1. L’offensive conjointe américano-israélienne contre l’Iran, qui a débuté aux premières heures du 28 février, constitue un acte de guerre criminel perpétré en violation flagrante de la Constitution des États-Unis et du droit international. Son premier acte a consisté à assassiner le chef d’État iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, et d’autres hauts responsables gouvernementaux. Cette attaque n’a pas la moindre justification légale. Aucune autorisation n’a été demandée ni accordée par le Congrès des États-Unis, comme l’exige l’article I, section 8 de la Constitution. Aucune résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies n’a autorisé le recours à la force. L’offensive a été lancée alors que les négociateurs américains et iraniens étaient encore engagés dans des pourparlers sous l’égide d’Oman, qui s’étaient conclus deux jours plus tôt à Genève. L’attaque de l’Iran correspond précisément à ce qui a été qualifié lors des procès faits en 1945-1946 à Nuremberg aux dirigeants nazis de « crime contre la paix » – le « crime international suprême qui ne diffère des autres crimes de guerre qu’en ce qu’il renferme en lui le mal accumulé de l’ensemble ».
2. La guerre a débuté deux semaines seulement après que le secrétaire d’État Marco Rubio a profité de la Conférence de Munich sur la sécurité, le 14 février 2026, pour présenter un programme de prédation et de domination comme une mission civilisationnelle. Il exhortait l’Europe à se défaire de sa « culpabilité et de sa honte » vis-à-vis des empires et déplorait ouvertement le déclin des « grands empires occidentaux », c’est-à-dire de l’ordre colonial même, bâti sur le pillage, la répression et les massacres. À cette rhétorique de nostalgie impériale ont succédé les actes concrets: missiles de croisière, frappes aériennes et bombardements de villes iraniennes, confirmant que le discours sur la « civilisation » n’est que le prétexte mensonger habituel pour la barbarie.
3. Le bombardement de l’Iran est un crime – contre un peuple et contre la civilisation. Lorsque des frappes s’abattent sur des villes comme Qom et Ispahan, la cible n’est pas seulement l’«infrastructure », mais le patrimoine intellectuel, culturel et social d’une société historique. Réduire une nation de 90 millions d’habitants à des coordonnées et à des slogans de «changement de régime » est le langage de la barbarie impérialiste. Aux États-Unis et dans le monde entier, les travailleurs doivent s’opposer à cet assaut, exiger la fin immédiate des attaques et rejeter la normalisation des massacres et de l’anéantissement culturel comme instruments de la politique.
4. Il est largement admis, même dans les médias capitalistes, que les États-Unis ne faisaient face à aucune menace de la part de l’Iran. En effet, Trump lui-même, après la guerre des Douze Jours de juin 2025 – au cours de laquelle les États-Unis ont frappé trois installations nucléaires iraniennes avec les munitions conventionnelles les plus puissantes de leur arsenal – a déclaré que la capacité nucléaire iranienne avait été « anéantie ». Il a réitéré cette affirmation lors de son discours sur l’état de l’Union, le 24 février 2026. Son assertion, quatre jours plus tard, que l’Iran représentait une « menace imminente » pour les États-Unis a été directement contredite par une évaluation de 2025 de la Defense Intelligence Agency, qui concluait que l’Iran était encore à des années, voire une décennie, de développer une capacité de missiles intercontinentaux. Deux sources du renseignement ont déclaré à CNN que l’affirmation de Trump n’était étayée par aucun renseignement. Même le représentant Jim Himes, membre démocrate le plus haut placé de la Commission du renseignement de la Chambre des représentants, a déclaré après avoir été informé : « Nous n’avons entendu aucune raison valable justifiant le lancement d’une nouvelle guerre au Moyen-Orient. »
5. Le Comité international de la Quatrième Internationale (CIQI) a averti à maintes reprises qu’une telle attaque était imminente. Le 19 février, neuf jours seulement avant l’assaut, le CIQI déclarait: « Les objectifs de l’impérialisme américain – la domination de la planète – ne peuvent être atteints pacifiquement. Pour les États-Unis, une guerre contre l’Iran est une étape essentielle de leur préparation au conflit à venir avec la Chine. La guerre ne sera pas arrêtée par des appels aux gouvernements impérialistes et bourgeois. La classe ouvrière internationale est confrontée à une situation comparable à celle qui existait à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Mais la comparaison est inadéquate, car les conséquences d’une guerre aujourd’hui seraient infiniment plus terribles qu’il y a 87 ans. L’humanité est confrontée au danger imminent d’une catastrophe nucléaire qui pourrait entraîner la destruction de toute vie humaine.
