2026 : ANNEE DE TOUS LES POSSIBLES ET DE TOUS LES DANGERS
L’année 2026 va être longue
Pour ce qui est déjà planifié, trois longues périodes électorales dans trois pays importants qui peuvent changer l’avenir du monde, doivent se dérouler en 2026 : aux USA, en Israël et en Hongrie. Dans les trois pays, non seulement toutes les prévisions annoncent une défaite électorale massive des régimes autoritaires qui y règnent mais ces mobilisations électorales s’y accompagnent aussi de mobilisations populaires importantes, parce qu’il est clair aux yeux des peuples de ces pays que leurs dirigeants ne joueront pas le jeu démocratique traditionnel et utiliseront tous les moyens possibles, y compris la force et la liquidation du système électoral lui-même, pour éviter la chute et échapper à la prison.
LUTTE DE CLASSE ET PAS GEOPOLITIQUE
Il ne sert à rien de se demander, avec les médias trumpistes des milliardaires français et les autres qui se couchent derrière eux, si Trump peut prendre le Groenland et si les Etats européens résisteront ou pas. Car oui, ils se coucheront comme il se sont couchés lorsque Poutine a attaqué l’Ukraine, ne soutenant la résistance que lorsque le soulèvement du peuple ukrainien a stoppé la machine de guerre poutinienne, Et encore ne le font-ils qu’en évitant que ça provoque la chute de Poutine, car ils craignent encore plus un soulèvement du peuple russe que la dictature poutinienne.
La seule résistance aux dictateurs ne vient que des peuples et les peuples n’auront une paix durable que s’ils préparent la révolution. Et ils le savent. La seule question étant de savoir pour eux s’ils sont prêts à s’engager dans ce combat, ou plus exactement à quelle étape ils en sont déjà actuellement sur ce chemin. Car d’un côté, il y a des régimes dictatoriaux qui sont partout aux abois, au bord de l’effondrement face aux résistances populaires, mais en même temps près à tout, particulièrement dangereux justement parce qu’ils sont au bord de l’effondrement et n’ont plus rien à perdre. De l’autre côté, il y a des peuples en semi soulèvement, encore pour le moment dans le jeu institutionnel électoral derrière des oppositions traditionnelles dans le cadre du système avec en partie les illusions que secrètent ces oppositions, mais aussi, parce que les peuples pressentent le pire, le maintien parallèle de mobilisations autonomes de rue, tendant à prendre un caractère hors système, ou dit autrement, cherchant la grève générale politique. Les peuples et les classes populaires n’ont plus confiance dans les oppositions officielles face aux évolutions guerrière du monde, ni dans la pérennité du système électoral face à la dérive autoritaire auquel voudraient les confiner ces oppositions, qui bien qu’adversaires des régimes dictatoriaux, défendent le même monde économique et de propriété et ont mené au désastre actuel par leurs politiques de toutes ces dernières années.
Tout se joue dans un « jeu » à trois.
D’un côté, les forces réactionnaires sont prêtes à toutes les folies les plus meurtrières comme on le voit aujourd’hui avec Trump mais aussi Netanyahou. De l’autre, la lutte de classe et la jeunesse de la génération Z sont revenues au centre de la scène politique sur toute la planète face à ces forces réactionnaires et cherchent à changer le monde en le débarrassant des dictatures, des guerres, de toutes les oppressions et de toute exploitation. Enfin, ce qui reste des forces démocratiques du vieux monde qui n’ont pas changé de logiciel, oscillent en s’alignant sur le plus fort du moment. Après avoir tout cédé à la réaction autoritaire ces dernières années en l’aidant contre les mobilisations populaires, elles se placent aujourd’hui lorsque ces mobilisations populaires les ont débordées, dans leur sillage et dans le cadre du rapport de force que crée ici ou là le mouvement populaire de défense des droits démocratiques pour en bénéficier mais pour tenter aussi de contrôler et limiter ces mobilisations au cadre du vieux système de représentation qu’elles défendent. Ces forces sont destinées à disparaître parce qu’elles n’ont jamais voulu remettre en cause le fondement des évolutions autoritaires désastreuses aujourd’hui, la dictature de l’argent, des capitalistes qui détruisent la planète, démantèlent la démocratie et ruinent les peuples et les hommes. A l’inverse, la force du mouvement populaire vient de ce qu’il cherche à se positionner sur ce terrain de lutte de classe contre la dictature du capital, étant infiniment plus puissant sur ce terrain que les forces réactionnaires parce que les classes populaires sont le nombre et qu’elles font tout faces aux classes parasites. Leur faiblesse ne vient que du fait qu’elles n’en ont pas complètement conscience, parce que cette prise de conscience, faute d’écoles et de partis, ne se fait qu’en tâtonnant au travers des expériences de mobilisation de masse, devant tout à la fois s’appuyer sur ce qu’elles ont de commun avec les forces démocratiques traditionnelles tout en s’en détachant pour aller plus loin et agir en toute indépendance.
