Un collègue et ami vivant aux États-Unis a relayé cette nuit le texte ci-dessous concernant la situation à Minneapolis [sauf erreur, il a été composé le samedi 17] ; voici une traduction rapide.
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« Plusieurs d’entre vous qui ne vivent pas dans cet État nous posent des questions au sujet de ce qui se passe en ce moment. La situation est bien pire que ce que les chaînes de télévision relaient. Il y a trop de vidéos à partager, et beaucoup trop de raids de l’ICE, de passages à tabac, d’enlèvements et d’autres crimes pour commencer à les compter, prendre connaissance de chacune de ces exactions et les documenter. Évidemment, nous sommes tous au courant du meurtre brutal de Renee Good ; toutes les personnes que je connais ici sont profondément bouleversées. Au cours des dernières semaines, j’ai partagé des vidéos, des photos et des témoignages de personnes ayant assisté à ce qui se joue ici, car il est indispensable de les faire circuler. Le monde doit savoir ce qui se passe réellement, au-delà de ce que montrent les fragments de 30 secondes diffusés par les chaînes de télévision.
J’écris ce soir parce que je ne sais pas quoi faire d’autre. Une vidéo filmée par une collègue proche devant sa paroisse et de nouveaux enlèvements à des arrêts de bus ont été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Je suis à la fois fatigué et en colère, comme tout le monde ici. J’écris cela parce que nous avons besoin que les gens comprennent qu’il ne s’agit pas d’une poignée d’incidents. Nous sommes en train de vivre la plus grande occupation fédérale d’une ville américaine depuis des générations. Avec plus de 2000 agents de l’ICE (certains disent 2400) ici et 1000 autres en route, il s’agit d’une attaque politique délibérée contre notre État. Le reste du pays doit être vigilant. C’est un terrain d’essai. Personne ne veut vivre ça ; il faut être prêt à se battre comme des diables, car ils ont l’intention d’étendre leurs façons de procéder à l’ensemble du territoire.
Les habitants et les quartiers de ma ville sont des réalités concrètes. Ils sont bien plus que les images qui défilent dans les journaux télévisés ou sur les réseaux sociaux. Nous vivons ici, nous connaissons les personnes qui sont harcelées et emmenées, nous faisons l’expérience directe de cette violence. L’un de mes collègues a été témoin du meurtre de Renee Good. Je connais beaucoup de gens qui vivent dans le quartier où cela a eu lieu et où l’ICE a arrêté violemment plusieurs personnes.
Des raids et des arrestations ont lieu à toute heure du jour et de la nuit. Désormais, les agents de l’ICE font du porte-à-porte armés jusqu’aux dents, entrant de force, illégalement, sans mandat, chez des citoyens. Ils déclenchent les alarmes incendie dans des immeubles pour arrêter ensuite les gens qui sortent des bâtiments. Ils interviennent quand ils voient une personne de couleur à une station-service, à un arrêt de bus ou marchant dans la rue pour les harceler et, souvent, pour les arrêter. Ces agents ne recherchent pas une personne en particulier. Ne croyez pas les mensonges selon lesquels ils arrêtent des criminels. Ils arrêtent en réalité toute personne qui n’est pas blanche : des autochtones américains ont été emmenés, et beaucoup sont toujours portés disparus. Ils arrêtent aussi des observateurs légaux blancs, y compris ceux qui n’offrent aucune résistance. Ils ont notamment arrêté une femme autiste qui se rendait à un rendez-vous chez le médecin dans une rue qu’ils occupaient. Ils gazent les observateurs légaux (ou tout autre personne présente sur les lieux d’une arrestation et jugée trop curieuse) et les manifestants avec des gaz lacrymogènes (interdits par la Convention de Genève pour les civils), des matraques et des balles au poivre. Ils tirent à bout portant des munitions «non létales» qui envoient les gens à l’hôpital et, dans certains cas, leur font perdre la vue (puisqu’ils ils visent délibérément le visage).
Je suis fatigué d’entendre les gens nous faire la leçon sur ce que l’ICE peut et ne peut pas faire légalement. On est au courant, merci. Le problème, c’est que les agents de l’ICE s’en moquent et font ce qu’ils veulent. Le Département de la Sécurité Intérieure leur a confirmé qu’ils bénéficiaient d’une immunité inconditionnelle. Leurs raids ont lieu partout, y compris dans les endroits où nous allons régulièrement : restaurants, stations-service, épiceries, parcs, hôpitaux, tout type de commerce ou d’espace public auquel vous pouvez penser. Dans de nombreux quartiers de la ville, il est littéralement impossible de sortir sans entendre les sirènes et les sifflets. Sans parler des hélicoptères qui tournent sans cesse.
