.es de ces causes, le mois de mars est un mois de lutte, marqué par la Journée internationale des droits des femmes (le 8) et la Journée internationale contre le racisme et le fascisme (le 21). L’an dernier, les manifestations du 8 mars ont rassemblé environ 250 000 personnes. La mobilisation du 22 mars 2025 à l’appel de la Marche des Solidarités a été soutenue par plus de 500 organisations locales et nationales ; des cortèges contre le racisme et le fascisme se sont élancés ce jour-là dans au moins 200 villes et villages. Cette année, la Marche des Solidarités propose cette initiative le 14 mars. Dans un contexte de montée en puissance des idées d’extrême droite et des groupes fascistes, qui s’étendent, se structurent, affirment leur présence dans l’espace public et leur capacité d’action violente, la séquence du 8 au 14 mars doit apparaître comme une riposte puissante, car celle-ci est urgente. Il en va non seulement de l’avenir de notre société, à moyen et à long terme, mais aussi de la possibilité de nous organiser, dans l’immédiat, pour lutter contre son délitement. Là où le fascisme s’implante, non seulement il menace individuellement les militant.es, mais il nous fragilise collectivement. Sous l’aspect d’un souverainisme, il séduit, car il se présente comme une alternative à l’ultraliberalisme de Macron. Sur le terrain de la colère sociale, nous devons être plus fort.es que lui, faire nombre, sinon nous lui laisserons le champ libre. Avec la semaine noire, l’idée n’est pas forcément de convaincre d’entrer en lutte des personnes qui pour le moment n’ont pas prévu de se battre, mais d’offrir une plateforme, une échéance, des modalités d’action à toustes celleux qui y aspirent déjà : les septembristes, dont la colère n’a fait que s’accroître malgré l’essoufflement du mouvement, et qui appartiennent encore de près ou de loin aux réseaux Bloquons tout, formidables outils pour les mobilisations à venir ; les travailleur.euses actuellement en grève dans leur secteur professionnel ; les membres de collectifs de lutte contre l’hétérosexisme, le racisme, le validisme. Il s’agit de frapper ensemble. Les dates du 8 au 14 mars exprimeraient fort bien ce message de convergence et nous assureraient que toustes ces militant.es et sympathisant.es soient de la partie. Il est peu probable que l’approche des municipales décourage leur participation, bien au contraire. La période électorale sera propice à l’expression de revendications telles que la régularisation de toustes les sans-papiers et le droit de vote des étranger.es : Bloquons tout ferait ainsi résonner la voix de celleux qui n’en ont, pour ainsi dire, pas, à qui on ne permet pas en tout cas de s’exprimer par le vote.
En outre, nous considérons la semaine noire comme l’amorce possible d’un mouvement plus long : la mobilisation pourrait être rejointe peu à peu par des collectifs qui ne sont pas encore partie prenante du projet, mais qui s’aviseraient de s’y rallier en cours de route. Or, il y a, semble-t-il, plus de chances que la grève puisse s’étendre au mois de mars, car le mois de mai sera particulièrement haché cette année, avec un weekend de trois jours du 1er au 3, un autre du 8 au 10, le pont de l’Ascension du 14 au 17, et un dernier weekend de trois jours du 23 au 25 (lundi de Pentecôte). Bien sûr, toustes les travailleur.euses ne sont pas concerné.es par ces jours de repos, mais cela représente tout de même un grand nombre de salarié.es. Parmi elleux, les fonctionnaires, qui sont les plus nombreux1, seront aussi sans doute les plus difficiles à convaincre de l’intérêt d’une grève prolongée à cette période de l’année2.
Enfin, les élèves et les personnels d’éducation de la zone C (ce qui représente environ un tiers de la France métropolitaine) seront en vacances du 18 avril au 4 mai. Cela signifie qu’il ne pourra y avoir ni grève des personnels et des enseignant.es, ni blocus lycéen dans une bonne partie des régions de France à cette période. A noter également que Mayotte sera en vacances du 30 avril au 18 mai et La Réunion du 2 mai au 18 mai. Du dimanche 8 au samedi 14 mars, en revanche (bien que les élèves et les professeur.es de la zone C ne soient censé.es reprendre les cours que le lundi 9 mars) seule La Réunion sera en vacances scolaires (du 28 février au 16 mars), donc tous les personnels et publics scolaires de l’Hexagone et de la majorité des DOM pourraient prendre part à la semaine noire si elle avait lieu à cette période3. Il faut aussi prendre en compte le calendrier universitaire : dans plusieurs villes de France (par exemple Rennes la rouge !) l’année se termine en pratique avant la fin du mois d’avril.