Alors vive la lutte de classe qui donne l’intelligence de la situation en la liant à l’espoir de changer le monde et à bas la géopolitique, qui n’exprime que le point de vue de ceux du dessus et vise à décourager toute émancipation.
SI TU VEUX LA PAIX, PRÉPARE LA RÉVOLUTION
Toutes les mobilisations populaires sur la planète de cette année 2025 qui ont été très nombreuses, pas seulement aux USA, en Israël et Palestine ou en Hongrie, mais aussi aujourd’hui en Iran, et encore hier au Nepal, à Madagascar, en Bulgarie, Corée du Sud, où les pouvoirs sont tombés et puis encore en Serbie, Slovaquie, Roumanie, Albanie, Macédoine du Nord, Bosnie, Lituanie, Grèce, Italie, Belgique, Portugal, Suisse, France, Indonésie, Philippines, Inde, Pakistan, Mongolie, Maldives, Timor-Leste, Maroc, Tunisie, Kenya, Ouganda, Tanzanie, Mozambique, Nigéria, Cameroun, Equateur, Pérou, Paraguay, Argentine, Canada, Australie sans oublier la résistance du peuple ukrainien, ont montré à des degrés divers, mais partout, que l’année 2025 est l’année où la lutte de classe politique est revenue.
Cela a démonté l’idée que l’ordre établi est indépassable et que ses représentants seraient invincibles, ouvrant de plus pour la première fois depuis longtemps à une unification mondiale des combats autour de Gaza remettant à l’ordre du jours les mots « oubliés » de colonisation, apartheid, génocide et rompant avec les récits institutionnels édulcorés, portant partout implicitement face à l’évolution réactionnaire et guerrière des dirigeants de la planète que pour avoir la paix il faut préparer la révolution.
D’UN SENTIMENT CONFUS PARTAGE A UNE POLITIQUE EXPLICITE
L’année 2026 pourrait être l’année où ce sentiment implicite que pour avoir la paix, il faut préparer la révolution peut devenir une idée dominante dans le monde et mener à une politique consciente en ce sens.
Le pays le plus avancé sur ce terrain aujourd’hui, où on peut mesurer le mieux le progrès de cette idée, est les USA.
Le peuple américain est en train de faire tomber Trump, ce qui aura des répercussions mondiales énormes. La seule question étant de savoir si ça se fera dans le cadre d’un processus électoral aux élections de mi-mandat en novembre 2026 ou avant par l’effet direct des mobilisations populaires ou indirect par leur pression sur le Parlement, le Sénat et le système judiciaire. Trump a tellement voulu accélérer le basculement d’une vielle démocratie en régime dictatorial et avec une telle brutalité, qu’il a ressuscité la lutte de classe à un point jamais atteint dans le pays du capitalisme et qui était encore il y a peu la première puissance du monde. Aujourd’hui le régime de Trump a commencé son déclin et est proche de sa fin, ses électeurs et le mouvement MAGA l’ont lâché, les élus républicains sont en train de faire de même, mais Trump et ses ministres pouvant tous finir en prison, sont encore dangereux et peuvent provoque encore beaucoup de souffrances. On l’a vu avec le kidnapping de Maduro assorti de menaces de guerre contre le Groenland.
