Lundimatin #507 | 2 février

#507 | 2 février
Faire naître, ce que le capitalisme fait à la maternité
Un lundisoir avec Clélia Gasquet-Blanchard

La maternité, cette expérience singulière qui consiste à « faire naître », occupe une place gigantesque dans la vie des femmes (et même aussi un peu des hommes). La maternité, en tant que lieu et institution qui accueille, sécurise, réglemente et organise les naissances, a parallèlement toujours été l’objet d’enjeux politiques et gouvernementaux. Pourtant et étrangement, nous pensons très peu politiquement­ la maternité, que ce soit l’évènement qui marque une vie en en mettant une autre au monde ou l’institution qui calibre pour toutes la manière dont cela doit se passer. C’est ce que propose de faire Clélia Gasquet-Blanchard dans Faire naître, ce que le capitalisme fait à la maternité qui vient de paraître aux éditions La Fabrique.

Des mensonges que vous entendrez
Minneapolis : ICE, la contre-insurrection et le spectre de la guerre civile
Phil A. Neel

Ces dernières semaines, Minneapolis est devenu l’épicentre de la résistance à l’ICE et plus généralement au gouvernement Trump. S’y opposent une brutalité policière en roue libre et des réseaux de solidarité de voisinages qui s’organisent pour saboter les opérations des agents fédéraux. Dans cet article [1], Phil A. Neel revient sur les évènements en cours et propose une analyse de tous les mensonges qui ont été, sont et seront proférés pour étouffer le potentiel révolutionnaire de la résistance en cours : « Si vous êtes ici légalement vous n’avez rien à craindre », « Laissez les institutions s’occuper de la justice », « Votez pour changer les choses », « La résistance est l’excuse dont Trump a besoin », « Les violences sont le fait d’agents infiltrés ». En démontant chacun de ces mensonges, Neel montre comment cette même rhétorique contre-insurrectionnelle avait déjà été mobilisée pour contenir et mater les émeutes après la mort de George Floyd qui avaient débuté dans cette même ville en 2020. Il raconte ainsi la racialisation et la répression boostées à l’I.A. telles qu’elles opèrent sous Trump, tout en rappelant que ces tendances ont été initiées sous des gouvernements « Démocrates ». Neel propose également de penser les horizons qui se dessinent depuis les luttes en cours et la manière dont le spectre de la guerre civile refait surface.

L’écocide capitaliste
Entretien avec Alain Bihr

Professeur honoraire de sociologie, auteur de nombreux ouvrages dont Le premier âge du capitalisme (Page 2 et Syllepse, 2018-2019) qui a déjà fait l’objet d’une recension dans lundimatin, Alain Bihr présente ici son dernier ouvrage, L’écocide capitaliste, à paraître dans les prochains jours chez les mêmes éditeurs. Cet ouvrage se compose de trois tomes réunis en un même coffret. Son enjeu est d’élucider l’antagonisme entre capitalisme et écologie.

Je ne peux pas raconter ce que j’écris
(3 phrases)
Emmanuel Thomazo

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Les oiseaux chantent, je pénètre dans mon pavillon d’écriture, une vieille grange branlante planquée au fond d’un champ envahi par les herbes folles, je m’affale dans le fauteuil, un fauteuil roulant, la table de ping-pong vermoulue est constellée de chiures de pigeons, je regarde une momie noire peinte au fond d’une antique armoire délabrée, une momie noire aux bracelets d’or, main gauche enveloppant le sexe, main droite posée sur le cœur, une momie noire à la tête séparée du corps par une force non humaine, nous nous regardons, nous jouons au ping-pong avec le silence, jamais un mot de trop entre la mort et moi, je pivote en fauteuil roulant pour m’emparer d’une planche de noyer sur laquelle est clouée mon increvable Remington, je pose l’assemblage en équilibre sur les accoudoirs, demi-tour, je prends la rame de papier traînant sur la table de ping-pong, j’introduis une feuille vierge dans le chariot de la machine à écrire, je passe à mes doigts deux poings américains directement reliés par des câbles d’acier aux pignons qui entraînent les roues du fauteuil, je commence à écrire, le mouvement de mes doigts enfonçant les touches de la machine à écrire se communique aux roues du fauteuil qui m’emporte sur les chemins du monde, j’écris, j’écris avec tout l’éventail des mots, je fabrique des phrases, des phrases qui disent quelque chose, des phrases qui ne disent rien, peu importe, des phrases, il me faut des phrases, des phrases pour vivre aimer mourir, je sème mes feuilles noircies à tous les vents, j’écris, je ne peux pas raconter ce que j’écris, je passe partout, je suis à Hambourg, je suis à Johannesburg, je suis à Cherbourg, les mouettes ricanent.
STopMicro : 1 / Life.augmented : 0
« Ils veulent s’agrandir, on les fait reculer »

Créé il y a trois ans à l’occasion de l’annonce du plus grand projet industriel français hors nucléaire – l’agrandissement de deux usines de puces électroniques près de Grenoble, qui ont l’autorisation de consommer 274 litres d’eau par seconde –, le collectif STopMicro est engagé dans un combat contre l’accaparement des ressources par les industriels de l’électronique et la « vie augmentée » qu’ils promeuvent.
Ce combat se focalise ces derniers temps contre la destruction de 11 hectares de terres agricoles par l’industriel Soitec (Voir cet article).
Le collectif vient de remporter une victoire d’étape, et invite à venir la célébrer en sabrant le champagne le 7 février.

