Enquête inédite : toutes les fois où le RN a voté contre les droits des femmes

Bon Pote thomas@bonpote.com

  •  supposé dès lors qu’il figure sur un acte civil officiel, il ne répond donc pas à un ressenti subjectif.” Le député renoue ici avec une vieille marotte de l’extrême droite sur la “théorie du genre” – notion qui, comme le rappelle La Déferlante, a été “instrumentalisée” par les sphères transphobes et d’extrême droite en “l’associant à une idéologie trans’”. 
  • Le RN a voté contre un amendement voulant que “les agents effectuant les palpations de sécurité doivent être du même genre que les personnes palpées” (législature 17 – vote n°752). Toujours sur le sujet des palpations de sécurité, le parti a déposé des amendements pour supprimer les mots “ou selon des modalités qui tiennent compte de l’identité de genre de cette dernière” (législature 17 – vote n°753 et 755). Cette mesure fait pourtant partie des recommandations du Défenseur des droits pour protéger les droits des personnes transgenre. Celui-ci préconise en effet que les forces de sécurité soient “formées au respect de l’identité de genre”.
  • Le RN a voté contre l’ajout de la mention du genre dans la proposition de loi sur la “reconnaissance par la Nation et réparation des préjudices subis par les personnes condamnées pour homosexualité entre 1942 et 1982” (législature 17 – vote n°4830). Objectif de cet amendement déposé par Andy Kerbrat (LFI) : inclure les personnes transgenre dans la reconnaissance des “préjudices” commis par l’État durant cette période de l’Histoire.

Une posture réactionnaire que la chercheuse Léane Alestra analyse ainsi dans son essai Les Vigilantes (JC Lattès, 2025) : “La transphobie (…) repose sur un essentialisme de genre : la féminité y est réduite à des caractéristiques biologiques immuables, figées dès la naissance. Or, les identités trans bousculent cette construction en incarnant la possibilité d’une mobilité sociale et identitaire à travers la transition”. 

Ajoutons à cela que le 4 juillet 2023, Julien Odoul a déposé une proposition de loi (renvoyée à la commission des affaires culturelles et de l’éducation, donc non votée à l’Assemblée), “visant à faire concourir les sportifs dans la catégorie correspondant à leur sexe figurant sur leur acte de naissance”. L’élu comptait ainsi s’opposer à la participation des athlètes transgenre aux compétitions sportives dans la catégorie féminine, qu’il associe aux “dérives wokistes”.

Autre exemple : la proposition de loi “visant à protéger les mineurs contre certaines pratiques médicales et chirurgicales en matière de ‘transition de genre’” en interdisant tout traitement médical et hormonal de transition aux mineurs. Déposée le RN le 11 avril 2024, elle avait été renvoyée en Commission des affaires sociales, sans être votée (pour l’heure) dans l’hémicycle. Une proposition similaire avait été déposée au Sénat un mois plus tôt par les Républicains ; la Défenseure des droits avait alors pointé du doigt un texte “de nature à porter atteinte aux droits et à l’intérêt supérieur de l’enfant.”

La bataille contre l’écriture inclusive

Cette rhétorique anti-“woke” est bien huilée au sein du parti d’extrême-droite, qui a été jusqu’à lancer en 2023 une “association des parlementaires contre le wokisme” pour dénoncer et surtout agir contre “’idéologie woke qui s’infiltre” partout dans notre société tel un “poison”, rapporte Franceinfo en citant les propos du député Roger Chudeau et de l’eurodéputé Philippe Olivier qui en sont à l’initiative.

Parmi leurs nombreuses batailles, on trouve aussi l’écriture inclusive, que le RN a combattue dans l’hémicycle tout au long de la période 2022-2025, à commencer par la proposition de loi qu’il a défendue, visant à interdire l’écriture inclusive à l’école et dans les actes administratifs.

