À Paris, les policiers d’Alliance et l’extrême droite défilent derrière la même banderole

Si la population n’a pas répondu à l’appel du syndicat majoritaire des forces de l’ordre, les personnalités politiques d’extrême droite se sont pressées dans le cortège parisien. Parmi elles, les candidats RN et Reconquête aux municipales dans la capitale, Thierry Mariani et Sarah Knafo, ainsi que l’eurodéputée Marion Maréchal.

Matthieu Suc

Sur le chariot en tête du cortège parisien, l’animateur au micro peine à masquer une certaine déception. « Plein de gens n’ont pas pu être là car on est samedi matin… » Quelques instants plus tard, il insiste : « Même pour ceux qui ne peuvent pas être là, dites-leur de partager. » Répondant à un manifestant qui le presse pour savoir s’il y a plus de monde dans les autres villes, il finit par ironiser : « De toute façon, pour une fois, la police et les organisateurs seront d’accord sur les chiffres des manifestants… »

Le syndicat de police Alliance, qui avait appelé à des manifestations de soutien à la police nationale dans une vingtaine de villes de France samedi 31 janvier, annoncera « 15 000 à 20 000 » personnes dans la capitale, là où l’on comptait tout au plus quelques centaines d’individus. Essentiellement des policiers et surtout des délégués du syndicat majoritaire des forces de l’ordre.

« On est obligé… On nous a demandé de nous mobiliser », confie sous le manteau un permanent d’Alliance. Interrogée sur la faible mobilisation et le sentiment de déception qui pourrait en découler, une autre responsable syndicale coupe court à la conversation. Dans le cortège parisien reliant la place de la Bastille à celle de la Nation, surgissent toutefois les pancartes de citoyens ayant répondu à l’appel : « Sans police c’est le chaos »« All Cops are Heroes » (« Tous les policiers sont des héros ») ou encore « L’impunité fabrique des criminels », peut-on y lire

De gauche à droite : Thierry Mariani, Nicolas Dupont-Aignan et Marion Maréchal derrière la banderole du syndicat Alliance à Paris, le 31 janvier 2026. © Photo Alain Jocard / AFP

Dorinne, qui arbore la pancarte « All Cops are Heroes », explique être venue parce que « les députés et la jeunesse ne respectent pas assez la police »« Quand ils disent que la police tue, ce n’est pas vrai ! On en a ras le bol de voir des policiers maltraités dans les manifestations. Moi, je réarmerai mieux que ça les policiers », dit-elle. La plupart des manifestants qui ont rejoint le cortège, mais ne sont pas policiers, sont âgés et peu nombreux.

Les plus jeunes que l’on identifie sont des visages connus dans la sphère militante identitaire. Comme le collectif Némésis, autoproclamé féministe, mais surtout classé à l’extrême droite, qui déploie devant le chariot de tête Alliance une banderole sur laquelle on peut lire : « La police les arrête, la justice les relâche. » Tout sourire, leur présidente, Alice Cordier, arbore au-dessus de sa tête un carton « + de policiers, − d’Assa Traoré »

Marion Maréchal aux premières loges

Sur le trottoir, des militants du Rassemblement national (RN) distribuent des tracts pour leur tête de liste aux municipales à Paris, Thierry Mariani. Le candidat est également présent dans le cortège, tout comme sa rivale Reconquête Sarah Knafo et le président de Debout la France Nicolas Dupont-Aignan. S’ils sont bien accueillis, ce ne sont pas eux qui aimantent tous les regards.

« Y a Marion ! Prends-la en photo ! », s’extasie soudain un policier. La cheffe de file Identité-Libertés (IDL) est venue en force avec les trois députés de son parti, Eddy Casterman, Thibaut Monnier et Anne Sicard, ainsi que le cofondateur du Bloc identitaire Philipe Vardon, à qui la petite-fille de Jean-Marie Le Pen a confié la direction opérationnelle de son mouvement.

En fin de manifestation, le secrétaire général d’Alliance, Fabien Vanhemelryck, invite les élus à le rejoindre sur le chariot. Sarah Knafo est la première à y monter, mais c’est encore Marion Maréchal qui l’emporte à l’applaudimètre. « Regardez les élus qui sont là aujourd’hui, c’est ceux qui nous soutiennent ! », les remercie le syndicaliste policier.

