Venezuela : Macron commet une faute morale et historique

Voilà donc la ligne de la France : posture aussi coupable qu’aveugle, où ce qui n’est pas dit pèse mille fois plus lourd que ce qui est dit. Ce qu’applaudit Emmanuel Macron n’est rien d’autre qu’un clou de plus dans le cercueil du droit international qu’il chérissait hier. C’est la soumission à la loi du plus fort, à l’ère des empires et des impérialismes. C’est un membre permanent du Conseil de sécurité qui se soumet à une nouvelle réalité mondiale : celle où quelques puissances font leur propre loi dans ce qu’elles estiment être leur zone d’influence.

À quinze mois de la fin de son mandat, Emmanuel Macron prend une responsabilité immense. Il condamne la France à l’extinction de voix diplomatique autant qu’il la prive du dernier rôle qu’elle pouvait encore jouer au concert des nations, celui d’une puissance séculaire et médiatrice, défenseuse acharnée des institutions dont elle a contribué à la création. Les générations successives de diplomates français s’attachent inlassablement, avec une forme de romantisme parfois surannée, à cet héritage.

Celui-ci n’a évidemment plus la même vigueur qu’antan, mis à mal par les renoncements successifs des gouvernements français. Il n’en demeure pas moins qu’il persiste, entretenu à intervalles réguliers par des initiatives saluées. Qu’en restera-t-il, à présent que le double standard est officialisé au plus haut niveau de l’État ? Quelle voix la France peut-elle encore porter en Ukraine, à Gaza, à Taïwan et partout où la souveraineté des peuples, l’intangibilité des frontières et le droit international sont mis à mal par les impérialismes des uns et des autres ?

Le baiser de la mort de Trump

À court terme, la reddition française s’explique aisément. Calculateur, Emmanuel Macron sait combien le rapport de force avec les États-Unis lui est défavorable. Il a touché du doigt, notamment dans les négociations économiques des deux dernières années, combien il était dépendant d’un Donald Trump plus décidé que jamais à faire plier les vieilles puissances européennes. Le chef de l’État sait le courroux que lui vaudrait la moindre critique de l’opération décidée par son homologue.

Alors, il se tait. Tant pis pour les changements de régime imposés de l’extérieur, les catastrophes du passé et les leçons de l’histoire, tant pis pour les raisons bassement mercantiles et prédatrices de l’opération états-unienne.

Emmanuel Macron emprunte ici une stratégie déjà esquissée à l’été 2025, lorsqu’Israël avait décidé – avec l’aval de Washington – des frappes contre Téhéran en dehors de tout cadre juridique. Dans l’esprit d’Emmanuel Macron, le maintien de bonnes relations avec les États-Unis vaut bien quelques concessions faites à la tradition diplomatique française, au droit international et à une forme de dignité diplomatique française.

Tout cela est passé à l’as, à présent. Le symbole le plus cruel de la vassalité française est venu de Donald Trump : sur son réseau social, le président des États-Unis a partagé le post d’Emmanuel Macron sans un mot. Comme un trophée, l’air de dire : « Regardez, la France nous soutient ».

À New York, en dissertant sur « l’éternelle question de la liberté face aux impérialismes », Emmanuel Macron avait eu une formule opportune. « L’autorité du droit est notre meilleure chance face à la loi du plus fort, l’application des principes est le seul remède aux deux poids, deux mesures. » Dommage qu’il l’ait déjà oublié.

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