6. Trump ne cherche guère à présenter une explication cohérente, et encore moins une convaincante, à sa décision de déclencher une guerre. Quatre jours seulement auparavant, il avait prononcé un discours sur l’état de l’Union, le plus long de l’histoire, ne consacrant que quelques phrases à l’Iran, alors même qu’il avait déjà donné son feu vert à la guerre. Le déploiement militaire – le plus important au Moyen-Orient depuis l’invasion de l’Irak en 2003 – était déjà bien avancé. Les services de renseignement israéliens et américains suivaient les déplacements de Khamenei depuis des mois.
7. Trump n’a pas annoncé la guerre lors d’une allocution télévisée depuis le Bureau ovale, ni devant le Congrès, instance constitutionnellement habilitée à déclarer la guerre, mais dans une vidéo de huit minutes publiée à 2h30 du matin sur sa plateforme privée, Truth Social, depuis sa résidence de Mar-a-Lago à Palm Beach, en Floride. Il portait une casquette blanche ornée des initiales « USA ». Trump ne s’adressait pas au peuple américain, mais à sa base électorale: le mouvement fasciste qu’il a cultivé et qui constitue son véritable électorat. Comme l’écrivait le WSWS dans un communiqué du 28 février: « Trump, casquette sur la tête, annonce sa décision en pleine nuit, alors que la plupart des Américains dormaient. Il a engagé les États-Unis et le monde entier sur une voie catastrophique.» La déclaration établissait un parallèle historique inévitable: « À l’avenir, les historiens compareront l’attaque de Trump contre l’Iran du 28 février 2026, à l’invasion de la Pologne par Hitler le 1er septembre 1939. Ce sont des crimes d’égale ampleur.»
8. Le fait que les sondages confirment une opposition populaire massive à la guerre n’a absolument aucun impact sur les calculs de Trump. Un sondage de l’Université du Maryland, réalisé quelques semaines avant les frappes, a révélé que seulement 21 pour cent des Américains étaient favorables à une attaque de l’Iran, tandis que 49 pour cent y étaient fermement opposés. Un sondage éclair YouGov, mené le jour même des frappes, n’a recueilli que 34 pour cent d’approbation – le plus faible soutien populaire jamais enregistré pour une campagne militaire américaine dans l’histoire moderne, soit moins de la moitié du soutien enregistré pour les invasions de l’Afghanistan et de l’Irak. Un sondage Reuters/Ipsos a fait état de 43 pour cent de désapprobation contre seulement 27 pour cent d’approbation. 74 pour cent des personnes interrogées dans un sondage CBS/YouGov ont déclaré que Trump avait besoin de l’approbation du Congrès, une approbation qu’il n’a jamais sollicitée. Le sondage Quinnipiac a révélé que sept électeurs sur dix étaient opposés à une action militaire contre l’Iran. Ces chiffres révèlent l’ampleur du fossé entre la classe dirigeante américaine et la population qu’elle opprime. Cette guerre est menée non pas au nom du peuple américain, mais contre sa volonté clairement exprimée.
9. La guerre même a pris la forme d’assassinats ciblés de dirigeants politiques et de commandants militaires, accompagnés de bombardements massifs qui ont causé de terribles pertes civiles. Quelques heures après les premières frappes, la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei a été confirmée, ainsi que celle du chef d’état-major des armées, du ministre de la Défense, du commandant du Corps des gardiens de la révolution islamique, du secrétaire du Conseil de défense et d’une quarantaine d’autres responsables. Une école primaire de filles a été touchée à Minab, dans le sud de l’Iran; l’Iran a fait état de près de 150 écolières tuées. Le Croissant-Rouge iranien a dénombré plus de 200 morts rien que dans les premières heures. L’offensive s’est poursuivie, avec des frappes « au cœur de Téhéran » alors que le bilan s’alourdit. L’assassinat de la fille, de la petite-fille, de la belle-fille et du gendre de Khamenei a été confirmé.