Comme tous les parents ici, je m’inquiète pour l’école de ma fille, car, oui, aussi surréaliste que ça puisse paraître, ils ciblent aussi les écoles. La semaine dernière, ils ont attaqué des élèves et des membres du personnel d’un lycée de Minneapolis. Hier, c’était un collège et une école primaire. Aujourd’hui, ils ont fait le tour de presque toutes les écoles primaires et collèges du sud de Minneapolis. L’ICE est présente dans les crèches et les écoles maternelles. Les parents se portent volontaires pour surveiller les trajets entre la maison et l’école, et hier, la police était présente à l’école de ma fille. Beaucoup d’enfants ne vont plus à l’école car ils craignent d’être arrêtés, eux ou leurs parents. Les écoles s’empressent de mettre en place des cours en ligne et des dispositifs hybrides pour accueillir ceux qui ne se sentent pas en sécurité pour venir à l’école. Des enfants ont littéralement été arrêtés par l’ICE sur le chemin du retour de l’école. Un parent de mes connaissances a été arrêté aujourd’hui à un arrêt de bus alors qu’il attendait avec son enfant scolarisé à l’école primaire. Ils sont entrés illégalement dans le campus universitaire où je travaillais et ont arrêté un étudiant. Et encore une fois, il ne s’agit là que des informations dont je dispose grâce à mon réseau personnel…
Oh, et l’ICE bloque également le centre de distribution alimentaire des écoles publiques de Minneapolis, de sorte que les camions ne peuvent pas sortir pour livrer les repas. Cela a été signalé au procureur général du Minnesota, mais cela ne change rien au fait que les élèves vont souffrir de la faim. Des milliers de personnes craignent de quitter leur domicile pour faire leurs courses, se rendre dans les banques alimentaires, aller chercher des médicaments ou se rendre au travail. Les commerces sont vides ou fermés parce que les employés ont peur de se déplacer ou d’être visibles sur leur lieu de travail. Les femmes de notre quartier se renseignent en secret sur les sage-femmes à domicile, car elles n’osent pas aller à l’hôpital pour accoucher. Et leur peur est justifiée. L’ICE pénètre dans les hôpitaux sans mandat. Ses agents ont agressé des personnes à l’extérieur des hôpitaux et ont également attendu devant plusieurs hôpitaux, y compris un hôpital pour enfants, afin d’arrêter les personnes de couleur qui en sortaient.
Les quartiers et les églises, y compris la mienne, s’efforcent d’organiser des actions d’entraide pour fournir des provisions aux personnes ou les aider à payer leurs factures lorsque les membres de leur famille ne peuvent pas aller travailler ou conduire ceux qui ont peur d’être vus au volant ou à un arrêt de bus. Nous ne parlons pas seulement des personnes sans-papiers. Nous parlons de toutes les personnes de couleur. Ce sont nos voisins, les camarades de classe de nos enfants, nos amis et les membres de notre famille.
Notre ville, mais aussi de plus en plus toute notre région, voit et doit faire face à ces voyous déguisés tous les jours. Ils s’installent également dans les zones rurales, arrêtant des gens sans discernement. Encore une fois, cela n’a rien à voir avec une supposée lutte contre la criminalité ; c’est uniquement motivé par le racisme.
Pour couronner le tout, une bande de suprémacistes blancs va débarquer ici dans quelques jours pour «défiler» dans les quartiers les plus terrorisés. Ma seule consolation, c’est qu’il devrait faire moins de 10 °C la semaine prochaine. Bienvenue dans le Minnesota, bande de losers. On vous a réservé notre meilleur temps. [NDT : Tout le monde a vu les images de l’influenceur MAGA Jake Lang – condamné après l’assaut du Capitole du 6 janvier 2021 et gracié par Trump –, qui croyait pouvoir organiser un rallye suprémaciste à Minneapolis mais n’est parvenu à rassembler que deux pelés et trois tondus, s’est retrouvé entouré de manifestants et a été exfiltré tout tremblottant par un professeur afro-américain témoignant d’une empathie assez incroyable…] Je suis plus que dégoûté par ces voyous et ceux qui soutiennent cette atteinte à nos droits constitutionnels, sans parler de la décence humaine élémentaire. Ma communauté est épuisée et stressée ; je suis une personne blanche qui ne vit même pas dans le centre-ville. Je ne peux pas imaginer ce que vivent actuellement ceux qui ne peuvent pas travailler et n’ont aucun revenu, ceux dont les proches ont été enlevés ou battus (ou assassinés), les enfants qui sont traumatisés à jamais par la perte de leurs parents. Mais ne vous y trompez pas : nous ne reculerons pas. J’ai vécu dans beaucoup d’endroits au cours de ma vie, et je crois qu’ils ont choisi le mauvais État. Les gens s’organisent comme je ne l’ai jamais vu ; ça me rend fier de vivre dans cette ville. Je ne l’ai jamais autant aimée, et je continuerai à me battre pour elle.
Alors, s’il vous plaît, partagez les histoires, partagez les vidéos. Amplifiez tout ce que vous voyez sortir de cet État. Suivez Georgia Fort, Mercado Media, Sahan Journal et des médias indépendants comme Meidas et Courier (pour n’en citer que quelques-uns). Écoutez-nous ; prenez conscience du fait que nous devons tous nous battre contre ce qui est en train de se passer. Prenez conscience de ce qui se passe réellement… avant que cela ne vous touche, vous et vos communautés. »
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