En ce qui concerne ce dernier point, on nous a objecté que ce ne serait pas grave après tout si la semaine noire avait lieu pendant les vacances de la zone C : les militant.es francilien.nes qui comptaient s’absenter pendant les vacances de Pâques n’auraient qu’à y renoncer pour s’impliquer. A cela on peut évidemment commencer par répondre que la zone C ne comporte pas seulement l’Île-de-France, mais aussi les académies de Toulouse et de Montpellier ; néanmoins, répondons en Francilien.nes puisqu’on nous a souvent accusé.es de « parisianocentrisme ». Penser que nous ne perdrions pas grand-chose à organiser la semaine noire pendant des vacances scolaires, c’est faire bon marché de la réalité de la mobilisation de septembre en Île-de-France, et notamment à Paris. Premièrement, le rassemblement sur la place du Châtelet le 10 était à l’initiative de syndicats enseignants : chez nous, l’enseignement est donc l’un des rares secteurs professionnels qui aient d’emblée affiché leur soutien et leur participation au mouvement, alors que l’intersyndicale n’appelait pas à la mobilisation ; au moins d’un point de vue médiatique, ce secteur a donc été pionnier dans le ralliement du monde syndical à un mouvement spontané. Or, sauf exception, un secteur professionnel ne peut se mobiliser en tant que tel que par la grève. Si nous voulons qu’à nouveau les enseignant.es soient vraiment partie prenante de Bloquons tout, il faut leur permettre de bloquer, par la grève, et cela dans le plus de régions possible. Deuxièmement, les 10 et 18 septembre, les lycéen.nes ont été l’une des pointes avancées du mouvement avec des blocus dans plusieurs établissements (suivis d’une répression féroce, proprement scandaleuse puisque l’on parle de mineur.es), témoignant de l’attrait que présente le mouvement Bloquons tout pour cette « Gen Z » qui s’est révélée, ailleurs dans le monde, une force révolutionnaire très capable. Troisièmement, je suis personnellement attachée à l’idée d’une féminisation de notre culture de la grève4 ; par conséquent, je défends une période de mobilisation qui permettrait à des secteurs professionnels très féminisés de s’affirmer bloquants (alors qu’on oublie souvent à quel point les métiers du « travail reproductif » sont essentiels au fonctionnement de l’économie) ; je pense notamment à l’enseignement primaire, aux AESH et aux ATSEM. A noter également qu’en manifestation, nous croisons souvent des cortèges de camarades AED ; nous trouvons qu’il serait dommage qu’elleux non plus ne puissent pas faire grève, d’autant plus que leurs conditions de travail sont déplorables (tout comme celles des AESH et des ATSEM, d’ailleurs). Pour toutes ces raisons, nous pensons qu’il manquerait de fait beaucoup de choses – beaucoup de gens, beaucoup de secteurs, beaucoup de revendications, beaucoup d’enjeux politiques importants – à une mobilisation qui aurait lieu pendant des vacances scolaires, et ce quelle que soit la zone : le jour où nous avons voté pour la première fois (car nous l’avons fait à plusieurs reprises) les dates du 9 au 15 mars, c’était entre autres parce qu’il s’agissait d’une semaine d’activité pour toutes les trois zones de la métropole, suivant immédiatement ou de peu une période de vacances. Nous pensons donc que la date féministe du 8 mars peut marquer, à l’instar du 10 septembre, une sorte de rentrée sociale.
Beaucoup relèvent que le premier tour des municipales (voire aussi des législatives, si l’on en croit l’actualité) aura lieu le 15 mars et s’interrogent sur la pertinence ou même simplement sur la possibilité d’une mobilisation en période électorale. A cet égard, ma position personnelle est la suivante.
