Ce qui se joue aujourd’hui en France dépasse le simple affrontement partisan.

CHRONIK.be 

C’est une question de cohérence républicaine.

À Lyon, des groupes néonazis ont défilé publiquement. Saluts hitlériens. Symboles assumés. Tentative claire de transformer la mort de Quentin Deranque en récit politique. Quentin évoluait dans la mouvance d’extrême droite radicale, néo nazi, antisémite et fréquentait des cercles nationalistes identitaires. Les cortèges organisés en sa mémoire ont vu apparaître des références idéologiques directement liées à l’héritage nazi.
Ce fait, à lui seul, devrait imposer une ligne nette.
Et pourtant, à l’Assemblée nationale, une minute de silence est observée en son nom. Ils ont fait une minute de silence pour un néonazi, antisémite !
On invoque la jeunesse, l’humanité, le refus de la violence. Mais l’Assemblée n’est pas un espace privé. C’est l’incarnation symbolique de la souveraineté nationale. Quand elle se lève, elle produit un signal politique.
Le contraste devient plus troublant lorsqu’on se souvient que, dans d’autres cas, lorsque des personnes ont été tuées sous les coups de militants d’extrême droite, la présidence de l’Assemblée a refusé un hommage comparable, au motif que l’institution ne rend pas hommage à « une personne ».
Silence institutionnel.
Silence médiatique relatif.
Ce n’est pas seulement une différence de procédure. C’est une différence de traitement.
Quand des victimes d’agressions venues de l’extrême droite ne bénéficient d’aucun geste symbolique national, mais qu’un militant issu de cette mouvance reçoit une minute de silence, la question n’est plus émotionnelle. Elle devient politique.
Philosophiquement, cela pose un problème grave.
L’« extrême centre » au pouvoir ne revendique pas l’idéologie fasciste. Mais sa méthode interroge. Gouverner par la gestion, déplacer la confrontation vers la gauche radicale, notamment La France insoumise, tout en laissant l’extrême droite s’installer comme force structurelle du paysage, produit un effet de normalisation.
La conflictualité principale est organisée contre la gauche contestataire. L’extrême droite, elle, devient un acteur durable du décor politique. Non pas absoute, mais intégrée.
Les socialistes, eux, occupent désormais un espace intermédiaire, un ventre mou idéologique, un centre de gravité sans projet structurant. Ils ne portent plus de rupture. Ils stabilisent. Ils accompagnent. Ils amortissent.
La démocratie n’est pas seulement un ensemble de procédures. Elle repose sur une hiérarchie normative : toutes les idées ne se valent pas, toutes les oppositions ne sont pas équivalentes. Une idéologie fondée sur l’exclusion raciale, l’autoritarisme et la négation des droits fondamentaux n’est pas une opinion parmi d’autres.
Toutes les radicalités ne se valent pas.
Contester un ordre social n’est pas équivalent à défendre une idéologie fondée sur l’exclusion ou la hiérarchie des êtres humains. Les placer sur le même plan brouille la boussole morale.
Jean Moulin n’a pas risqué sa vie pour une République hésitante face aux héritiers idéologiques du fascisme.
Lucie et Raymond Aubrac ont combattu une vision du monde qui niait l’égalité et la dignité humaine.
Dire qu’ils se retourneraient dans leur tombe n’est pas une formule dramatique. C’est une interrogation sur la cohérence de cette république.
La France répète liberté, égalité, fraternité.
Mais ces mots exigent une constance.
Quand la République devient ambiguë dans ses symboles, quand les hommages paraissent asymétriques, quand le silence entoure certaines victimes et que d’autres reçoivent un geste national, alors le problème n’est plus seulement politique. Il devient moral.
Une démocratie ne tombe pas toujours d’un coup.
Elle s’habitue.
Seul