Samedi, une opération commando destinée à récupérer le corps d’un soldat israélien a tué 40 personnes au sud du Liban. Plusieurs sites de la capitale iranienne ont été bombardés, tandis que la République islamique a de nouveau ciblé ses voisins du Golfe, malgré les excuses du président Pezechkian.
Il s’agit certainement de l’une des opérations israéliennes les plus meurtrières depuis le début de la récente escalade militaire entre le Hezbollah et Israël. Dans la nuit de vendredi à samedi, l’armée israélienne a mené une opération commando dans la vallée de la Bekaa, au sud du Liban, en débarquant des troupes par hélicoptère afin de tenter de récupérer, sans succès, les restes du corps du pilote israélien Ron Arad, porté disparu au Liban en 1986.
En amont de l’opération commando, l’aviation israélienne a mené des bombardements massifs à Nabi Chit. Le ministère de la santé libanais a fait état de 41 morts et 40 blessés. Les frappes ont également causé des dégats considérables dans le village. Des cratères se sont formés au milieu de certaines rues de la localité, où de nombreux bâtiments ont été détruits ou endommagés. L’armée libanaise a rapporté que trois de ses soldats avaient été tués dans l’opération israélienne, qui a conduit à des échanges de tirs entre « les forces ennemies et la population locale » à Nabi Chit, précise un communiqué militaire libanais.
En parallèle de cette opération, des frappes israéliennes menées à l’aube sur la localité de Chmestar, à l’est du Liban, ont tué six personnes, dont quatre enfants et une femme. Selon l’Agence nationale de l’information (NNA) libanaise, c’est une famille entière, deux parents et leurs quatre enfants, qui a péri dans la frappe alors qu’elle fuyait les bombardements de Baalbek.
Près de 300 morts au Liban depuis lundi
Le bilan des bombardements massifs israéliens au Liban s’est donc alourdi, s’élevant depuis lundi à 294 morts et 1 023 blessés, selon un communiqué publié par le ministère de la santé libanais.
« L’armée israélienne continue de réduire les capacités de l’organisation terroriste Hezbollah dans différentes régions du Liban », a affirmé celle-ci dans un communiqué publié samedi matin, précisant avoir visé « des lance-roquettes, des entrepôts d’armes et d’autres sites militaires appartenant au […] Hezbollah ». Dans la journée de samedi, les opérations israélienne dans le sud du Liban se poursuivaient d’ailleurs.
Le bilan d’une frappe visant la ville de Mayfadoun est monté à au moins cinq morts, après qu’un immeuble a été pris pour cible, tandis que la périphérie de la cité antique de Tyr, subissait des bombardements, après que l’armée israélienne a averti la population qu’elle allait « bientôt frapper » des infrastructures militaires du Hezbollah. En début de soirée, elle a également émis un nouvel avis d’évacuation de la banlieue sud de Beyrouth.
Lors d’une prise de parole télévisée, le ministre de la défense israélien, Israël Katz, a affirmé à la mi-journée que le président libanais, Joseph Aoun, « s’est engagé à respecter l’accord et à désarmer le Hezbollah, mais [que] cela n’est pas le cas ». « Agissez avant que nous ne prenions des mesures plus sévères, a menacé le ministre. Si Nasrallah [le leader du Hezbollah tué en septembre 2024 par Israël – ndlr] a détruit le Liban, Naïm Qassem [actuel secrétaire général du Hezbollah – ndlr] le détruira à son tour », a-t-il ajouté.
Le Hezbollah continue quant à lui de tirer des roquettes sur Israël (70 vendredi selon l’armée israélienne). Dans le sud du Liban, une position de la Force intérimaire des Nations unies (Finul) a été prise pour cible vendredi. Deux Casques bleus ghanéens ont été grièvement blessés, selon un média d’État et l’armée ghanéenne.
Téhéran et Ispahan pilonnés par l’armée israélienne
En Iran, la guerre menée par Israël et les États-Unis, qui est entrée dans sa deuxième semaine, se poursuit, après s’être étendue à de nombreux pays de la région et avoir fait s’envoler les cours du pétrole, en raison de la paralysie de nombreux flux d’hydrocarbures en provenance du Golfe.
Samedi 7 mars au matin, Israël a bombardé la capitale iranienne, Téhéran, en particulier un de ses aéroports, qualifié par un communiqué militaire de « plaque tournante pour armer et financer les mandataires terroristes du régime au Moyen-Orient ». Seize avions de la Force Al-Qods, l’unité d’élite des Gardiens de la révolution, « ont été mis hors service » lors de cette frappe, poursuit le communiqué. L’armée a affirmé que « ces avions transféraient des armes au Hezbollah ». D’après l’agence de presse iranienne Tasnim, plusieurs explosions ont été entendues. L’infrastructure avait déjà été visée ces derniers jours.

