« Revenons aux faits : Quentin Deranque a été victime de coups violents dans des circonstances qui ne font pas encore consensus. Il était d’abord question d’un lynchage quasi gratuit, on parle désormais d’une rixe entre deux groupes, et il est désormais de plus en plus clair qu’il faisait partie d’un groupe fasciste accompagnant le collectif d’extrême droite Némésis qui, lui, se rendait à une conférence où intervenait l’eurodéputée insoumise Rima Hassan, pour la perturber. Perturber cette conférence était bien l’objectif du collectif Némésis, dont la parole a été, dans les premiers jours qui ont suivi la mort de Deranque, la quasi unique source des médias français et de la classe politique pour associer la France Insoumise au drame. Désormais, grâce au journal l’Humanité, on sait que le collectif Némésis organisait sciemment des guets-apens contre les antifascistes. Le journal a dévoilé un échange entre le leader du groupuscule fasciste Audace Lyon et une responsable du collectif d’extrême droite Némésis pour organiser un piège visant des militants de gauche. Ces récents éléments attestent de méthodes déjà employées par ces groupes.
À ce stade, rien ne permet d’affirmer qu’un tel scénario s’est reproduit le 14 février, mais ils invitent au minimum à ne pas écarter d’emblée la responsabilité ou la stratégie des organisations d’extrême droite dans la séquence qui a conduit à la mort de Quentin Deranque. Le collectif Némésis et ses alliés auraient créé le contexte dans lequel le drame s’est produit : cette hypothèse n’a jamais effleuré les grands médias français et la classe politique qui ont tourné en boucle autour de la violence des antifas, attisée par la France Insoumise, pour servir leur narratif. L’arrestation d’un assistant parlementaire LFI suffit pour condamner le parti politique, et jamais la responsabilité de l’extrême droite n’a été sérieusement interrogée depuis la mort de Deranque. Le fait que la marche d’hommage au jeune militant fasciste ait été ponctuée de saluts nazis n’a pas fait reculer la classe politique et n’a pas tourné en boucle dans les médias mainstream. Le fait que la même semaine un militant RN ait tiré sur la police, se soit retranché chez lui avec un arsenal d’armes, avant d’être maîtrisé par une intervention du RAID non plus. Le fait qu’aient enfin été interpellés trois militants militants fascistes auteurs d’une descente violente dans un bar d’Alès et le tabassage des sympathisants communistes qui s’y trouvaient, en mai dernier, non plus. Rien ne semble pouvoir enrayer le narratif dominant.
De nombreuses zones d’ombres subsistent autour de la mort de Deranque, mais il est très clair que la vérité n’intéresse pas une classe politique et médiatique qui a choisi sa version et qui, de la gauche modérée au RN en passant par les macronistes, a des intérêts existentiels à dégommer la France Insoumise et à légitimer l’extrême droite.
Ces intérêts n’ont pas tous la même origine : le RN peut évidemment exulter d’un tel évènement et ses leaders n’ont même pas besoin de parler car le reste du monde politique travaille pour eux. Les macronistes ont absolument besoin de rendre l’extrême droite fréquentable car la survie d’un parti bourgeois en France dépend électoralement de sa capacité à s’allier avec l’extrême droite, ce que Macron avait bien compris en 2024. Le “barrage républicain” s’est mis en place malgré lui et on sait désormais qu’il a tout fait pour le saboter, en vain. La mort de Quentin Deranque permet aux macronistes de s’assurer qu’une telle déconvenue ne se reproduise pas. La gauche modérée a quant à elle besoin de voir la France Insoumise décliner pour exister. François Ruffin, que l’on pourrait sacrer roi des opportunistes, a été l’un des premiers à déplorer la mort du militant fasciste et à s’élever contre la violence des antifascistes. Lui qui répondait à Assa Traoré que se prononcer sur la mort de son frère nécessitait une enquête, n’a pas attendu d’en savoir plus sur les circonstances du drame avant de s’exprimer.
En Belgique, l’agité leader du Mouvement Réformateur (MR, droite), Georges-Louis Bouchez, s’est lui aussi saisi de l’affaire Deranque pour imaginer la mise au pas de la gauche belge : “Aujourd’hui, nous avons une gauche totalement hors de contrôle. Certains n’arrêtent pas de pointer l’extrême droite, mais pendant qu’ils agitent ce péril imaginaire, le seul groupe régulièrement violent dans notre société, c’est l’extrême-gauche”. Pas de demande de précision de la part de son intervieweur du média DH. On voit bien l’opération : pour salir la gauche, il faut blanchir l’extrême-droite, dont la violence devient un “péril imaginaire” alors que la violence et l’exclusion sont intrinsèquement revendiquées par l’extrême droite. Par plus tard qu’en mai derniers, des hooligans d’extrême-droite se sont rendus dans les quartiers populaires de Bruxelles, en marge de la finale de la Coupe de Belgique de football et ont procédé à des tabassages, ont dévasté des commerces aux cris de « Rentrez dans votre pays », « On va vous tuer » et « Non au voile ». Le hooliganisme de l’extrême droite flamande arbore régulièrement des symboles nazis et commet des violences mais elles seraient donc “imaginaires” pour Georges Louis-Bouchez, qui a préféré sauter sur l’affaire Deranque et, comme ses homologues français, attribuer la responsabilité des “violences d’extrême gauche” au Parti du Travail de Belgique (PTB, gauche radicale). »