Ceci dit, il faut bien comprendre que l’effondrement électoral du Parti républicain est tel qu’il pourrait disparaître, mettant fin au bipartisme aux USA, gage de la stabilité bourgeoise aux USA, ouvrant ainsi à une poussée à gauche plus radicale encore que ce qu’on a vu avec Bernie Sanders ou l’élection du maire de New York, anticapitalistes mais réformistes et électoralistes, avec déjà de nombreuses candidatures pour novembre 2026 se situant plus à gauche que ces derniers, et toutes sur le terrain de l’anticapitalisme. Cette poussée électorale permet aux Démocrates de jouer l’électoralisme et l’attentisme pour présenter les élections de mi-mandat de novembre 2026 voire les élections générales de 2028 comme la seule issue possible face à Trump. De manière complémentaire, les républicains pour sauver leur peau face au désastre annoncé, prennent de plus en plus leurs distances avec Trump, le considérant désormais comme un boulet, ayant déjà voté cinq fois depuis novembre 2025 avec les démocrates contre Trump. Ainsi, le législatif dans son ensemble, démocrates et Républicains associés, tente de reprendre le contrôle du pays contre l’exécutif de Trump, y compris pour les jours à venir, en limitant ses pouvoirs présidentiels militaires ou en nommant des super ministres par-dessus ceux de Trump, après lui avoir tout lâché, mais aussi pour stopper la montée populaire. Cependant, le radicalisme fou de Trump bouscule ce jeu traditionnel car il apparait de plus en plus clairement qu’il veut liquider le système électoral et de représentation démocratique traditionnel. Aussi, sentant le danger d’attendre sans bouger les élections comme le voudrait le Parti démocrate, la mobilisation populaire a multiplié les mobilisations de masse amenant dans la rue des millions de manifestants dans « hands off » et « No Kings » et à nouveau ces 10 et 11 janvier 2026 pour la dissolution de la police fasciste de l’immigration de Trump, l’ICE, dont un des membres a assassiné de sang-froid une jeune mère de famille qui prenait en photos les violences de l’ICE. Parallèlement, le développement de l’auto-organisation pour se protéger de l’ICE n’a jamais été aussi loin, jetant les bases structurelles d’un embryon de pouvoir populaire sur fond d’une orientation générale socialisante. Ainsi, on voit de plus en plus de manifestants se donner non seulement l’objectif de la destitution de Trump tout de suite, mais aussi comme en novembre 2025, l’objectif de retirer leur pouvoir aux milliardaires. Et chaque tentative de coup de force de Trump – et il ne les cessera probablement pas -, renforce ce camp radical ou révolutionnaire dans les mobilisations populaires. Trump est un cadavre en décomposition qui empuantit l’atmosphère générale en multipliant les coups tordus et en pouvant faire encore beaucoup de mal, mais il ne semble plus en situation de reprendre la situation générale en main. Par contre, chacune de ses tentatives de coups de force se transforment en autant de nouveaux clous plantés dans son cercueil. Les dirigeants démocrates suivent pour le moment cette montée populaire, tout en freinant tant qu’ils peuvent, mais méprisés autant que les républicains sont détestés, ils craignent plus un soulèvement populaire qu’une dictature de Trump. Ils peuvent très bien changer de camp et se ranger aux côtés des républicains qui lâchent Trump, s’ils sentent que l’ordre établi capitaliste est en danger.
Chaque journée aux USA est pleine de rebondissements dans le cadre de cette formidable montée populaire où il n’y a pas un jour sans manifestations et sans renforcement de l’auto-organisation et des courants socialistes, même si ici, la presse n’en dit évidemment pas un mot, cherchant toujours avec Trump à renforcer l’extrême-droite nationale et sachant que la chute de Trump signifierait probablement au contraire un fort affaiblissement de l’extrême-droite, que le patronat et l’essentiel des forces politiques et médiatiques françaises poussent en avant.
L’enjeu de la situation aux USA n’est plus tant la chute de Trump, c’est déjà un acquis, même si ses derniers moments de pouvoir le rendent encore plus fou, imprévisible et dangereux. Mais pour tous ceux qui se demandent si Trump peut attaquer le Groenland, la réponse est clairement dans le rapport de forces aux USA mêmes. L’enjeu de la situation aux USA n’est pas tant non plus la capacité du peuple américain à s’émanciper de l’influence des dirigeants démocrates, c’est encore un acquis de la situation actuelle. L’enjeu n’est plus encore la remise en cause du pouvoir des milliardaires, c’est déjà aussi un acquis de la situation. L’enjeu est la remise en cause du capitalisme, et, pour cela, la capacité des mobilisations populaires à l’auto-organisation et à une politique socialiste révolutionnaire indépendante qui aille au-delà les solutions du socialisme réformiste de Bernie Sanders.
Voilà ce qui va se jouer cette année aux USA, avec les répercussions mondiales que cela peut avoir. La presse nous pousse à nous intéresser à Trump pour nous faire peur et nous soumettre, intéressons-nous au soulèvement populaire américain et faisons-le connaître comme premier pas de notre propre émancipation des régimes autoritaires capitalistes.
Jacques Chastaing 11 janvier 2026