L’armée israélienne avait promis plus tôt « une vague de frappes de grande ampleur » contre des cibles gouvernementales à Ispahan et Téhéran, où des foules se sont rassemblées vendredi pour le premier vendredi, jour de prière, depuis la mort de l’ayatollah Ali Khamenei.
Dans la foulée, samedi à l’aube, Israël a dit répondre à une attaque de missiles iraniens, avant de lever l’alerte. Plus tard, une explosion a retenti à Jérusalem, selon une journaliste de l’AFP, après le déclenchement d’une alerte au missile.
Donald Trump a pris la parole devant les médias américains ce samedi et a défendu la guerre qu’il a déclenchée comme « un service que nous rendons non seulement au Moyen-Orient, mais au monde entier ». Le président états-unien a également affirmé que son pays était parvenu à mettre « hors service » l’aviation iranienne et coupé ses communications. Les opérations militaires « se déroulent très bien », s’était déjà félicité vendredi soir Donald Trump, après avoir écrit sur son réseau Truth Social qu’il n’y aurait « pas d’accord avec l’Iran, seulement une CAPITULATION SANS CONDITION ! ».
Ses déclarations ont fait s’envoler les cours du pétrole, qui ont augmenté de plus de 35 % en une semaine, du jamais-vu depuis 2023. Le baril de West Texas Intermediate (WTI), référence américaine, a terminé à 90,90 dollars vendredi, approchant du seuil symbolique des 100 dollars.
En parallèle, les grandes entreprises américaines de la défense vont quadrupler leur production d’armes sophistiquées, a annoncé Donald Trump, dont le département d’État a approuvé la vente de 12 000 bombes à son allié israélien. Et ce, sans recourir à l’approbation du Congrès, « situation d’urgence » oblige, a argué le ministère.
Selon les autorités iraniennes, environ un millier de personnes ont été tuées depuis le début de la guerre, dont 30 % sont des enfants, a dit le porte-parole du gouvernement vendredi. L’AFP ne peut pas vérifier ces affirmations. L’Iran continue à riposter en ciblant Israël, où dix personnes au total ont été tuées selon les secours.
Les attaques iraniennes sur les pays du Golfe se poursuivent
Depuis son déclenchement le 28 février, la guerre s’est propagée dans la région, avec des retombées jusqu’à Chypre, pays membre de l’Union européenne (UE), où une base aérienne britannique a été frappée lundi par un drone de fabrication iranienne.
Une attaque de drones iraniens contre l’Azerbaïdjan, allié d’Israël, soulève par ailleurs la crainte d’une extension du conflit au Caucase, selon des experts, Bakou ayant accusé Téhéran d’attaque « terroriste » et ordonné à l’armée de préparer des représailles. La Turquie a, elle, été visée par un tir mercredi de missile balistique iranien, même si l’on ignore si le projectile visait délibérément le pays, membre de l’Otan.
Le conflit s’étend aussi au Kurdistan irakien, où sont basés des groupes kurdes iraniens en exil. Vendredi soir, les forces de la coalition menée par Washington en Irak ont intercepté des drones chargés d’explosifs au-dessus d’Erbil, selon les autorités kurdes.
Je m’excuse […] auprès des pays voisins qui ont été attaqués par l’Iran.
Les monarchies du Golfe continuent elles aussi de vivre au rythme des alertes. Treize personnes, dont sept civils, sont mortes dans la région, habituellement paisible. La Jordanie a accusé l’Iran d’avoir directement visé des installations stratégiques dans le royaume, en tirant 119 missiles et drones en une semaine. « [Ces projectiles] ne faisaient pas que traverser simplement notre territoire », a affirmé le porte-parole de l’armée jordanienne. Et en Arabie saoudite, l’armée a détruit dans la nuit un missile balistique qui visait la base aérienne de Prince Sultan abritant des militaires américains.
« Je m’excuse […] auprès des pays voisins qui ont été attaqués par l’Iran », a soudainement déclaré le président iranien, Massoud Pezechkian, ce même 7 mars. « Le Conseil de direction provisoire a décidé [vendredi] qu’il n’y aurait plus d’attaques sur les pays voisins, plus de missiles tirés, sauf si une attaque sur l’Iran provenait de ces pays », a-t-il indiqué dans un discours diffusé à la télévision d’État.
Pourtant, les frappes iraniennes sur ses voisins du Golfe se sont poursuivies dans la journée de samedi. De fortes explosions ont été entendues à Manama, la capitale du Bahreïn, mais aussi à Dubaï. Les Émirats arabes unis ont annoncé samedi faire face à une nouvelle salve de drones et de missiles « provenant d’Iran ». Des explosions ont également été entendues à Doha, au Qatar.
La situation provoquée par « toutes les attaques illégales » au Moyen-Orient et au-delà risque de devenir incontrôlable, a alerté vendredi le chef de l’ONU, António Guterres.