Mort de Quentin Deranque : neuf interpellations, dont l’assistant parlementaire de Raphaël Arnault
Neuf personnes ont été interpellées dans le cadre de l’enquête ouverte après la mort du militant néofasciste, dont le collaborateur insoumis Jacques-Elie Favrot. À ce stade, il n’est pas possible d’indiquer le degré d’implication de chaque personne dans les faits reprochés.
L’assistant parlementaire du député insoumis Raphaël Arnault, Jacques-Elie Favrot, ainsi que huit autres personnes ont été interpellés mardi 17 février dans le cadre de l’enquête autour de la mort de Quentin Deranque, a fait savoir le procureur de Lyon, Thierry Dran, à l’Agence France-Presse (AFP).
À ce stade, on ne connaît pas le degré exact d’implication de ces personnes dans les événements qui ont précédé et mené au décès du militant d’extrême droite de 23 ans, jeudi 12 février en début de soirée. Quelques heures après l’annonce de ces interpellations, Raphaël Arnault a indiqué sur X avoir mis fin, dès lundi, au contrat de son collaborateur. « À l’enquête désormais de déterminer les responsabilités », écrit l’élu du Vaucluse.
L’enquête ouverte par le parquet de Lyon couvre les chefs d’homicide volontaire, violences aggravées par trois circonstances (réunion, visages masqués et port d’armes, ici « par destination ») et association de malfaiteurs en vue de commettre un délit. Il s’agit donc d’infractions différentes avec divers degrés de gravité.

Mediapart avait révélé dimanche la présence sur les lieux de Jacques-Elie Favrot, sans pour autant pouvoir indiquer si l’assistant de Raphaël Arnault était mêlé à des affrontements violents, ni s’il avait porté des coups.
Si son avocat Bertrand Sayn n’a souhaité « ni confirmer ni infirmer sa présence sur place », il a jusqu’ici « démenti formellement » toute implication dans la mort de Quentin Deranque. Contacté mardi soir, Bertrand Sayn n’a pas répondu à notre appel.
La Jeune Garde mise en cause
Il est désormais établi que jeudi en fin d’après-midi, à Lyon, deux scènes ont eu lieu en parallèle. La première, devant les locaux de Sciences Po, concerne une poignée de militantes fémonationalistes de Némésis, protestant contre la venue de la députée insoumise Rima Hassan.
La deuxième, quasiment au même moment et à 400 mètres de là, lorsqu’un groupe de militants d’extrême droite venus assurer la sécurité de Némésis commence à échanger des coups avec un groupe d’une quinzaine d’individus qui semblent proches des mouvances antifascistes.
Des nouvelles vidéos diffusées par BFMTV et Le Canard enchaîné corroborent les informations de Mediapart recueillies sur place attestant que des coups de poing et de pied sont alors échangés mutuellement. Les images montrent que les militants d’extrême droite font usage d’une béquille métallique, d’un parapluie et d’un casque de moto pour frapper leurs adversaires et qu’un fumigène est lancé en direction du groupe adverse. L’homme équipé de la béquille pulvérise également une bombe lacrymogène sur les antifascistes.
Après ces affrontements, une majorité des militants d’extrême droite réussit à fuir, mais trois membres sont violemment passés à tabac. Parmi ces trois victimes, Quentin Deranque, a été « jeté au sol puis frappé à de très nombreuses reprises », par au moins « six individus », selon le procureur de Lyon, lui causant des blessures à la tête trop graves pour qu’il puisse y survivre.
Mardi dans la journée, Le Progrès a également révélé que six suspects – cinq hommes et une femme – ont été identifiés et seraient tous membres de la Jeune Garde, sans dévoiler leur identité ni leur potentielle implication dans les faits.
Ce groupe antifasciste cofondé par Raphaël Arnault a été dissous en juin 2025, accusé par le ministère de l’intérieur de diverses activités violentes ou incitant à la violence envers des groupes identitaires, fascistes ou néonazis. Un recours est toujours pendant devant le Conseil d’État, mais n’a pas pour effet de suspendre cette dissolution.
Cela signifie que si la présence d’ex-militants du groupe antifasciste lors des violences ayant conduit à la mort de Quentin Deranque est avérée, ceux-ci pourraient également être visés par une procédure pour reconstitution de ligue dissoute. Cette infraction, inscrite à l’article L431-15 du Code pénal, punit par trois ans de prison et 45 000 euros d’amende le fait « de participer au maintien ou à la reconstitution, ouverte ou déguisée, d’une association ou d’un groupement dissous ».