10. Dans un entretien téléphonique accordé au New York Times dimanche, Trump a déclaré que les États-Unis et Israël « comptaient » poursuivre la guerre pendant « quatre à cinq semaines », indiquant clairement que Washington prépare une campagne de bombardements soutenue visant à forcer l’Iran à se soumettre. Au cours de ce même entretien, Trump a évoqué avec une indifférence glaçante quant à la mort de soldats américains, déclarant sans ambages : «Nous nous attendons à des pertes», tout en ajoutant que les estimations du Pentagone pourraient être « bien plus élevées ». Ces propos constituent une déclaration ouverte que la Maison Blanche est prête à sacrifier d’innombrables vies – surtout en Iran, mais aussi dans toute la région et parmi les troupes américaines – pour mener une guerre de conquête criminelle.
11. Les dirigeants et responsables militaires iraniens ont été pris au dépourvu, acceptant une fois de plus, comme avant la guerre de juin 2025, les assurances américaines quant à la bonne foi des négociations. Le ministre iranien des Affaires étrangères avait quitté Téhéran pour Genève quelques jours seulement avant l’attaque. L’agence de presse officielle iranienne avait publié un commentaire exprimant sa déception face à l’impasse des pourparlers, mais imputant cette dernière à Washington – présumant encore, même à ce stade avancé, qu’il y avait un réel processus diplomatique. Le schéma est désormais indubitable: les États-Unis utilisent le prétexte de la diplomatie pour endormir la vigilance de leur adversaire tout en préparant le coup fatal. En juin 2025, Israël a frappé alors que les pourparlers américano-iraniens devaient reprendre quelques jours plus tard. En février 2026, l’attaque a eu lieu deux jours après la fin du cycle de Genève.
12. La réaction des puissances impérialistes européennes n’a pas été moins méprisable. Bien que ce soient les États-Unis et Israël qui aient déclenché la guerre – frappant une nation souveraine en pleine négociation, assassinant son chef d’État et bombardant une école pleine d’enfants – la déclaration conjointe du Premier ministre britannique Keir Starmer, du président français Emmanuel Macron et du chancelier allemand Friedrich Merz a dénoncé non pas les agresseurs, mais la victime. La déclaration E3 « a condamné avec la plus grande fermeté les attaques iraniennes contre les pays de la région », tout en se contentant d’affirmer que les trois gouvernements « n’ont pas participé à ces frappes ». Starmer a qualifié le régime iranien d’«absolument abject » et a exigé que l’Iran « s’abstienne de toute nouvelle frappe » – comme si une nation victime d’une attaque surprise qui a tué ses dirigeants et ses écoliers n’avait pas le droit de se défendre. Le lendemain, Starmer est allé plus loin, annonçant que des avions britanniques menaient des « opérations défensives », que la Grande-Bretagne avait déjà intercepté des frappes iraniennes et qu’il avait accepté la demande américaine d’utiliser des bases britanniques pour frapper des sites de missiles iraniens. Le prétexte de la non-implication s’effrite de jour en jour, comme toujours. Les puissances européennes sont happées par le tourbillon du militarisme américain, comme ce fut le cas en Irak, en Libye et lors de la guerre par procuration en Ukraine.
