« Un mini-Versailles à la Maison Blanche » : comment Trump a transformé la résidence présidentielle en un an
De l’or dans le Bureau ovale, le Rose Garden disparu sous les pavés, l’aile est démolie pour accueillir une salle de bal… Le président américain veut façonner la Maison Blanche à son image.
• Un an après son retour au pouvoir, Donald Trump n’a pas seulement remodelé la diplomatie mondiale, il a aussi refait la Maison Blanche à son image.
• Après avoir changé la déco du Bureau ovale, et détruit la roseraie, il a fait ériger une salle de bal démentielle.
• Une spécialiste des Etats-Unis interrogée par I compare ce projet à celui d’un « mini-Versailles » à Washington.
Une ouverture béante dans le bâtiment le plus emblématique du pouvoir aux États-Unis, un trou noir sur une façade blanche immaculée. Non, Donald Trump n’a pas laissé sa casquette de promoteur immobilier au vestiaire au moment de passer la porte de la Maison Blanche il y a tout juste un an. S’il est déterminé à changer son pays et le monde par sa politique autoritaire, un autre projet est ancré dans son esprit : transformer la résidence des présidents américains pour en faire un lieu à son image. Quitte à verser dans le très mauvais goût.
Première étape, le Bureau ovale. Après tout, c’est ici qu’il travaille tous les jours. Ici qu’il reçoit les responsables américains et internationaux. La presse, sélectionnée par les soins de l’administration MAGA, est invitée régulièrement à fouler la moquette pour prendre des photos ou filmer les nombreuses prises de parole de Donald Trump. Facile, dès lors, de remarquer le changement radical de décoration au bout de quelques semaines. D’autant que le républicain ne fait (jamais) dans la sobriété.
Le doré est partout. Exit le lierre suédois qui ornait la cheminée depuis les années 60, Trump a placé des bibelots dorés et apposé un médaillon de la même couleur sur le manteau de la cheminée. Des ornements dorés ont été mis sur les murs, de la peinture dorée a été ajoutée sur les cadres de porte… La vidéo de NBC ci-dessous permet de se rendre des comptes des changements de déco opérés. « Même la télécommande pour la télévision est de couleur dorée », pointe CNN.
Deuxième étape, s’attaquer à l’extérieur. Cette fois, c’est le Rose Garden (la roseraie) qui prend un sacré coup. Créé dans les années 1960 sous l’impulsion de John Fitzgerald Kennedy, c’est ici qu’ont lieu certaines cérémonies, dont celle de la grâce des dindes à Thanksgiving. Mais à l’été, Donald Trump décide de détruire l’écrin de verdure.
Le « President Walk of Fame » ou la provocation sauce Trump
Une terrasse en dur est installée, accueillant des tables et des parasols jaunes. Pourquoi ce changement ? Lors d’un tour du propriétaire offert à FoxNews, Donald Trump explique que la pelouse était souvent « trempée » et posait problème aux « femmes avec des hauts talons ». Pour cette raison, il choisit de remplacer l’herbe par « des magnifiques pierres ». Le Rose Garden a aussi été renommé Rose Garden Club.
À la rentrée, c’est au tour de la colonnade ouest de subir un lifting. Fin septembre, le président américain dévoile un « President Walk of Fame » : un couloir où s’alignent les portraits (avec cadre doré) des présidents américains. Avec une première provocation, puisqu’il a remplacé la photo de Joe Biden avec celle d’un « autopen », sorte de machine à signer. Une manière pour le républicain d’insulter son prédécesseur qui aurait été tellement inapte à gouverner qu’il n’aurait même pas pu signer tout seul.
En décembre, Donald Trump en remet une couche en ajoutant des plaques sous les portraits. Selon ces récits, Ronald Reagan était un « fan de Donald Trump », tandis que Barack Obama est l’une des « personnalités politiques les plus clivantes de l’histoire ». « Joe Biden l’endormi était, de loin, le pire président de l’histoire des États-Unis », est-il inscrit sous le portrait de l’ex-président démocrate.
