Mort d’un étudiant identitaire à Lyon : le film de son agression se précise

Le parquet de Lyon a élargi son enquête à des « coups mortels aggravés » à la suite du décès de Quentin, jeune militant identitaire. Sa famille dénonce un « guet-apens » meurtrier. Une vidéo capturée par un habitant et diffusée par TF1 révèle que des hommes ont asséné de nombreux coups à trois individus, dont l’un pourrait être la victime.

Marie Turcan

Lyon (Rhône).— Le militant identitaire de 23 ans qui avait été grièvement blessé, jeudi 12 février, est décédé, ont annoncé sa famille et le parquet de Lyon ce samedi. L’enquête préliminaire ouverte pour violences aggravées est désormais élargie à des faits de coups mortels aggravés, a précisé le parquet.

Le jeune homme aurait subi de violents coups à la tête qui ont provoqué une grave commotion cérébrale, selon Le Monde, qui cite des sources sécuritaires. Une vidéo diffusée par TF1 révèle l’existence d’une scène de lynchage au cours de laquelle plusieurs individus prennent des coups dans la tête.

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Capture d’écran de la vidéo de l’agression durant laquelle Quentin a reçu des coups mortels, à Lyon. © DR / TF1

La famille de Quentin, qui appelle « au calme et à la retenue » dans un communiqué diffusé par son avocat, Fabien Rajon, dénonce « un meurtre, visiblement commis en bande organisée ». Elle mentionne la possibilité d’un « guet-apens, méthodiquement préparé » par « des individus organisés et entrainés, en très large surnombre et armés ».

« Quentin a été victime d’un déferlement de violence inouï », a déclaré Emmanuel Macron dans la foulée sur le réseau X. « En République, aucune cause, aucune idéologie ne justifieront jamais que l’on tue », a ajouté le président [voir encadré ci-dessous].

À ce stade, le parquet de Lyon fait toujours preuve de prudence sur le déroulé exact des événements ayant mené au décès du militant d’extrême droite, ainsi que sur de potentiels suspects identifiés. « Le contexte et les circonstances de ces faits doivent être déterminés », avait-il communiqué vendredi.

À l’inverse, le collectif fémonationaliste Nemesis accuse depuis le début des militants antifascistes, notamment la Jeune Garde — organisation co-fondée par le député insoumis Raphaël Arnault et récemment dissoute en conseil des ministres — d’avoir poursuivi et « lynché au sol » l’étudiant de 23 ans, qu’elles identifient comme un bénévole venu assurer leur sécurité pendant une manifestation devant Science Po’ Lyon, où se tenait une conférence de la députée européenne Rima Hassan (LFI).

« J’apprends ce décès avec horreur et dégoût. Ce que je redoute depuis des années à Lyon se perpétue », a fini par commenter Raphaël Arnault samedi soir sur X, après deux jours de silence.

Un affrontement en marge de l’action de Nemesis

Si le parquet est prudent, c’est que le risque de désinformation est fort et que la mort du jeune homme génère une importante attention médiatique et politique, décuplée par les commentaires qui se répandent par milliers sur les réseaux sociaux.

C’est aussi parce que ce jeudi, plusieurs événements distincts se sont déroulés à Lyon, parfois les uns en parallèle des autres. D’une part, le happenning de Nemesis devant Sciences Po’ — documenté dans un précédent article —, et, d’autre part, un violent affrontement, à quelques centaines de mètres de là, dont Mediapart a pu retracer le début.

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Un autocollant du collectif féministe d’extrême droite NEMESIS à Lyon, en avril 2025. © Photo Matthieu Delaty / Hans Lucas via AFP

S’il n’est « ni agent de sécurité, ni membre d’un quelconque service d’ordre », comme le précise sa famille, Quentin faisait partie, selon nos informations, du groupuscule néofasciste Allobroges Bourgoin et avait milité à l’Action française. Il avait accepté, comme d’autres militants identitaires venus de différents collectifs de se poster à cinq minutes de marche de l’Institut d’études politiques (IEP), au cas où Nemesis auraient besoin d’eux.

« Quand on organise une action, on a toujours une crainte de l’accueil, parce qu’on sait que les personnes d’extrême gauche sont violentes », a d’ailleurs confirmé Anaïs, une porte parole du collectif fémonationaliste, sur la chaîne CNews. « Les militantes de l’association ont eu un peu peur, elles se sont dit : “On va appeler des copains”, pour qu’ils puissent surveiller un peu de loin, de façon à ce que s’il y a une escalade de violence, ils puissent intervenir. »

Une vidéo accablante

Or le groupe de bénévoles d’extrême droite ne verra pas les militantes de Nemesis. En parallèle de l’action des fémonationalistes, de l’autre côté d’un tunnel situé non loin de l’IEP de Lyon, dans le septième arrondissement, une violente bagarre a explosé.

Assise derrière le comptoir d’un commerce situé à l’intersection, Julie*, une employée chargée de l’accueil des clients, voit soudain « au moins une vingtaine d’hommes » se taper dessus. « Ils se sont jetés au milieu de la rue, ça n’a vraiment duré que cinq minutes en tout », témoigne la salariée auprès de Mediapart. « Ils ont balancé un fumigène jusqu’à notre porte, il y avait de la fumée partout », se souvient-elle, sans pouvoir identifier par quel groupe l’objet avait été lancé.

Elle dit avoir vu, de l’autre côté de la route au niveau d’un passage piéton, un garçon se faire frapper au sol : « Ils ont mis quelqu’un à terre ici. Il s’est fait aider par ses potes, et après ils l’ont emmené, je ne sais pas où. »

Un voisin confirme cette première scène auprès de TF1 : « Ça a commencé avec deux groupes qui s’affrontaient, qui se faisaient face-face », dit-il sous couvert d’anonymat. Il voit d’abord « une vingtaine » de personnes de chaque côté, puis « l’autre groupe a fini par lyncher la personne qui est restée sur place », continue-t-il.

L’habitant a filmé, depuis son appartement en hauteur, une scène d’une violence insoutenable, dont TF1 a révélé des extraits dans son journal de 20 Heures. On voit un groupe d’hommes fuir par un côté d’une rue, tandis qu’une quinzaine d’autres s’en prendre « à trois jeunes à terre », décrit la journaliste.

Plusieurs hommes assènent des dizaines de coups aux personnes clouées au sol. Lorsque l’un d’entre eux, à genoux, se lève pour fuir, un assaillant lui met un coup de pied en pleine tête. Il parvient à faire quelques mètres en courant, mais se fait chasser la jambe et tombe, tandis que sa tête semble rebondir au sol. Un autre reste à terre sans bouger, tandis qu’un agresseur repasse lui asséner un coup de pied dans la tête.

Les circonstances, le contexte et la temporalité semblent correspondre à l’agression de Quentin décrite par les militantes de Nemesis. Il n’est toutefois pas possible à ce stade de savoir à laquelle des trois silhouette pourrait correspondre celle de Quentin.

Contactée à plusieurs reprises depuis jeudi, la Jeune Garde n’a pas répondu aux sollicitations de Mediapart, ni son cofondateur Raphaël Arnault.

Cette organisation antifasciste a été dissoute en conseil des ministres le 12 juin 2025 en même temps que le groupe d’extrême droite Lyon populaire, après une offensive lancée par le ministre de l’intérieur de l’époque, Bruno Retailleau. Il leur était notamment reproché de « [provoquer] à des manifestations armées ou à des agissements violents à l’encontre des personnes ou des biens ». Le groupe a depuis déposé un recours en référé-suspension devant le Conseil d’État pour contester cette dissolution.