À l’occasion de la publication, ce 20 janvier 2026, du rapport annuel du Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes sur l’état du sexisme en France, Osez le Féminisme alerte sur la persistance d’un sexisme structurel, profondément ancré dans les représentations sociales et les pratiques quotidiennes.
Céline Piques, porte-parole d’Osez le Féminisme et co-rapportrice du rapport au Haut Conseil à l’Égalité analyse : “Le Haut Conseil à l’Egalité a analysé et mesuré la montée de la menace masculiniste en France. C’est inédit et nécessite une réponse politique.”
Un gender gap massif, particulièrement chez les plus jeunes
Près d’une personne sur deux estime qu’il est désavantageux d’être une femme dans la société actuelle, contre seulement une sur six lorsqu’il s’agit d’être un homme. Ce décalage atteint un niveau particulièrement élevé chez les jeunes. 81% des femmes âgées de 15 à 24 ans estiment qu’il est désavantageux d’être une femme, et 75% qu’il est désavantageux d’être une femme mais pas un homme, contre 42% des hommes du même âge, soit un gender gap de 33 points.
Cette différence traduit une prise de conscience accrue chez les jeunes femmes, confrontées très tôt aux inégalités et aux violences sexistes, tandis que ces réalités restent largement minimisées par une partie des jeunes hommes.
Une fracture générationnelle persistante
Le rapport met en évidence un generational gap net. Plus l’âge augmente, moins les inégalités entre les femmes et les hommes sont perçues comme structurelles.
À l’inverse, les jeunes générations identifient plus clairement le caractère systémique du sexisme, tant dans la sphère publique que privée.
Des rôles sociaux encore fortement stéréotypés
Les représentations traditionnelles restent très largement partagées. 78% des répondants considèrent que les hommes doivent assurer la responsabilité financière de la famille, tandis que les femmes restent majoritairement associées à la sphère domestique et aux rôles parentaux.
Ce sexisme paternaliste, qui concerne 23% de la population, contribue à maintenir les femmes dans des positions de dépendance économique et sociale, tout en légitimant des rapports de domination.
Culture du viol et contradictions entre normes affichées et pratiques
Les données confirment l’ampleur des violences masculines. 84% des femmes déclarent avoir déjà vécu au moins une situation sexiste. Un décalage préoccupant apparaît entre les discours et les comportements masculins. Si seulement 7% des hommes estiment acceptable d’insister pour obtenir un rapport sexuel, 26% reconnaissent avoir déjà douté du consentement de leur partenaire.
De même, 18% des hommes jugent acceptable qu’un homme interdise à sa conjointe de fréquenter d’autres hommes, et 24% considèrent normal qu’une femme accepte un rapport sexuel par devoir ou pour “faire plaisir” à son partenaire.
Au final, le sexisme hostile, constitué par les attitudes violentes, négatives, méprisantes envers les femmes, qui légitime les inégalités et les violences, concerne 17% de la population.
Pornographie, prostitution et banalisation des violences
Les contradictions sont également visibles concernant la pornographie et la prostitution. 82% des répondants désapprouvent les images pornographiques pour leur caractère dégradant, mais 63% en consomment, 6% paient pour des contenus sur des plateformes comme OnlyFans, et 14% déclarent avoir déjà eu recours à la prostitution. Le rapport souligne par ailleurs une corrélation entre l’adhésion au sexisme hostile et une consommation plus fréquente de pornographie ainsi qu’un recours accru à la prostitution.
Montée des discours antiféministes et masculinistes
Les données révèlent une diffusion large de discours antiféministes, particulièrement chez les hommes. 60% estiment que les féministes veulent que les femmes aient plus de pouvoir que les hommes, et 60% considèrent que les féministes ont des demandes exagérées envers les hommes.
Certaines croyances caractéristiques des mouvements masculinistes sont largement partagées. 21% des hommes adhèrent à une croyance incel, estimant que “seuls les hommes naturellement beaux arrivent à trouver une partenaire”. 64% des hommes et 48% des femmes estiment que les femmes seraient avantagées par la justice pour l’obtention de la garde des enfants, une idée centrale des discours “droits des pères”. 24% des hommes adhèrent à une logique de “body count”, considérant que les femmes ayant eu plusieurs partenaires ne pourraient plus s’attacher durablement. Enfin, 21% estiment que la vie conjugale désavantage économiquement les hommes, un argument fréquemment mobilisé par les courants MGTOW (Men going their own way).
Une forte attente d’action publique, une confiance dans les associations
La lutte contre le sexisme apparaît comme une priorité pour la population. 75% des répondants déclarent avoir une confiance élevée envers les associations spécialisées, confirmant leur rôle central. À l’inverse, la défiance envers les institutions reste forte. 66% des femmes déclarent ne pas faire confiance à la justice, et 65% des répondants jugent l’action des pouvoirs publics insuffisante face au sexisme.
Osez le Féminisme appelle à des réponses structurelles
Ces résultats rappellent la nécessité de politiques publiques structurelles, cohérentes et ambitieuses. La lucidité des jeunes femmes sur les inégalités et les violences constitue un signal politique fort. Elle doit être entendue et traduite en actes concrets, notamment en matière de prévention, d’éducation, de justice et de lutte contre les violences masculines.
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