LE MESSAGE DE LA COUR SUPREME A DONALD TRUMP

La Cour Supreme des Etats-Unis a condamné l’usage par Trump d’une loi sur l’état d’urgence économique internationale (IEEP) pour imposer à sa guise des droits de douane, et utiliser ceux-ci comme carrote ou comme bâton dans ses relations avec d’autres États. Par 6 contre 3, les juges de la Cour ont confirmé que cette matière est du ressort du Congrès US.
Trump à immédiatement signé un décret imposant des droits de douane de 10% – puis 15% – pour toute importation (NB: avec des exemptions notamment pour ses amis de la Tech!), en se basant sur une autre loi. Il tente ainsi de sauver la face, mais c’est un pis-aller: son décret n’a qu’une validité de 150 jours, après quoi la question sera soumise au Congrès.
La décision de la Cour est une lourde défaite pour Trump, d’autant que 6 des 9 juges sont des conservateurs endurcis. Dans une conférence de presse improvisée, le Président a étalé son ressentiment, accusant les juges d’être deloyaux, de trahir la constitution, d’etre des petits chiens, de manquer de courage et d’être sous influence étrangère… Rien que ça !
Cette affaire jette la lumière sur ce qui peut se passer dans la classe dominante. La bourse a remonté et la Chambre de commerce des USA, une des organisations les plus puissantes du capitalisme US, à salué la décision de la Cour. Avec d’autres, elle demande maintenant le remboursement des droits de douane payés depuis 10 mois (au moins 130 milliards de dollars)… confirmant ainsi ce que tout le monde sait: ces droits sont évidemment à charge de l’économie US (donc in fine des consommateurs), pas du reste du monde (comme l’affirme Trump).
Il y a un paradoxe. D’un côté, la Cour a soutenu Trump dans plusieurs affaires clé. Elle lui a notamment assuré l’immunité, en général et en particulier pour sa tentative de coup d’état (janvier 2021, assaut du Capitole). De l’autre, elle retire des mains du President- despote l’arme que lui-même considère comme decisive dans sa politique économique imperialiste.
Contradiction? Non, le message semble clair: les sommets de la classe dominante US soutiennent la mise en place d’un régime autoritaire, mais pas celle d’une kleptocratie erratique qui, par ses agissements en zig-zag, ses turpitudes et ses provocations idéologiques fascisantes, risque de decredibiliser le système de domination politique basé sur les deux partis bourgeois (Democrates et Republicains).
La côte de confiance en Trump est au plus bas dans les sondages (35% d’avis favorables). Une majorité des sondés désapprouve même la politique migratoire. Un mouvement de masse débordant les démocrates a obligé le regime à retirer les bandes fascistes de ICE du Minnesota. La croissance est quasi-nulle si on retire du PNB les investissements dans l’IA, et l’inflation reste élevée. La volonté de Trump de dereguler complètement l’IA se heurte à l’opposition d’une majorité de la population, dans les bases des deux partis et chez les indépendants. Sa politique militariste à l’exterieur est désapprouvee. Son instrumentalisation du ministère de la justice ne passe plus. Sans oublier l’affaire Epstein: selon des élus qui ont consulté les fichiers non caviardes, publies au compte-gouttes et sans respect pour les victimes le nom de Trump y apparaît… plus d’un million de fois!
Tout cela se traduit en défaites électorales successives pour les Republicains, avec souvent émergence d’élus démocrates issus de la gauche, se disant socialistes (comme Mamdani à New York). Les midterms approchent et de plus en plus d’élus republicains, craignant de perdre leur siege, pensent que critiquer Trump est le meilleur moyen de le garder. C’est dans ce contexte que la Cour supreme à la botte de Trump à décidé de porter un coup majeur au President. Pas pour defendre la constitution et la democratie, mais pour defendre les interets bien compris du capitalisme: un.pouvoir fort sans outrances inutiles et dans l’intérêt de tous les capitalistes, pas d’une clique. Et voilà comment la classe dirigeante dirige, quand elle dirige.