Les bulldozers à la Maison Blanche
Mais le plus gros projet de Donald Trump, c’est son immense salle de bal. L’annonce remonte à l’été 2025. Le président assure alors que l’aile est où se trouve notamment le bureau de la Première Dame ne sera pas impactée par les travaux. Sauf que… Les bulldozers arrivent, la Maison Blanche juge qu’il est moins cher de tout détruire pour bâtir la pièce, selon une source interrogée par le New York Times.
Donald Trump est très fier de son projet, une salle de plus de 8000 m² pouvant accueillir 1000 invités. « Vous entendez probablement le magnifique son de la construction derrière… Quand j’entends ce son, ça me fait penser à l’argent », s’est-il exclamé lors d’une réunion avec des leaders du parti républicain. Et d’insister : « C’est de la musique à mes oreilles ! » Que les Américains se rassurent, son coût exorbitant – Trump l’a estimé à plus 400 millions de dollars – sera pris en charge par le président lui-même et via des dons. Dans la liste de ces généreux donateurs dévoilée par la Maison Blanche se trouvent entre autres les entreprises Meta, Google et Amazon.
La frénésie de Donald Trump ne fait pas l’unanimité. Le National Trust for Historic Preservation, dont le but est de préserver le patrimoine, s’en est remis à la justice, estimant que ce projet enfreint plusieurs lois et réclamant que la construction de la salle de bal soit soumise à plusieurs autorisations dont celle du Congrès. Qu’à cela ne tienne, la East Wing est déjà devenue un tas de gravats. Un sondage d’Ipsos réalisé fin octobre pour le Washington Post et ABC montre par ailleurs que près de la moitié des Américains « désapprouvent fortement » le projet trumpien (46 %).
« Un mini-Versailles »
Trump n’accepte pas les critiques. Surtout celles contre sa salle de bal. « Les gauchistes déchaînés et leurs alliés des Fake News s’indignent de l’ajout visionnaire (…), audacieux et nécessaire qui fait écho à la longue histoire des améliorations et des ajouts apportés par les commandants en chef pour faire de la résidence exécutive un phare de l’excellence américaine », a défendu la Maison Blanche.
Il est vrai que c’est loin d’être la première fois que la résidence est en travaux. Depuis sa construction à la fin du XVIIIe siècle, chaque président a modifié les lieux pour les adapter à ses goûts ou aux innovations. Sous Theodore Roosevelt au début du XXe siècle, de grosses rénovations ont notamment eu lieu pour agrandir la surface habitable et moderniser le système de plomberie. 30 ans plus tard, Franklin Delano Roosevelt, atteint de la polio, y a ajouté une piscine pour sa thérapie. Entre 1948 et 1952, la Maison Blanche a été complètement refaite sous Harry Truman en raison de l’état de délabrement du bâtiment. Quant à Barack Obama, il a modifié le terrain de tennis afin qu’il soit aussi adapté pour le basket. Cette liste n’est pas exhaustive.
Alors pourquoi les projets de Donald Trump sont autant pointés du doigt ? « Normalement, les travaux sont entrepris pour la fonctionnalité des lieux. La salle de bal n’est que démesure, faste. Il construit un mini-Versailles à la Maison Blanche », pointe auprès du HuffPost Frédérique Sandretto, enseignante-chercheuse à Sciences Po Paris et spécialiste des États-Unis, qui compare le président à un « empereur ». Pour elle, il existe même un parallèle entre son expansionnisme géopolitique et son implication décorative à Washington : « Il veut s’étendre, il est sans limite. C’est le thème de son deuxième mandat, et personne ne l’arrête. » Il n’a en tout cas pas fini de marquer la Maison Blanche. Car il a déjà un nouveau projet : construire un deuxième étage au-dessus de la colonnade ouest. Reste à savoir pour quoi faire.
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