Le 26 janvier 1977, plusieurs figures adhéraient à une lettre ouverte – publiée notamment dans «Le Monde» – laquelle défendait les relations sexuelles entre adultes et enfants. Ont-elles regretté leur soutien? Éléments de réponse.
Le 26 janvier 1977, plusieurs dizaines de personnalités françaises – éminentes comme Louis Aragon, Simone de Beauvoir, Gille Deleuze, Patrice Chéreau, Roland Barthes, Jean-Paul Sartre, Jack Lang, Bernard Kouchner ou encore Gabriel Matzneff au cœur de l’actualité ces derniers jours – cosignaient une lettre ouverte publiée dans le quotidien «Le Monde».
Pour rappel, le livre publié aujourd’hui par Vanessa Springora intitulé « Le Consentement» revient sur la relation apparemment traumatisante que l’auteure a entretenue avec l’écrivain français Gabriel Matzneff, alors qu’elle était âgée de 14 ans et lui de 50. Une interview de l’écrivain récemment exhumée par l’INA – actualité oblige – lors de l’émission «Apostrophes» y montre un «Matzneff» questionné par Bernard Pivot sur la raison pour laquelle il s’était spécialisé dans «les lycéennes et les minettes». L’intéressé y répondait qu’une fille «très très jeune» était «plutôt plus gentille».
Retour sur le contexte de cette lettre ouverte. Elle a été rédigée alors que s’ouvrait à Versailles le procès de trois hommes, jugés pour «attentats à la pudeur sans violence sur mineurs de (ndlr: moins de) 15 ans». Ces derniers étaient alors placés en détention préventive depuis trois ans. «Les victimes étaient âgées de 12 ou 13 ans, frère et sœur notamment, et avaient été photographiées et filmées par les accusés lors de différents jeux sexuels», relate «Libération». Les trois auteurs auront été condamnés à cinq ans de prison avec sursis. Rappelons encore que Gabriel Matzneff aurait revendiqué la paternité de cette pétition selon le quotidien, sur un blog vraisemblablement effacé récemment.
Les signataires de la pétition ont-ils émis des regrets?
Interpellé par un lecteur ou une lectrice sur d’éventuels remords des cosignataires de la lettre ouverte, le quotidien «Libération» a enquêté.
«Peu de signataires», à la connaissance du journal, se seraient exprimé de leur soutien à cette lettre. D’abord, certains d’entre eux sont décédés depuis (Louis Aragon, Simone de Beauvoir, etc.). Il aura fallu attendre janvier 2001 (soit presque un quart de siècle après la publication de cette lettre) pour que de premiers regrets ou des explications aient été émis. À cette époque, le député européen Daniel Cohn-Bendit se voyait rattrapé par son passé pour ce «fameux» texte qu’il avait rédigé en 1975 où il y relatait son activité d’éducateur dans un jardin d’enfants «alternatif» à Francfort.
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À ce sujet, retrouvez le fact-checking du quotidien «Le Monde» en 2019.
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Parmi ceux qui ont émis des remords, «Libération» retrouve les propos dans «L’Express» d’un autre écrivain, à savoir Philippe Sollers, signataire de la pétition de 1977. «Il y aura bientôt trente ans que je l’ai signée et j’avoue n’en avoir aucun souvenir précis. Il y avait tellement de pétitions à cette époque-là qu’on ne faisait plus très attention à ce qui était écrit.» […] «Il est délicat de ressortir cette pétition aujourd’hui sans parler du contexte de cette époque. La pédophilie est un problème récent. On n’en parle que depuis quelques années. À l’époque, ce n’était pas évident et il me semble que le texte n’était pas centré sur la question adulte-enfant», déclare-t-il en 2001.
«La sexualité était vue comme subversive»
Un autre cosignataire, décédé depuis, est retrouvé par «Libération». «En mai 1968, on a assisté à une véritable fracture de la civilisation humaine. Toutes les règles traditionnelles de la morale se dissolvaient comme de l’eau dans le sable. La sexualité était vue comme subversive. C’était une crise culturelle au sens profond du terme. Il fallait être opposé à tout ce qui pouvait être de l’ordre de la contrainte, prendre parti pour ceux qui cherchaient une voie nouvelle. C’est dans ce contexte que j’ai signé la pétition», explique alors le médecin psychiatre et psychanalyste Bernard Muldworf.
À la connaissance du journal français, il n’existerait pas «d’autres prises de position publiques de signataires de cette pétition, regrettant depuis d’y avoir été associés». Le journaliste de «Libération» ajoute que son article pourrait «être mis à jour en fonction de nouveaux éléments».
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Mise à jour, 19h06: L’écrivain Gabriel Matzneff répond à Vanessa Springora, via un texte envoyé à l’Express.