François Alfonsi (Officiel)Syrie/Rojava
Le peuple kurde trahi
Depuis que le régime issu des rangs des mouvements islamistes syriens a pris le pouvoir à Damas avec le soutien actif de la Turquie, il était écrit que les Kurdes de Syrie, pris en étau entre la frontière turque et les forces armées gouvernementales syriennes, seraient un jour ou l’autre attaquées et acculées.
Depuis un mois, ils subissent un assaut auquel il leur est très difficile de résister, alors que les occidentaux, dont ils ont été les alliés indispensables dans la lutte contre l’Etat Islamiste, les ont abandonnés sans remords. Ahmed Al Charaa et le nouveau pouvoir de Damas ont le champ libre pour écraser la démocratie avancée que les Kurdes ont établi ces dix dernières années dans le Nord Est de l’Etat syrien, dans leur pays appelé Rojava.
Le Rojava s’étire sur 800 km à la frontière sud de la Turquie en reliant des zones de peuplement kurde majoritaire depuis l’est (province de Qamishli) à l’ouest (Afrin) et au centre (Kobané). Entre ces zones le territoire couvre des zones moins peuplées dont les habitants sont majoritairement arabes, des tribus avec lesquelles l’Etat-major kurde a appliqué une politique ouverte, les intégrant dans les « Forces Démocratiques de Syrie » qui administrent le territoire en donnant à chaque groupe de population (arabes, chaldéens, chrétiens, yézidis, etc..) une place reconnue dans les instances de gouvernement.
Cette société plurielle a pu ainsi construire un espace démocratique autour de valeurs de tolérance et de progrès, incluant le droit des femmes remarquablement mis en avant, et le territoire administré par « l’Administration du Nord et de l’Est de la Syrie » est ainsi devenu une référence pour construire un Moyen Orient démocratique débarrassé de l’intégrisme islamiste.
La Turquie a toujours été le principal ennemi de ce territoire kurde libéré. Il représente un danger pour elle, car il réveille la revendication qui s’exprime depuis toujours en Turquie même où vivent 10 millions de Kurdes qui veulent eux aussi leur autonomie.
Erdogan n’a eu de cesse que de bombarder les forces militaires kurdes du Rojava, y compris quand elles combattaient à Kobané en 2015 pour infliger une première défaite à l’Etat Islamiste. La pression internationale l’a alors fait reculer, mais, depuis dix ans il n’a cessé de multiplier les agressions contre les autorités kurdes du Rojava.
Dans un premier temps, en 2018, les forces islamistes syriennes les plus radicales, dont l’actuel Président syrien faisait partie, concentrées dans le Nord-Ouest de la Syrie autour d’Alep, ont attaqué, avec l’aide directe de l’armée turque, le territoire kurde le plus à l’Ouest du Rojava, la région d’Afrin. Les Kurdes y ont été persécutés et un très grand nombre ont dû quitter le territoire. Une deuxième offensive a ensuite été menée en 2019 directement par l’armée turque qui a envahi un important territoire frontalier sur 30 km de profondeur, visant ainsi à isoler la ville kurde de Kobané du reste du territoire du Rojava.
Beaucoup des kurdes chassés d’Afrin se sont réfugiés à Alep, la grande ville du nord de la Syrie, où ils se sont regroupés dans des « quartiers kurdes » auto-administrés, restés en lien avec les autorités des Forces Démocratiques Syriennes dirigées par les Kurdes.
C’est l’assaut contre ces populations kurdes établies à Alep qui a été la première agression programmée par Damas. Très vite, le constat a été là que les soutiens jusque-là alliés des Kurdes, à commencer par l’Amérique de Donald Trump, avaient fait volte-face et donné carte blanche à Damas pour anéantir l’organisation kurde autonome dans les provinces du Nord et du Nord-Est de la Syrie. L’offensive s’est prolongée dans la « zone tampon » que les forces armées du Rojava avaient conquis lors de la guerre contre Daesh, notamment sur la rive droite, c’est-à-dire à l’ouest, du fleuve Euphrate qui partage la Syrie en deux.
Pourtant, avant que ces assauts ne soient lancés, les autorités Kurdes avaient noué des négociations avec le nouveau pouvoir de Damas, et des accords avaient même été signés. Ils ont été brutalement dénoncés par Damas, et, désormais, ce sont les villes kurdes proprement dites qui sont les cibles de l’armée syrienne. Première cité attaquée : la très symbolique ville de Kobané où la résistance des troupes kurdes avait infligé une première et décisive défaite à l’Etat Islamiste, sous les yeux et les caméras du monde entier, malgré l’action trouble de la Turquie dont Kobané est immédiatement frontalière.
Agressés désormais dans le cœur de leurs territoires historiques, les Kurdes, dont l’armée a acquis une réputation certaine, ne vont pas cette fois accepter de reculer. Les affrontements qui s’annoncent seront certainement meurtriers pour Damas également, mais l’armée syrienne sait pouvoir compter sur l’appui de l’armée turque, notamment son aviation qui était neutralisée en partie par les bases américaines quand les USA soutenaient encore le Rojava.
La trahison de l’état-major américain à la demande de Donald Trump met donc la résistance kurde en position difficile. Mais leur esprit combattant est tel qu’ils représentent un réel danger pour Damas. Retranchés sur leur terrain désormais, ils sauront se battre avec la plus grande énergie.
Dans ce contexte, le soutien et la solidarité internationale sont de la plus grande importance. Chacun doit se mobiliser pour soutenir la cause du peuple kurde.
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