13. Les États-Unis et Israël ont infligé des dommages considérables. La décapitation des dirigeants politiques et militaires iraniens est un coup dévastateur. Mais l’histoire nous enseigne qu’il est généralement erroné de juger l’issue d’une guerre sur la base des résultats de ses premiers jours, voire de ses premiers mois. Le choc et la stupeur initiaux de l’invasion de l’Irak en 2003 ont été suivis de deux décennies d’insurrection, de guerre civile sectaire et de catastrophe stratégique pour les États-Unis. La chute de Kaboul aux mains des talibans en 2021 – vingt ans après l’invasion « réussie » de l’Afghanistan – est un monument à l’hubris impériale. L’Iran est une nation de 91 millions d’habitants dont la superficie est près de 74 fois supérieure à celle d’Israël. Sa population a enduré huit années de guerre contre l’Irak, des décennies de sanctions et des agressions étrangères répétées. L’idée que l’assassinat de Khamenei entraînera l’effondrement de l’État, et qu’une population reconnaissante accueillera favorablement un changement de régime imposé par un massacre perpétré par les États-Unis, est la même illusion qui a accompagné chaque aventure militaire américaine depuis le Vietnam.
14. Les États-Unis ont déclenché une guerre aux conséquences économiques, sociales et politiques incalculables. Les frappes de représailles iraniennes se sont déjà propagées à travers le golfe Persique, touchant des bases militaires américaines, des aéroports civils et des infrastructures à Bahreïn, au Qatar, aux Émirats arabes unis, en Arabie saoudite, au Koweït et en Jordanie. Des missiles ont frappé Israël, tuant des civils dans des zones résidentielles. Le détroit d’Ormuz, par lequel transite quotidiennement environ 20 pour cent du pétrole mondial, est menacé de perturbation. Les prix du pétrole ont flambé. Les routes maritimes mondiales sont fortement perturbées. Les compagnies aériennes ont annulé des vols dans toute la région. Le conflit menace d’embraser tout le Moyen-Orient dans une conflagration dont l’ampleur et la durée sont imprévisibles. Les premières victimes américaines ont déjà été signalées.
15. Les véritables raisons de cette guerre ne résident pas dans le programme nucléaire iranien – dont l’AIEA (Agence internationale de l’énergie atomique) a maintes fois affirmé qu’il ne ne pouvait être autre que pacifique – mais dans la géopolitique du pétrole, la lutte pour le contrôle des ressources stratégiques et l’aggravation de la crise de l’hégémonie mondiale américaine. L’Iran possède les quatrièmes plus importantes réserves prouvées de pétrole et les deuxièmes plus importantes réserves de gaz naturel du monde. Il contrôle la rive nord du détroit d’Ormuz, l’un des points de passage stratégiques les plus importants du système énergétique mondial. Le contrôle de ces ressources – et surtout la capacité d’en interdire l’accès à ses rivaux – est au cœur de la politique étrangère américaine au Moyen-Orient depuis plus de sept décennies.
16. La campagne pour soumettre l’Iran est indissociable de la trajectoire plus large de l’impérialisme américain. Comme l’expliquait le WSWS avant même l’attaque, la saisie du pétrole vénézuélien et l’offensive contre l’Iran relèvent d’une même stratégie : les États-Unis cherchent à s’emparer des ressources énergétiques mondiales en prévision d’une confrontation militaire avec la Chine, qui importe plus de 70 pour cent de sa consommation quotidienne de pétrole. L’Iran représente plus de 10 pour cent des importations énergétiques chinoises, et la perte d’accès à cette ressource constituerait un coup stratégique majeur pour la base industrielle indépendante de la Chine. La guerre contre l’Iran est, en ce sens, une guerre pour l’hégémonie mondiale, dirigée non seulement contre Téhéran, mais aussi contre Pékin, Moscou et les capitales européennes dont la dépendance énergétique du Moyen-Orient confère à Washington un instrument de coercition. L’administration Trump a menacé non seulement l’Iran mais aussi ses alliés nominaux en imposant des droits de douane sur les produits européens, en menaçant le Groenland, en prenant le contrôle du pétrole vénézuélien et en indiquant clairement que, dans cette nouvelle ère de compétition entre grandes puissances, les États-Unis entendent utiliser leur suprématie militaire pour maintenir leur domination sur toutes les régions stratégiquement importantes de la planète.