Vers une société des devenirs :
penser la neurodiversité au-delà de l’inclusion
Régis Cortesero

Comme nous l’avons déjà évoqué à l’occasion de notre émission sur la Mad Pride, la manière dominante de se rapporter à la « folie » consiste à vouloir l’inclure dans la norme, ou du moins de la gérer pour qu’elle n’entrave pas trop la normalité des autres. Cela vaut pour les plans gouvernementaux, la santé mentale comme grande cause nationale, autant que pour son pendant « de gauche » qui se veut plus insistant sur l’inclusion. Suivant les travaux de Deleuze et Guattari, Régis Cortesero propose de renverser le problème : la neurodiversité ne doit pas être écrasée dans l’inclusion mais permettre, au contraire, le déploiement de mondes et de formes de vie inédits.

NO TITLE AS OF 2 FEBRUARY 2026 ………… DEAD
Ghassan Salhab

Dans chaque image, je cherche un visage, même quand il ne reste plus rien, pas même un bout de brique, pas même une branche, pas même un fémur. Chaque nuage en vain, chaque étoile, même à grimper au plus haut du Mont Hermon, même à crier à plein poumons. Chaque foutue rime vidant encore plus la précédente, chaque foutu rouage qui persiste on ne sait plus comment. Chaque partage malgré tout, chaque jour, chaque nuit, chaque foutu instant. Chaque rumeur, chaque couleur, chaque cartilage, chaque témoignage, chaque goutte, même à ne plus pouvoir distinguer. Chaque rivage, chaque paysage, chaque lambeau, chaque rêve, ce peu, ce rien, ces cendres. Chacun d’entre vous, chacun d’entre nous. Ceux qui encore.

Exocapitalism et le Romantisme de l’Autonomie
Une critique généalogique et systémique du mensonge romantique de l’économie post-humaine
Claire (Quassine) Cical

Dans cet article , Claire (Quassine) Cical propose une critique généalogique et systémique de l’ouvrage Exocapitalism : Economies with Absolutely No Limits de Marek Poliks et Roberto Alonso Trillo, et de la thèse selon laquelle le capitalisme contemporain serait ontologiquement autonome à l’égard de toute médiation humaine. Contre cette hypothèse, l’autrice montre qu’il s’agit en réalité de l’expression terminale d’un long processus d’abstraction réelle, au cours duquel la médiation est progressivement formalisée, déplacée et rendue invisible plutôt qu’abolie. En mobilisant les travaux de Jacques Ellul, Jacques Camatte, Giorgio Cesarano et la Théorie Minimale du Processus d’Abstraction, l’analyse situe le capital comme un milieu total qui demeure structurellement dépendant de la médiation humaine tout en niant son origine. L’article mobilise ensuite le concept girardien de mensonge romantique afin de montrer que l’exocapitalisme fonctionne comme un mythe moderne de l’autonomie, attribuant au système lui-même désir, agentivité et inévitabilité, et dissolvant ainsi la responsabilité politique.

Chronique de l’effroi
« Le conflit russo-ukrainien partage pourtant et au moins deux traits avec la guerre d’Espagne de 1936 »
Pablo Durán

Après avoir lu une tribune de l’écrivain Javier Cercas paru dans Le Monde et qui interrogeait la proximité entre la guerre en Ukraine et la révolution espagnole de 1936, Pablo Durán prolonge cette réflexion. Qu’annonce l’effondrement des démocraties parlementaires bourgeoises ? Et si le spectre qui hante les élites bourgeoises en phase de fascisation et dont il s’agit de se débarrasser était celui de la révolution française ?

Entre rave et réalité
[Mayday Podcast]

A l’origine de ce documentaire radiophonique, une exposition organisée en 2025 à la bibliothèque de la Part-Dieu à Lyon : « Entre rave et réalité, les musiques électroniques à Lyon dans les années 90 ». Une exposition où il est beaucoup question de musiques et de fêtes, une idée que l’on a voulu transposer à la radio. On vous propose donc un peu plus d’une heure d’émission avec deux des commissaires de l’exposition mais aussi avec beaucoup de voix qui ont contribué dans les années 90 à faire de Lyon une place forte des musiques électroniques en même temps que le laboratoire répressif qui les visait.

Quatre nouveaux livres aux éditions lundimatin
Loading rooms – Justine Lextrait
La fabrique de l’enfance – Sébastien Charbonnier
La Société réticulaire – Ian Alan Paul
Dix sports pour trouver l’ouverture – Fred Bozz

En plus de nos éditions en ligne hebdomadaires et de la revue papier, lundimatin publie désormais des livres disponibles dans toutes les bonnes librairies et en ligne sur cette page.