Trump au Venezuela : quelques faits, premières leçons.

Par aplutsoc2 le 4 janvier 2026

Contre Maduro, c’était d’une facilité déconcertante. Les matamores corrompus sont de bonnes cibles. Là dessus Trump a écarté toute « restauration de la démocratie » : il a écarté d’un revers de main Maria Corina Machado, dont le représentant Urrutia était le vrai vainqueur de la dernière élection présidentielle. La faction qui se proposait à gouverner pour lui est, pour l’heure, récusée : il ne veut ni élections, ni respect des dernières élections, il mise sur l’appareil d’Etat et l’armée.

L’appareil d’Etat et l’armée bolivariens : tels sont les faits. Trump désigne la vice-présidente de Maduro, et ministre des Hydrocarbures, Delcy Rodriguez, comme étant la mieux placé pour lui servir de fantoche !

Dans le pays, celle-ci, tout en affirmant que « la révolution bolivarienne continue », a exclue expressément toute mobilisation. Ceci s’ajoutant à la peur des bombardements, aux coupures électriques et d’internet, créé une situation réelle de choc et de confinement. Les patrouilles du régime ci-devant maduristes circulent. Et l’on doit s’inquiéter pour les prisonniers politiques : sont-ils nourris ? que risque-t-il de leur arriver ? – notons bien que ni Trump, ni Rubio, ni Hedsegh, n’ont eu un mot pour elles et pour eux !

Première leçon donc : les anti-impérialistes dictateurs sont des bons à rien devant l’impérialisme et celui-ci ne demande qu’à recycler leur appareil d’Etat, leurs rentiers et leurs nervis en les mettant directement à leur service. C’est ce à quoi Poutine n’est jamais arrivé envers Zelensky et l’Ukraine, car là il y a pu y avoir résistance populaire dans et en dehors de l’armée !

Leçon complémentaire probable : le narcotrafic alibi a encore de belles heures devant lui. Trump a gracié l’ex-président narco du Honduras, Juan Orlando Hernandez : il ne s’agit sans doute pas de mettre fin au narcotrafic, mais de le contrôler et d’en saisir les bénéfices, exactement comme pour le fameux pétrole !

Les réactions internationales doivent s’analyser à l’aune du document de sécurité nationale sorti à Washington début décembre, qui édicte : les Amériques sous contrôle totale des Etats-Unis, politique de la porte ouverte en Asie-Pacifique, et l’Europe est l’ennemie. Hedsegh a depuis confirmé que les Etats-Unis veulent l’extrême droite au pouvoir en Europe, comme le veut Poutine, et Vance a dénoncé les armes nucléaires françaises et même britanniques comme potentiellement dangereuses pour les Etats-Unis (parce que noirs et musulmans pourraient s’en emparer !). Washington a préconisé, pour gouverner le monde, un « G5 » : Etats-Unis/Russie/Chine/Japon/Inde. Ils y mettent la Chine en l’encadrant, mais en excluent les impérialismes européens (dont la France et le Royaume-Uni toujours membres du Conseil de Sécurité de l’ONU), ainsi que les puissances latino-américaines, Brésil et Mexique, tout en menaçant directement la Colombie.

Moscou a approuvé expressément le document US dit de sécurité nationale. Bien sûr, Poutine et Xi y vont de leurs petites invocations contrites sur le « droit international », mais leur accord sur la prise de contrôle du Vénézuéla est patent. Leur présence économique et leurs liens commerciaux, dans l’immédiat, demeurent. Les livraisons pétrolières vénézuéliennes à Cuba, par contre, devraient cesser, ouvrant la voie à l’attaque US contre Cuba, laquelle, si elle se produit, misera elle aussi sur l’accord tacite (et les protestations verbales) de Poutine.

Cela dit, presqu’aucun gouvernement ne manifeste une satisfaction réelle devant le brigandage trumpiste. Les seules exceptions sont accablantes : Netanyahou, Meloni, Milei, Bukele, ainsi que … le président français Macron et le politicien belge, dirigeant du MR (Mouvement Réformateur) Bouchez.

Macron a pris le contrepied du communiqué publié deux heures auparavant par son ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot :

Post

Jean-Noël Barrot

@jnbarrot
En confisquant le pouvoir au peuple vénézuélien, en le privant de ses libertés fondamentales, Nicolás Maduro a porté une atteinte grave à sa dignité et à son droit à l’auto-détermination. La France s’est engagée avec constance, notamment par ses actions de médiation, en faveur du respect de la souveraineté du peuple vénézuélien, dont la voix doit primer. L’opération militaire ayant conduit à la capture de Nicolás Maduro contrevient au principe de non-recours à la force qui fonde le droit international. La France rappelle qu’aucune solution politique durable ne saurait être imposée de l’extérieur et que les peuples souverains décident seuls de leur avenir. La multiplication des violations de ce principe par des nations investies de la responsabilité principale de membre permanent du Conseil de sécurité des Nations unies aura de lourdes conséquences sur la sécurité du monde, qui n’épargneront personne. Instruite par l’Histoire, la France s’y prépare, mais ne peut s’y résoudre. Elle réitère son attachement à la Charte des Nations unies, qui doit continuer de guider l’action internationale des États, toujours et partout.

La manière dont le président ayant perdu sa légitimité qu’est Macron court-circuite la réaction première du Ministère des Affaires Etrangères pourrait annoncer ce que ferait Macron quand se produira l’attaque contre le Groenland annoncée par la carte diffusée par ses services juste après le coup de force sur Caracas …

Tout converge vers une menace liguée des hégémons mondiaux contre l’Europe, avec l’extrême droite comme cheval de Troie de Trump et de Poutine. Les questions militaires, politiques et sociales vont fusionner. Là se situe l’angle le plus aigüe et le plus urgent d’intervention, d’interpellation et de discussion d’Aplusoc !

Enfin, ce que tous les commentaires sous-estiment ou ignorent : l’arène principale de ce qui se passe au Venezuela, ce sont les Etats-Unis. Le coup de force est aussi la reprise du coup d’Etat en difficulté de Trump, bâillonnant les prérogatives constitutionnelles du Congrès. Rien n’indique à cette heure que Trump ait élargi sa base ces deux derniers jours : ni l’opposition populaire Ni Kings, ni les divisions dans MAGA dont le non-interventionnisme isolationniste et protectionniste annoncé est un facteur clef, ne semblent surmontés à ce jour, et bien au contraire la ligne de la défense de la démocratie et des éléments démocratiques de la constitution reste le centre du regroupement populaire possible et nécessaire pour battre et chasser Trump, Vance, Thiel and co.

 

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