17. Le rôle du Parti démocrate dans le déclenchement de cette guerre en fait le complice de Trump. Les démocrates ne s’opposent pas à la guerre ; ils en sont les complices. Ils ont financé toutes les armes actuellement déployées contre l’Iran. La Loi d’autorisation de défense nationale, d’un montant de 901 milliards de dollars, a été adoptée par la Chambre des représentants en décembre avec 115 voix démocrates. Au Sénat, les deux tiers des démocrates ont voté pour. En janvier, 149 démocrates de la Chambre ont voté pour un budget militaire de 839 milliards de dollars. Dans les semaines précédant l’attaque, alors que le plus important renforcement militaire depuis l’invasion de l’Irak en 2003 était en cours, ni le chef de la minorité à la Chambre, Hakeem Jeffries, ni le chef de la minorité au Sénat, Chuck Schumer, ni le sénateur Bernie Sanders, ni la représentante Alexandria Ocasio-Cortez (AOC) n’ont fait d’efforts sérieux pour empêcher la guerre. Au contraire, lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, AOC a repris à son compte les arguments de l’administration en faveur d’un changement de régime. Le sénateur démocrate John Fetterman, de Pennsylvanie, a explicitement apporté son soutien au bombardement de l’Iran sur Newsmax, déclarant : «J’étais totalement favorable et j’applaudissais ce bombardement. » Le représentant démocrate Josh Gottheimer a publié une déclaration bipartite s’opposant explicitement à une résolution qui aurait interdit le recours à la force contre l’Iran sans autorisation du Congrès. Le sénateur démocrate Mark Warner a déclaré: « Je pense qu’il est approprié que le président ait toutes les options sur la table. »
18. Les Démocrates relaient toute la propagande anti-iranienne virulente employée par Trump. Ils reprennent à leur compte sa caractérisation de l’Iran comme « premier État parrain du terrorisme ». Ils recyclent tous les arguments mensongers justifiant un changement de régime – de la nécessité d’empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire à l’affirmation que la République islamique serait particulièrement oppressive (dans une région où sévissent des dictatures brutales soutenues par les États-Unis en Égypte, en Arabie saoudite et dans les petits États du Golfe). Le New York Times, porte-parole du Parti démocrate, a activement contribué à légitimer et à préparer l’opinion publique à l’attaque, en publiant des analyses détaillées des options militaires, notamment des frappes destinées à « créer les conditions sur le terrain » pour destituer Khamenei. Maintenant que la guerre a commencé, l’« opposition » des Démocrates se résume à des objections de procédure concernant l’absence d’autorisation du Congrès – pas un seul mot d’opposition de principe à la guerre même. Jeffries a lui-même déclaré: « L’Iran est un acteur malveillant et doit être combattu avec fermeté. » Cela n’est pas pas une opposition à la guerre, mais une exigence d’être associé à la décision de la mener.
19. L’assaut lancé sur l’Iran est l’aboutissement de 73 années d’agression impérialiste américaine contre ce pays – une histoire qui réfute la propagande présentant la résistance iranienne comme irrationnelle ou non provoquée. En 1953, la CIA et le MI6 britannique ont renversé le Premier ministre iranien démocratiquement élu, Mohammad Mossadegh, afin d’assurer le contrôle occidental sur le pétrole iranien ; quelque 300 personnes ont été tuées dans les rues de Téhéran. Pendant 26 ans, les États-Unis ont soutenu la dictature du Shah, formant et équipant la police secrète SAVAK aux méthodes de torture et de répression. Durant la guerre Iran-Irak de 1980-1988, les États-Unis ont fourni des renseignements au régime de Saddam Hussein, sachant qu’ils seraient utilisés pour diriger des frappes chimiques contre les soldats iraniens – dont des dizaines de milliers ont été gazés. En juillet 1988, l’USS Vincennes abattait le vol 655 d’Iran Air, un avion de ligne civil, tuant les 290 passagers et membres d’équipage, dont 66 enfants; le capitaine du navire a été décoré de la Légion du Mérite. Depuis 2007, Israël, avec la complicité des États-Unis, a assassiné au moins sept scientifiques nucléaires iraniens à l’aide de voitures piégées, d’engins magnétiques et de mitrailleuses télécommandées. La cyber-arme Stuxnet, développée conjointement par les États-Unis et Israël, a détruit environ 1 000 centrifugeuses sur le site de Natanz. En janvier 2020, les États-Unis ont assassiné le général Qassem Soleimani à l’aéroport international de Bagdad. En juin 2025, les États-Unis ont bombardé les installations nucléaires iraniennes sous le régime des garanties internationales, tuant plus de 1 000 personnes et ciblant spécifiquement des scientifiques nucléaires à leur domicile. Et en février 2026 ils ont assassiné le chef d’État du pays et des dizaines d’autres hauts responsables, et ont également bombardé une école primaire. Qualifier d’irrationnelle l’hostilité iranienne envers les États-Unis après tout cela n’est pas une analyse. C’est la mythologie intéressée d’une puissance impériale.