Classé à droite, longtemps soutien inconditionnel de Nicolas Sarkozy, Alliance sous le magistère de Vanhemelryck a opéré un rapprochement très prononcé avec l’extrême droite, n’hésitant à reprendre ni ses thèmes, ni son vocabulaire. Après la mort du jeune Nahel Merzouk, tué par un policier le 27 juin 2023, le syndicat avait publié un communiqué dans lequel il qualifiait les jeunes des quartiers populaires de « nuisibles ».

Un an plus tard, Fabien Vanhemelryck était allé jusqu’à asséner, lors d’un entretien avec Mediapart : « Même mes collègues musulmans en ont marre des raclures, des nuisibles, des jeunes d’origine étrangère dans les quartiers populaires […] qui font chier et qui ne sont jamais sanctionnés. » En vue de la présidentielle de 2022, le même Fabien Vanhemelryck avait organisé un grand débat avec Éric Zemmour et Marine Le Pen.

Dans l’entretien précité accordé à Mediapart, il avait qualifié d’« énorme connerie » l’appel à faire barrage au RN pendant les législatives de 2024. Une dérive qui avait poussé son prédécesseur à la tête d’Alliance, Jean-Claude Delage, a prendre la parole à son tour, toujours dans Mediapart, pour mettre en garde contre la tentation du vote extrême droite.

Toujours plus de moyens

Un discours qui n’a pas été retenu par les participants de la manifestation parisienne de samedi, au cours de laquelle on applaudit volontiers les politiques d’extrême droite, tout en se gaussant « des LFI ».

« Tiens, elle n’est pas là Rima Hassan ?, fait mine de s’interroger un policier, présent dans le cortège.
— Si, lui répond un collègue. Elle doit être sur un toit en train de nous viser avec un fusil à lunettes ! »

Les mêmes se font moins loquaces lorsqu’on se présente. Plusieurs d’entre eux refusent de parler à Mediapart. Un policier prétend qu’il n’est pas policier… Celles et ceux qui acceptent de discuter, des délégués syndicaux, pour la plupart des hommes, peinent à justifier le mot d’ordre de la manifestation quand on leur fait remarquer que, depuis la vague d’attentats, des moyens supplémentaires sont chaque année alloués aux forces de l’ordre.

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Le collectif d’extrême droite Némésis apporte un soutien très visible à la manifestation parisienne d’Alliance, le 31 janvier 2026. © Photo Matthieu Suc / Mediapart

Il faut tomber sur un délégué de Seine-et-Marne pour toucher du doigt une réalité, celle de ces vastes territoires délaissés dans lesquels la police en manque d’effectifs est « mutualisée » pour plusieurs communes. « Le souci de la hiérarchie, c’est la rentabilité, explique-t-il. Une voiture [de patrouille] tourne sur vingt communes. » Pour le reste des personnes interrogées, le discours qui se veut apocalyptique sonne creux.

« Nous sommes le dernier rempart face à une délinquance de plus en plus violente », s’alarme Gaëlle James, secrétaire générale du syndicat d’officiers de police Synergie-Officiers. Derrière les mots, les interlocuteurs peinent à mettre des faits concrets. Peut-être parce qu’il n’y a pas d’événement majeur pour expliquer ce soudain « ras-le-bol » de la police, si ce n’est les élections professionnelles qui se profilent en fin d’année.

Dans un entretien accordé vendredi 30 janvier à France Inter, le ministre de l’intérieur Laurent Nuñez a rappelé que depuis 2017, « 12 500 emplois » ont été créés « au sein des forces de sécurité intérieure », que les crédits immobiliers de son ministère « ont été multipliés par deux » et que « depuis 2020, 19 000 véhicules nouveaux ont été achetés ».

Ce n’est pas ce que veut entendre Fabien Vanhemelryck. Il fait huer ce « ministre qui n’est pas venu » à la manifestation et fait applaudir les hommes et femmes politiques présents. « Peu importe leur parti, c’est eux qui nous soutiennent ! », tonne-t-il, laissant penser à une démarche apolitique. Avant de chanter une Marseillaise en compagnie des représentants et représentantes de tous les partis d’extrême droite français.

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