Comme beaucoup d’habitant.es de ce pays, la séquence politique que nous vivons depuis septembre m’a radicalisée (et plus généralement les années Macron, mais on peut parler d’une accélération dernièrement). La manière dont l’exécutif nous a baladé.es à coups de démissions, de temporisation, de renominations, de chantage au shutdown, de suspense fabriqué (le Président va-t-il encore dissoudre? voire démissionner???) tout en continuant d’ignorer ostensiblement le résultat des dernières législatives m’a convaincue qu’on nous faisait sciemment perdre un temps considérable. De plus, ces manœuvres ont été à mon sens le principal extincteur du mouvement Bloquons tout. Si nous avons hésité à reprendre le blocage, c’est bien parce que nous nous sommes retrouvé.es une fois de plus fasciné.es par ce jeu des chaises musicales de la politique institutionnelle – qui prend parfois la forme du vote quand le peuple a le droit de décider qui s’assoit – et parce que nous avons été saisi.es par le discours plein d’angoisse de la « crise ». Et en fin de compte, Bloquons tout n’a jamais repris, car le pouvoir a su faire durer cette situation suffisamment longtemps pour éradiquer en nous toute velléité de le renverser, alors qu’en septembre, nous n’avions qu’un mot à la bouche : non pas seulement « non à l’austérité », ni même « Bayrou, dégage », mais « Macron, démission ». Certain.es considéraient que c’était le devoir des directions syndicales de ne pas se laisser leurrer et de mener la bataille au moment où les structures septembristes se tétanisaient, ce qui est compréhensible pour un mouvement naissant, non encore consolidé. On sait ce qu’il en a été : elles ne voulaient pas le départ du personnel politique en place, disaient-elles, car il leur fallait bien quelqu’un avec qui négocier. Au fond, ce n’était pas vraiment une trahison : malgré la charte d’Amiens, il ne faut pas attendre des « corps intermédiaires » qu’ils portent la lutte contre un système politique où ils ont plutôt vocation à servir de médiation entre l’État et le peuple (en vue d’améliorer le sort des travailleur.euses) ; en effet, il est admis depuis longtemps que leur fonction n’est pas de transformer la relation entre ces deux instances, c’est-à-dire de permettre au second de remodeler le premier, ou ne serait-ce que les cadres du « dialogue social », mais bien de négocier dans ces cadres.
En septembre, les militant.es du mouvement Bloquons tout ont inventé non seulement une nouvelle méthode de mobilisation, mais une nouvelle forme de relation avec l’État – du moins se sont-iels saisi.es de ce que les gilets jaunes avaient inventé en 2018. En fin de compte, le positionnement des septembristes était antirépublicain, qu’iels en aient eu conscience ou non. En quelque sorte, iels ont fait fi de la démocratie représentative, des prérogatives du Président élu, de celles du Premier ministre nommé par lui, de l’absence de disposition permettant au peuple de révoquer le personnel politique en place. Bref, iels ont fait un bras d’honneur au fonctionnement de la Ve République puisqu’iels n’ont pas seulement contesté les mesures d’austérité annoncées par Bayrou, mais la légitimité de l’exécutif ; surtout, iels ont fait tout cela sans les syndicats, qui n’ont été que leur arrière-garde dans cette affaire, iels ont organisé une mobilisation qui de ce fait débordait d’emblée le « dialogue social ». Beaucoup d’entre nous ont eu le sentiment de lutter personnellement, réellement, et cela pour la première fois. Le pouvoir a eu peur. Mais il ne devait surtout pas se laisser congédier, ç’eût été un terrible précédent. La crise institutionnelle concertée, avec ses longueurs, était en fait un bon moyen de sortir de la crise réelle de la République.
Une reprise du mouvement en période électorale signifierait que nous souhaitons décidément changer les règles du jeu démocratique. Sans nécessairement remettre en cause le principe des élections, ni encore moins chercher à les empêcher, nous montrerions ainsi que nous ne nous contentons plus de jouer ce jeu, c’est-à-dire de déléguer entièrement la volonté populaire à des représentant.es, dont le programme de mesures est préécrit (le plus souvent sans nous consulter), et qui une fois élu.es ont toute liberté de le trahir. Du moins ferions-nous ainsi comprendre aux candidat.es, aux futur.es élu.es, qu’iels doivent compter avec nos doléances, aussi bien pour obtenir nos suffrages que durant leur mandat. Et ainsi cette campagne municipale serait-elle, pour une fois, la nôtre, étant axée sur nos préoccupations (notamment celles liées au travail et à la précarité). Ces dernières années, le passage en force de la réforme des retraites de Borne, rejetée par une écrasante majorité de Français.es, le mépris de nos dirigeants à l’égard de la pétition contre la loi Duplomb en dépit d’un nombre jamais vu de signatures et du soutien de nombreuses sociétés scientifiques, le refus catégorique de la taxe Zucman par une bonne partie du personnel politique alors que la population la souhaite largement, tout cela et d’autres choses encore ont montré de façon criante que le système actuel était à bout de souffle et qu’il ne répondait pas aux exigences de la démocratie, en réalité. En nous fédérant autour de cette idée – pour le dire simplement : le système politique actuel est défectueux, sinon pourri –, si d’aventure le pouvoir usait comme la dernière fois d’un artifice, d’une crise institutionnelle orchestrée et prolongée ad libitum pour happer notre attention et saper notre moral, cette fois-ci, cela ne fonctionnerait pas, car cela ne nous intéresserait pas – ce manque d’intérêt, nous l’aurions exprimé d’emblée en jouant les mauvais élèves pendant la kermesse des municipales.