20. Il s’agit, de surcroît, d’une guerre menée par un gouvernement qui est simultanément en guerre contre le peuple américain. L’administration Trump démantèle systématiquement les droits démocratiques, purge la fonction publique, instrumentalise les agences fédérales contre ses opposants politiques, s’attaque au pouvoir judiciaire, sabre dans les services sociaux et concentre un pouvoir sans précédent entre les mains de l’exécutif. Elle a déployé des agents de l’ICE et du CBP pour terroriser les villes et les quartiers américains. Elle viole la Déclaration des droits. Cette même administration qui a lancé cette guerre criminelle contre l’Iran cherche à imposer une dictature sur son propre territoire. Elle gouverne dans l’intérêt d’une oligarchie financière dont la richesse a atteint des niveaux obscènes, tandis que la classe ouvrière est confrontée à la baisse des salaires réels, à la crise du logement, à l’effondrement des services publics et à l’érosion de tous les acquis sociaux du siècle dernier. La guerre contre l’Iran et la guerre contre la classe ouvrière américaine ne sont pas des phénomènes distincts. Ce sont les deux fronts d’une même offensive. Le militarisme à l’extérieur a toujours servi d’instrument et de corollaire à la réaction sociale à l’intérieur.
21. La classe ouvrière – aux États-Unis, en Iran, en Europe et dans le monde – doit être mobilisée contre cette guerre criminelle. Aucune composante de l’establishment politique capitaliste ne l’arrêtera. Le Parti démocrate, comme démontré précédemment, ne s’oppose pas à l’impérialisme. Les bureaucraties syndicales, totalement inféodées au Parti démocrate et à l’État capitaliste, ne feront strictement rien. Les organisations de la pseudo-gauche qui gravitent autour de ces institutions ne servent qu’à rediriger l’opposition vers le cadre de la politique capitaliste.
22. Le Socialist Equality Party [Parti de l’égalité socialiste] et le Comité international de la Quatrième Internationale avancent le programme suivant dans la lutte contre la guerre criminelle menée contre l’Iran:
- L’arrêt immédiat et inconditionnel de toutes les opérations militaires américaines et israéliennes contre l’Iran. Plus une seule bombe, plus un seul drone. Cette guerre doit cesser immédiatement, ainsi que la vaste campagne d’agression américano-israélienne au Moyen-Orient, notamment le génocide en cours à Gaza et l’escalade des attaques visant à soumettre toute la région par la terreur, le blocus et la force militaire.
- Le retrait de toutes les forces militaires américaines du Moyen-Orient et la fermeture des centaines de bases militaires qui constituent l’infrastructure de la domination impérialiste. Le vaste réseau d’installations militaires américaines à travers le golfe Persique – au Qatar, à Bahreïn, au Koweït, aux Émirats arabes unis, en Arabie saoudite, en Jordanie et en Irak – n’a pas pour but de défendre le peuple américain, mais de projeter la puissance du capital financier américain sur les ressources énergétiques mondiales.