Le parti d’extrême droite a également déposé un amendement (législature 16 – vote n°440) proposant de soutenir davantage la délégation générale à la langue française et aux langues de France, laquelle “travaille notamment, lit-on dans l’exposé des motifs, pour que l’État soit exemplaire dans l’emploi de la langue de la République et nous savons que celui-ci est souvent en proie à l’entrisme de l’écriture inclusive.” Dans la même veine, le RN s’est opposé à la féminisation des grades militaires (législature 16 – vote n°1634) et à la rédaction “inclusive” d’un article de loi (législature 17 – vote n°2719 et 2739), qui suggérait simplement d’écrire “les futurs époux et futures épouses“.

L’écriture inclusive, faut-il le rappeler, est une mesure défendue par les associations féministes progressistes. L’association #NousToutes préconise ainsi son utilisation “dans les ressources éducatives pour visibiliser les femmes, les filles et les minorités de genre” et estime que “le ‘neutre’ ne doit plus être représenté par le masculin”. 

Le RN contre les femmes étrangères

À la suite du passage dévastateur du cyclone Chido à Mayotte au début de l’année 2025, le gouvernement a concocté un projet de loi pour faire face aux difficultés du territoire. Un texte qui avait alarmé le Défenseur des droits, estimant que nombre de ses dispositions (restrictions majeures au droit au séjour des étrangers en particulier des parents d’enfants français, rétention administrative des mineurs, etc.) étaient “susceptibles de porter gravement atteinte aux droits fondamentaux des personnes”.

On a aussi vu, dans ce contexte, quelques amendements touchant à la condition des femmes mahoraises. Le RN a notamment déposé deux amendements révélant une posture anti-immigration assumée (des votes que nous n’avons pas pris en compte dans notre analyse quantitative, car ils ne concernent qu’indirectement les femmes) :

  • Le RN a défendu la suppression du droit du sol à Mayotte (législature 17 – vote n°2815) en pointant du doigt “les arrivées illégales de femmes enceintes dans le seul but de faire naître leur enfant en France et d’ouvrir par la suite un droit au séjour”.
  • Le parti a également proposé de préciser dans le texte de loi que le centre hospitalier de Mayotte était “engorgé et saturé en raison de l’immigration de masse” (législature 17 – vote n°2849). Dans l’exposé des motifs, les femmes étrangères sont à nouveau clairement visées : “La maternité de Mamoudzou illustre cette situation : bien qu’elle enregistre chaque année entre 7 000 et 8 000 accouchements (et jusqu’à 10 000 certaines années), elle ne dispose que de six salles d’accouchement, un chiffre dérisoire au regard des standards hexagonaux. Les chiffres sont sans appel : près de 70 % des accouchements concernent des mères étrangères, principalement originaires des Comores.”

Ajoutons à cela que le RN s’est dit d’accord pour supprimer les crédits aux programmes “Aide économique et financière au développement” et “Solidarité à l’égard des pays en développement”, de la mission Aide publique au développement – laquelle comprend tout un volet de lutte contre les inégalités de genre (législature 17 – vote n°3895). Difficile de ne pas y voir une hiérarchisation claire des femmes que le RN est prêt à soutenir ou non.

La stigmatisation dont font l’objet les femmes à Mayotte n’est pas sans rappeler celle qui vise les femmes voilées en France, le RN défendant l’interdiction du port du voile, cet “élément de soumission des femmes” depuis de longues annéesIl n’est bien sûr pas le seul à faire : que l’on se souvienne de la petite phrase de Bruno Retailleau, alors ministre de l’intérieur (LR), qui avait déclaré sur le ton de l’évidence en mars 2025 : “À bas le voile, bien sûr”. 

Le RN ne fait pas mieux au niveau européen

Notre analyse se limitant aux votes de l’Assemblée nationale, elle ne prend pas compte les comportements des eurodéputés RN. Leurs votes au Parlement européen auraient mérité une analyse à part entière. On se contentera ici d’un petit florilège non-exhaustif :

  • En mars 2023, le RN s’est abstenu sur la directive européenne “sur la transparence et l’égalité des rémunérations” visant à appliquer l’égalité salariale.
  • En juin 2023, les députés européens du RN se sont abstenus sur “la résolution sur MeToo et le harcèlement” visant à lutter contre les violences sexistes au sein des institutions de l’Union européenne.
  • Le même mois, ils se sont abstenus lors du vote sur la Convention du Conseil de l’Europe sur la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et la violence domestique, qui alloue des fonds européens pour combattre ces violences.
  • En avril 2024, ils se sont abstenus sur l’inclusion du droit à l’avortement dans la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne

“Les alliances du RN au Parlement sont aussi très révélatrices de leurs réelles convictions : le RN est rattaché au groupe Identité et Démocratie [jusqu’en 2024, ndlr], aux côtés de la Lega de Matteo Salvini, membre de la coalition gouvernementale italienne de Georgia Meloni [qui] fait tout pour contrecarrer le droit à l’avortement”, analyse Rachel Silvera. Depuis 2024, le parti de Jordan Bardella siège au sein des “Patriotes pour l’Europe” formé à l’initiative du Premier ministre hongrois Viktor Orbán, notoirement anti-IVG.

Conclusion : un “féminisme” d’extrême droite ?

Notre analyse le montre sans ambiguïté : le Rassemblement national est très, très loin d’être un parti féministe.

Sur de nombreux sujets, sa réticence à voir évoluer les droits des femmes est manifeste dans son comportement à l’Assemblée nationale, qu’il s’agisse de la constitutionnalisation du droit à l’IVG (qui divise ses rangs), de la contraception, de la parité ou de l’égalité salariale. Les seuls sujets que le parti d’extrême droite défend réellement sont ceux qui ont trait à la famille et à la natalité, valorisant la fonction maternelle chez les femmes. Des politiques qui, “sous une apparente neutralité, les enferment dans des logiques de reproduction au service de la nation”, analyse Léane Alestra dans son essai Les Vigilantes.

On retiendra aussi l’appropriation du RN de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles sous un prisme fémonationaliste, qui se présente comme un féminisme de droite ou d’extrême droite. Un tel féminisme, “ça n’existe pas”, soupire Emmanuelle, du collectif #NousToutes. “Mais c’est intéressant de voir cette réappropriation du terme ‘féministe’, qui a pendant longtemps été perçu très négativement.”

Plus qu’une “instrumentalisation” de la lutte pour les droits des femmes, la chercheuse Charlène Calderaro évoque une “appropriation” de ces thèmes de la part de l’extrême droite, qui s’en empare en les adaptant à son “agenda identitaire, nationaliste et anti-immigration”.  Résultat : “les féministes et les mouvements de gauche pour l’émancipation n’ont plus le monopole sur la définition et le cadrage de ce sujets.” Le risque ? Que le terme de “féminisme” ne rime plus seulement avec émancipation ou intersectionnalité, mais aussi, comme le souhaiterait Némésis, avec lutte contre l’immigration et promotion de la “civilisation européenne”.

Capture d’écran du site web de Némésis.

Signe des temps : le 30 janvier 2026, la revue d’extrême droite Boulevard Voltaire réunissait militantes identitaires, responsables politiques et éditorialistes pour parler de la “protection des femmes”. Parmi les invitées, rapporte Mediapart, Alice Cordier (Némésis), Sarah Knafo ou encore la vice-présidente du RN, Edwige Diaz. Cette dernière en a profité pour accuser les féministes “de gauche” de haïr les hommes et de faire preuve de complaisance avec l’islamisme, défendant ainsi un féminisme de l’“élégance”, de la famille et de l’ordre.

Que cette “élégance” affichée ne nous trompe pas : comme le rappelait très justement Mediapart en juin 2024, en cas de victoire, les leaders du RN ne se priveraient de couper les subventions versées aux associations féministes (qui se voient d’ores et déjà attaquées, à l’instar du Planning familial).

C’est aussi cela qui se joue dans les prochaines élections, des municipales 2026 aux élections présidentielles de 2027. Par-delà les discours et les éléments de langage, les électeurs  – et encore plus les électrices, sur les sujet des droits des femmes – méritent de savoir à quoi s’en tenir. Il en va de la santé de notre démocratie.

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Auteur
Sophie Kloetzli
Spécialisée sur l’écologie, elle a travaillé depuis 2018 pour plusieurs médias engagés sur ces thématiques. Elle a aussi couvert des sujets scientifiques et chroniqué la numérisation du monde sous un angle technocritique.

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