J’entends qu’il y avait, parmi les septembristes, des militant.es partisan.es, et d’autres encore qui estiment qu’il est de leur devoir de s’engager dans la campagne des municipales (notamment pour lutter contre l’extrême droite au niveau de leur commune). Nous ne sommes pas certain.es que cela soit incompatible avec une mobilisation Bloquons tout, en particulier dans le cas des grévistes : la grève libère du temps qui peut être employé à militer pour un.e candidat.e. Mais il faut écouter ces camarades ainsi que les défenseur.es d’autres dates ; en particulier, quand iels nous font part d’une impossibilité matérielle de se mobiliser à cause des élections ou à une échéance qu’iels jugent trop courte, nous ne pouvons pas ne pas les entendre. Et il importe que la décision qui sera prise le 17 relève d’un consensus, car l’auto-organisation le réclame. Si une partie des militant.es et sympathisant.es la jugeaient absurde ou frustrante, iels ne se mobiliseraient tout simplement pas, le moment venu, et il n’y aurait pas de semaine noire. Si elle ne permettait pas techniquement la participation de chacun.e, malgré la meilleure volonté du monde, il n’y aurait pas non plus de semaine noire.
Au fil de nos discussions commencent donc à s’esquisser d’autres possibilités, notamment celle de deux semaines de mobilisation – l’une préparerait l’autre, ou bien au contraire, planifier la seconde reviendrait à préparer les suites de la première. Pour notre part, comme je l’ai déjà dit, nous ne voyons pas bien comment la « vraie » semaine noire pourrait avoir lieu pendant des vacances scolaires et alors que certaines facs sont déjà désertées, mais s’il y avait consensus sur ces dates (27 avril – 3 mai) faute de mieux, nous n’en mettrions pas moins toutes nos forces à construire la mobilisation dans notre région. Par contre, ces efforts seraient vains si les mobilisations féministe et antiracistes du 8 et du 14 mars n’étaient pas massives, disons même d’une ampleur inédite : comme on l’a vu, le contexte l’exige, et par ailleurs l’énergie militante déployée en septembre devrait être entretenue et non pas contenue d’ici à la fin du mois d’avril. A l’articulation de ces deux périodes, il y aurait donc une sorte de contrat interluttes sur le principe « toustes pour toustes » : soutien massif et actif à la riposte antifasciste du mois de mars, participation massive et, autant que possible, active à la semaine de grève et d’actions de mai. Est-ce tenable ? Les participant.es à la réunion nationale de samedi en jugeront.
