Bolloré étrille la gestion de l’audiovisuel public et défend ses médias « libres »

information fournie par AFP 24/03/2026

Le milliardaire Vincent Bolloré, actionnaire majoritaire du groupe de médias Canal+, assiste à une audition de la Commission d’enquête sur l’audiovisuel à l’Assemblée nationale, le 24 mars 2026 à Paris ( AFP / Thomas SAMSON )

Devant les députés, le milliardaire conservateur Vincent Bolloré a attaqué mardi l’audiovisuel public en critiquant sa gestion qui entraîne des « pertes » de 4 milliards d’euros à l’Etat, et a défendu ses médias comme CNews, « libres » et non « soumis ».

« Le problème de l’audiovisuel public, ce n’est pas les contenus, c’est les coûts », qui « viennent pour l’essentiel de dépenses qui ne sont ni contrôlées ni maîtrisées », a jugé M. Bolloré, auditionné durant 2h30 par la commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public.

L’entrepreneur, qui est apparu très à l’aise et a été peu bousculé, est l’actionnaire de référence du groupe Canal+, dont fait partie la chaîne CNews. Mais c’est au titre d’actionnaire du groupe de production Banijay (via la société Vivendi ) qu’il était convoqué.

Ce volet a été vite évacué, M. Bolloré assurant être un actionnaire « totalement dormant » de Banijay, qui fournit nombre de programmes à France Télévisions.

Le président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus (Horizons), lui a demandé son avis sur l’audiovisuel public, fréquemment accusé par CNews de pencher à gauche.

« Je pense qu’on n’a rien à reprocher au service public, ni à le glorifier. Le problème, c’est les quatre milliards de pertes, les quatre milliards de coûts » pour l’Etat, a répondu M. Bolloré.

Les sociétés de l’audiovisuel public, dont France Télévisions et Radio France, reçoivent chaque année environ quatre milliards d’euros de dotations de l’Etat.

– « Petite caste » –

« Quatre milliards, c’est beaucoup à un moment où la France est quand même en difficulté », a-t-il poursuivi, suggérant d’autoriser davantage de publicité sur le service public.

Le milliardaire Vincent Bolloré, actionnaire majoritaire du groupe de médias Canal+, assiste à une audition de la Commission d'enquête sur l'audiovisuel à l'Assemblée nationale, le 24 mars 2026 à Paris ( AFP / Thomas SAMSON )

Le milliardaire Vincent Bolloré, actionnaire majoritaire du groupe de médias Canal+, assiste à une audition de la Commission d’enquête sur l’audiovisuel à l’Assemblée nationale, le 24 mars 2026 à Paris ( AFP / Thomas SAMSON )

« Je ne vois pas pourquoi TF1 gagnerait de l’argent, M6 gagnerait de l’argent et le service public ne gagnerait pas d’argent », alors que tous font « la même chose », a estimé M. Bolloré, qui toutefois « regarde peu » ces chaînes.

Il a pointé « un problème de gestion », en référence notamment à la patronne de France Télévisions Delphine Ernotte Cunci. « C’est peut-être la faute de l’Etat aussi », a-t-il concédé.

Le dirigeant de 73 ans, dont les prises de parole sont rares, a accusé une « petite caste dirigeante aujourd’hui qui a envie de rester aux manettes », restant flou.

« Que Mme Ernotte ne s’inquiète pas, à mon âge je ne vais pas aller me faire embaucher chez France Télévisions », a-t-il lancé dans un sourire.

La présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte cunci, assiste à son audition devant la commission d'enquête sur l'audiovisuel public à l'Assemblée nationale, le 10 décembre 2025 à Paris ( AFP / Alain JOCARD )

La présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte cunci, assiste à son audition devant la commission d’enquête sur l’audiovisuel public à l’Assemblée nationale, le 10 décembre 2025 à Paris ( AFP / Alain JOCARD )

Que répond-il à la présidente du groupe public qui qualifie CNews de chaîne « d’extrême droite » et a engagé une procédure en justice pour « dénigrement »? M. Bolloré n’envisage pas de faire de même: « Ils ont assez de problèmes comme ça », a-t-il taclé.

Et de marteler: « Je suis le bouc émissaire parfait, le paratonnerre idéal ».

La députée écologiste Sophie Taillé-Polian s’est indignée d’une « véritable campagne contre le service public » menée dans les médias Bolloré, et a demandé à l’intéressé s’il avait donné des consignes en ce sens.

« Je n’interviens pas », a assuré M. Bolloré.

– « Miséricorde » et « pardon » –

L’homme d’affaires n’a pas épargné non plus le régulateur de l’audiovisuel, l’Arcom, qui a « confisqué » la chaîne C8, dont la fréquence n’a pas été reconduite début 2025 après des manquements répétés. « Celui qui était visé c’était moi, à travers Cyril Hanouna » qui en était l’animateur vedette, d’après lui.

CNews est plus fréquemment sanctionnée ces derniers mois, a relevé le rapporteur, l'élu ciottiste Charles Alloncle  ( AFP / Lionel BONAVENTURE )

CNews est plus fréquemment sanctionnée ces derniers mois, a relevé le rapporteur, l’élu ciottiste Charles Alloncle ( AFP / Lionel BONAVENTURE )

CNews est plus fréquemment sanctionnée ces derniers mois, a relevé le rapporteur, l’élu ciottiste Charles Alloncle. La première chaîne info en part d’audience pourrait-elle devoir fermer également? « Tout est possible », a répondu M. Bolloré.

« Nous ne sommes pas soumis, nous sommes libres et donc on déplaît », a-t-il asséné au sujet des sociétés et médias dans son giron.

Le milliardaire a fait référence à de multiples reprises à sa foi chrétienne, ce qui lui a valu la réprobation de la LFI Ersilia Soudais pour ce « cours de catéchisme ».

« J’ai des convictions, je crois dans la France » et « je crois en la religion, je crois en l’empathie », a fait valoir M. Bolloré.

Justement, il faut maintenant « la miséricorde » et « le pardon » envers l’ex-animateur de CNews Jean-Marc Morandini, condamné pour corruption de mineurs et harcèlement, a-t-il plaidé, après que « justice est passée ».

Son maintien à l’antenne malgré sa condamnation définitive mi-janvier avait provoqué une crise au sein de la chaîne.