Des décennies de néolibéralisme ont contribué à faire perdre aux dominé·es de la société, aux « subalternes », aux « catégories populaires » l’homogénéité nécessaire à une poussée révolutionnaire « par en bas », ce qui a conduit à renforcer l’aspiration à un changement « par en haut », soit en termes gramsciens au risque de « révolutions passives », où tout se passe à travers des décisions prises par diverses « élites », à travers la recherche de solutions clés en main que des directions politiques n’auraient qu’à mettre en œuvre à travers l’appareil d’Etat.
Or, non seulement le chemin de telles transformations est ardu, mais il est plein de dangers en ce qu’il favorise la délégation de la réflexion et de l’action politiques à des forces séparées de ces « catégories populaires », en concurrence pour savoir lesquelles parleront le mieux pour elles. On tend à s’en remettre aux « idées » que d’autres élaborent, à faire son choix, son « marché » entre propositions politiques, à ramener l’engagement à la « confiance » que l’on apporte à tel ou telle.
Au bout du chemin, on risque la mise en place d’un pouvoir qui à défaut de trouver sa force dans la mobilisation réelle des masses, fera face à leur passivité, et remplacera la démocratie (comprise comme puissance du peuple) par l’autoritarisme, puissance de seules institutions étatiques.
Cette involution de la politique ne peut être combattue que par une lutte idéologique intense et multiforme tendant, à travers la (re)construction d’une culture commune à (re)donner une certaine homogénéité aux subalternes, condition nécessaire à la (re)formation de quelque chose qui ressemble à une « conscience de classe » partagée.