Il se pourrait aussi que la proposition de se mobiliser dans tout le pays immédiatement après les municipales mette finalement tout le monde d’accord. En effet, la recherche du consensus devrait nous conduire à choisir une période qui n’empêche aucun des publics intéressés par la semaine noire d’y participer pleinement. Le fait que cette période ne soit optimale pour aucun de ces groupes est peut-être un problème secondaire. S’il se concentre sur sa propre situation et ses propres capacités d’action, chaque groupe a évidemment tendance à favoriser les dates qui lui permettraient d’être le plus efficace sur son territoire, quitte à ce que le mouvement ne puisse pas être suivi partout avec la même intensité ; ce point de vue revient à assumer une différence de statut entre les territoires et les catégories sociales et démographiques, avec d’un côté des acteur.ices ou des leaders, de l’autre des spectateur.ices ou des suiveur.euses, et par conséquent un risque que les revendications des groupes forcément laissés pour compte dans ce cas de figure passent au second plan. C’est aussi un pari un peu fou : pour qu’un tel mouvement réussisse, il faudrait dans ce cas que les territoires « meneurs » parviennent à un très, très haut niveau de mobilisation, de sorte que cette dynamique entraîne les territoires « suiveurs » malgré leurs handicaps, ou du moins que la moindre participation de ces territoires ne compromette pas le rapport de force. Il peut tout à fait y avoir consensus sur ce principe. Mais si nous voulons une mobilisation d’ampleur partout en France, véritablement démocratique et porteuse d’un propos qui soit vraiment commun à toustes les indigné.es – qui défende donc vraiment l’intérêt général –, alors la meilleure date est sans doute la « moins pire », celle qui n’impose aucun sacrifice. Il a aussi été dit que les réseaux mobilisés pour la campagne des municipales seraient encore opérationnels la semaine du 23 au 29 mars, que le mouvement Bloquons tout pourrait ainsi en bénéficier, et que les résultats de ces élections pourraient de plus être décisifs pour motiver l’ensemble des septembristes. En tout cas, la perspective d’un mouvement progressiste très suivi après les municipales favoriserait les mobilisations du 8 et du 14 mars, et inversement ; là encore, une sorte d’alliance pourrait se former sur la base d’un soutien réciproque et une belle séquence militante se dessinerait pour toute la durée du mois de mars.
Deux semaines noires, trois, quatre peut-être, ce n’est pas sérieux, ça ne ressemble plus à rien ? Peut-être bien que si, justement : il commence à se constituer quelque chose comme un mouvement de la semaine noire (et non plus seulement un réseau), c’est-à-dire un ensemble de militant.es et de sympathisant.es à l’aise avec l’idée que les bases, ou les masses, peuvent, quand elles l’estiment nécessaire et quand elles le décident, se passer de l’intersyndicale et des partis pour agir ensemble. Idée qui n’est certes pas nouvelle, mais qui était jusque-là cantonnée à des cercles militants restreints, ou considérée comme une cause désespérée. En tout cas, des AG de régions différentes, des indigné.es aux parcours variés auront pris langue pour se mettre d’accord sur ce principe, comme iels l’avaient déjà fait le 10 septembre : l’histoire du mouvement septembriste continue bel et bien et ne fait sans doute que commencer.
Le 17 janvier, de 11h à 13h, en ligne, toustes les indigné.es qui souhaiteraient s’impliquer sur les questions des dates, des mots d’ordre et de l’organisation du mouvement de la semaine noire ou simplement s’en tenir au courant sont invité.es à participer à la réunion nationale portant sur ces sujets, qu’iels aient ou non pris part aux mobilisations de septembre, qu’iels appartiennent ou non à un collectif militant. Plus nous serons nombreux.ses, plus les décisions prises seront pertinentes et légitimes. Informations de connexion à venir sur notre Telegram et sur le site de la semaine noire.
Je profite de cet article pour faire observer qu’on voit peu de soutien au peuple iranien sur les réseaux Bloquons tout, pour le moment. Ce qui se passe actuellement en Iran nous rappelle que, même si les élections ne nous passionnent pas, il faut lutter bec et ongles contre l’arrivée au pouvoir des illibéraux. La répression des luttes sociales en France est certes incomparablement moins violente, il n’empêche qu’elle n’a pas cessé de se durcir depuis la loi Travail, et qu’on ne sait pas de quoi seraient capables des dirigeants d’extrême droite. C’est sous prétexte d’ordre, de défense contre le « chaos », la « destruction des biens publics », l’« insécurité » qu’actuellement les contestataires iranien.nes sont massacré.es. La violence d’État s’autorise partout de la même phraséologie. En Iran, elle a fait plus de 2500 mort.es depuis le début du mouvement, fin décembre. C’est pourquoi, le 17, j’espère que nous adopterons sans transiger un mot d’ordre de solidarité avec tous les peuples et minorités opprimés, et notamment avec les Iranien.nes.
1En France, le secteur public est le premier employeur.
2Dans plusieurs branches de la fonction publique, si l’on fait grève la veille d’un weekend ou d’un jour férié, on s’expose à perdre non seulement le salaire des jours de grève effectifs, mais aussi celui des jours qui sont, de droit, non travaillés.
3Voir ici le calendrier des vacances scolaires françaises. Nous parlerons plus bas de la semaine du 23 au 29 mars (après les municipales) ; durant cette période, seules Mayotte et La Réunion ont quelques jours de vacances.
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