- Le démantèlement de l’OTAN et la liquidation de l’immense appareil militaro-industriel de l’impérialisme américain. Plus de mille milliards de dollars par an sont engloutis par le Pentagone et les agences de renseignement – un détournement colossal de ressources sociales au profit d’une machine de mort. Ces ressources doivent être réorientées vers la satisfaction des besoins sociaux urgents de la classe ouvrière : santé, éducation, logement et reconstruction des infrastructures délabrées.
- Le rejet de toutes les formes de sanctions et de guerre économique contre l’Iran et tout autre pays. Le régime de sanctions qui étrangle l’économie iranienne depuis des décennies, restreignant l’accès aux médicaments et aux biens essentiels, est une forme de châtiment collectif infligé à toute une population. Il faut qu’il cesse immédiatement.
- Les responsables et les auteurs de cette guerre doivent rendre des comptes. Déclencher une guerre d’agression sans autorisation du Congrès, en violation de la Constitution américaine et de la Charte des Nations Unies, est un acte criminel. Les responsables – du président aux officiers militaires et aux agents du renseignement qui ont planifié et exécuté l’assassinat d’un chef d’État et le bombardement de cibles civiles, dont une école primaire – doivent être tenus responsables.
- La défense et l’extension des droits démocratiques. La lutte contre la guerre est indissociable de la lutte contre la transformation fasciste de l’État américain. Le même gouvernement qui bombarde l’Iran sans l’approbation du Congrès bafoue aussi les droits démocratiques sur son propre territoire, s’attaque au pouvoir judiciaire, instrumentalise les agences fédérales et criminalise la dissidence. La classe ouvrière doit défendre le droit de manifester, de s’organiser et de s’opposer à la politique de son gouvernement sans craindre la répression.
23. Ces revendications ne peuvent être satisfaites par des appels à une quelconque partie de l’establishment politique. Elles nécessitent la mobilisation politique indépendante de la classe ouvrière. Le Comité international de la Quatrième Internationale a déterminé que la construction d’un véritable mouvement anti-guerre doit reposer sur quatre principes essentiels :
- Premièrement, la lutte contre la guerre doit s’appuyer sur la classe ouvrière, la grande force révolutionnaire dans la société, et unir derrière elle tous les éléments progressistes de la population.
- Deuxièmement, le nouveau mouvement anti-guerre doit être anticapitaliste et socialiste, car il ne peut y avoir de lutte sérieuse contre la guerre sans une lutte pour mettre fin à la dictature du capital financier et au système économique qui est la cause fondamentale du militarisme et de la guerre.
- Troisièmement, le nouveau mouvement anti-guerre doit être totalement et sans équivoque indépendant de tous les partis et organisations politiques de la classe capitaliste, et leur être hostile.
- Quatrièmement, le nouveau mouvement anti-guerre doit, avant tout, être international et mobiliser l’immense pouvoir de la classe ouvrière dans une lutte mondiale unifiée contre l’impérialisme.
24. Les travailleurs américains n’ont rien à gagner et tout à perdre d’une guerre qui coûtera des vies, épuisera les ressources, alimentera l’inflation et accélérera la marche à la dictature. La lutte contre la guerre est indissociable de la lutte contre le système capitaliste qui la produit. L’impérialisme n’est pas un choix politique; il est le produit inévitable de la contradiction entre une économie mondialisée et sa division en États-nations rivaux, chacun dominé par une classe dirigeante qui défend ses intérêts en exploitant la classe ouvrière dans le pays et en pillant les ressources et les marchés à l’extérieur. La lutte pour mettre fin à cette guerre est la lutte pour abolir le système du profit même et pour remplacer la division obsolète du monde en États-nations rivaux par une fédération socialiste mondiale où les forces productives de l’humanité seront mises au service du bien de tous.
25. Organisez des réunions dans vos usines, vos lieux de travail, vos écoles et vos quartiers pour exiger la fin immédiate de cette guerre. Le monde doit savoir que le peuple américain s’oppose à cette guerre et exige qu’elle prenne fin immédiatement. Prenez position. Rejoignez le Parti de l’égalité socialiste dans la lutte pour construire un puissant mouvement contre la guerre impérialiste.
(Article paru en anglais le 2 février 2026)