Des enseignant·es d’école primaire ont découvert dans leur casier un « livret pédagogique » promouvant l’armée, financé par le milliardaire d’extrême-droite Édouard Stérin et des industriels de l’armement. Un nouvel exemple de propagande militariste, qui illustre une nouvelle fois qui sont les vrais bénéficiaires de la guerre.
10 février
Glorifier l’« esprit martial », la mort « pour la patrie » et faire la promotion des métiers de l’armée dès l’âge de 4 ans !
Sous couvert « d’éducation à la citoyenneté », le livret, destiné aux enfants de « 4 à 15 ans » est un cas d’école de propagande militariste à destination des enfants.
De la prise d’armes décrite comme un moment « impressionnant et beau », à la cérémonie de commémoration, qui « nous rappel[le] que notre pays, la France, est une patrie riche et forte de son histoire », les enfants sont invités à s’émerveiller sur l’armée, sur sa discipline et son décorum, et sur la beauté du sacrifice « pour la patrie ».
Les enfants sont invités à rejoindre les rangs, que ce soit en « fais[ant] comme les militaires : mets-toi debout quand ils sont au garde-à-vous ! », ou en le devenant eux-mêmes. Le livret fait la promotion des différents métiers de l’armée (« Papa, si je voulais être militaire comme toi et m’engager au service de la France, je pourrais être marin ? »), mais aussi – clin d’œil à ses promoteurs – du matériel militaire « moderne et efficace » des armées françaises.
Un livret pour préparer la chair à canon de demain financé par l’extrême-droite et l’industrie de l’armement
Réalisé par l’association Solidarité Défense, qui vise à resserrer les liens entre la société civile et les armées, le livret cite au premier rang de ses soutiens le Fonds du bien commun. Créé par le milliardaire Édouard Stérin, ce fond « philanthropique » s’inscrit dans la stratégie globale de son fondateur pour « la victoire idéologique, la victoire électorale et la victoire politique » de l’extrême-droite. Il finance, entre autres, des colonies de vacances paramilitaires et ultra-religieuses, des spectacles historiques révisionnistes, des écoles privées traditionnalistes et des associations de propagande anti-IVG.
Autre indice de l’orientation idéologique du livret, on compte, parmi ses soutiens les principaux industriels français de l’armement, au premier rang desquels MBDA, leader européen des missiles et systèmes de missiles, mais aussi Arquus, premier fournisseur en « véhicules terrestres » de l’armée française, Naval Group, leader européen du « naval de défense », et TechnicAtome, spécialiste en « installations nucléaires de Défense ». En effet, quoi de mieux, pour faire fructifier le marché que de convaincre dès l’enfance de la nécessité de fabriquer des missiles ?
Pas un coup d’essai au sein de l’Education nationale
Ce n’est pas la première fois que l’armée s’infiltre dans les écoles. Si, ici, c’est la mairie qui a fait distribuer le livret, l’Education nationale est aujourd’hui l’un des principaux relais de la militarisation : multiplication des Classes Défense, qui visent à créer des partenariats entre des classes et des corps d’armée, organisation de formations des enseignant·es par des militaires, ou promotion des métiers de l’armée dès l’école primaire… La liste est de plus en plus longue.
Les enseignant·es de Courbevoie ne sont pas les seuls à avoir reçu le livret financé par Stérin, MBDA et Cie, dont certaines pages académiques font directement la promotion auprès des personnels. C’est notamment le cas dans l’académie de Rennes, ou encore dans l’académie de Créteil. La DSDEN 77 propose ainsi de « mobiliser les jeunes autour de la mémoire et des commémoration » à l’aide de ce livret – pour rappel, le recteur de cette académie est lui-même un spécialiste des questions militaires et de l’élaboration d’un « sentiment national ».
A Courbevoie, les enseignant·es s’indignent, le livret est retiré des casiers
A Courbevoie, un enseignant témoigne : « on a trouvé ça scandaleux, on s’est demandé d’où ça venait. » Alors qu’aucun·e enseignant·e n’a souhaité utiliser le livret, d’autres ont contacté la direction de l’école pour obtenir de plus amples informations sur sa provenance. Quelques jours plus tard, celui-ci a disparu des casiers, sans que ne soit éclaircies les raisons de cette disparition.
Face aux tentatives pour convaincre la jeunesse de devenir la chair à canon de demain, les personnels et les organisations syndicales de l’éducation ont en effet un rôle central à jouer. Alors que le ministre des affaires étrangères déclarait en mars dernier que « le réarmement des esprits commence à l’école », nous devons refuser d’être la courroie de transmission des politiques militaristes portée par le gouvernement et relayées par l’institution scolaire. Renouant avec le « bourrage de crâne » destiné aux enfants, le livret « Ma première cérémonie militaire » a en effet le mérite de montrer qui sont les véritables bénéficiaires de la guerre : les milliardaires, les industriels de l’armement, la droite, l’extrême-droite et les gouvernements qui les soutiennent.
