Donald Trump annonce un changement de régime en Iran, mais qui peut encore le croire ?

30/03/202

Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, le président des États-Unis multiplie les déclarations, mais ses actions suivent rarement. Sa crédibilité en prend un coup.

SAUL LOEB / AFP
Le président américain a annoncé, ce dimanche 29 mars, que des négociations avec les nouveaux dirigeants iraniens sont positives.
EN BREF
• Donald Trump annonce un changement de régime en Iran, mais ses déclarations sont remises en question.
• La popularité de Trump chute, même parmi les républicains, en raison de ses actions incohérentes et de la hausse des prix du carburant.
• La stratégie de trading « TACO Trade » illustre la méfiance envers Trump, soulignant que ses paroles n’influencent plus autant les marchés.

L’IA au HuffPost

Une politique au doigt mouillé ou des mensonges délibérés ? Alors que la guerre au Moyen-Orient dure depuis plus d’un mois, Donald Trump multiplie les déclarations. Cette fois-ci, le président américain assure qu’il a obtenu un « changement de régime » en Iran, et que les négociations avec ses « nouveaux dirigeants » se déroulent pour le mieux. « Je pense que nous allons conclure un accord avec eux », avait même avancé le président américain ce dimanche 29 mars. Mais quelques heures plus tard, ses certitudes semblent bien lointaines, puisqu’il lui semble nécessaire de brandir la menace d’un nouveau bombardement sur l’île de Kharg, très importante pour l’économie iranienne.

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Une ambivalence pointée du doigt par Téhéran, qui est loin de confirmer les propos de Donald Trump. « L’ennemi envoie publiquement des messages de négociation et de dialogue, tout en planifiant secrètement une offensive terrestre », a dénoncé le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf. Avant d’avertir : « Nos hommes attendent l’arrivée des soldats américains sur le terrain pour les attaquer et punir une bonne fois pour toutes leurs alliés régionaux. » Dans le pays, le président des États-Unis est même comparé à Pinocchio et à un joueur de poker raté.

Et en réalité, s’il ne s’agissait là que d’un coup de communication à la Trump, ça n’étonnerait plus grand monde. Lors de son premier mandat, il avait énoncé 30 573 mensonges et approximations, soit un peu plus de 20 par jour, selon un décompte du Washington Post. « Les promesses n’engagent que ceux qui y croient », disait après tout Jacques Chirac.

Une confiance en chute libre, même chez les Républicains

Mais alors fallait-il croire le président américain lorsqu’il a assuré que cette guerre en Iran allait être courte ? Quatre semaines après le lancement de l’offensive, et aucune amélioration en vue, difficile de l’assurer. Ainsi, lorsqu’il annonce que les négociations sont positives et qu’il a même changé le régime iranien, il n’y a plus grand monde qui prend au pied de la lettre ses affirmations. « Il est bien difficile de croire en Donald Trump. Il s’agit de suivre ce qu’il dit et en même temps de prendre beaucoup de distance », avance Jean-Paul Chagnollaud, professeur émérite des universités et président honoraire de l’IReMMO, sur le plateau de France Info.

Chez les Américains, le doute s’installe. La popularité de Trump, qui avait déjà baissé après le lancement de l’offensive conjointe avec Israël, a désormais chuté à 36 %, selon un sondage Reuters et Ipsos. En cause notamment, la hausse du prix du carburant malgré ses discours assurant qu’il maîtrise la situation.

Ses contradictions ne passent plus inaperçues, même dans son propre camp. En février 2025, 75 % des Américains se déclarant républicains ou proches de ce parti estimaient que leur président possédait les aptitudes mentales requises pour exercer la fonction. Un an plus tard, ce chiffre était tombé à 66 %. La tendance est aussi à la baisse pour le nombre de républicains qui pensent que Trump agit de manière éthique dans l’exercice de ses fonctions, passant de 55 % à 42 %.

Son socle MAGA toujours bien solide

Même Fox News, chaîne télé pourtant très favorable au président, a récemment dénoncé son mensonge après le bombardement d’une école iranienne, où 175 enfants sont morts. L’ancien animateur de la chaîne conservatrice américaine, Tucker Carlson, ou les podcasteurs Theo Von et Joe Rogan l’accusent de trahir sa promesse « America First » annonciatrice d’un retrait de l’Amérique sur la scène internationale et d’un nouvel âge d’or national. Alors même que durant sa dernière campagne pour la Maison-Blanche, ces trois hommes s’étaient particulièrement appliqués à lui faire belle presse.

À leur image, quelques MAGA claquent la porte, peu satisfaits de leur président longtemps célébré comme le serait le gourou d’une secte. Mais le manque de confiance ne touche pas ses plus proches soutiens. Parmi ces fervents supporters de la vision Trump et du « Make America Great Again », ils sont 81 % à le soutenir et ce, même dans l’opération en Iran. Pour rappel, en janvier 24 % des Américains se déclaraient MAGA.

Sont-ils donc désormais les seuls à croire Donald Trump ? Les marchés financiers peut-être, et encore. Lorsque le président des États-Unis a prolongé son ultimatum à l’Iran pour réouvrir le détroit d’Ormuz, tôt le lundi 23 mars, deux heures avant l’ouverture des marchés financiers américains, les contrats à terme sur les actions américaines ont grimpé en flèche et les prix du pétrole ont chuté.

Un signe que les traders croient encore aux beaux discours ? Pas vraiment. Le Financial Times note que « si les investisseurs sont sûrs à 80 % que le président invente tout, les 20 % restants suffisent à faire fluctuer le prix des actifs. Il ne faut surtout pas se retrouver du mauvais côté du marché pétrolier le jour où le détroit s’ouvre en grand ».

Les marchés boivent de moins en moins les paroles de Trump

Un contre-exemple de la soi-disant parole d’évangile de Trump : les marchés boursiers mondiaux ont à nouveau chuté et les prix du pétrole ont encore augmenté ce vendredi 27 mars, jour des déclarations de Trump sur le bon déroulement de négociations avec l’Iran. Alors si la guerre en Iran impacte grandement la bourse, c’est moins le cas de la parole du président américain.

Il y a quelques années, la moindre de ses annonces venait perturber les cours. « Les mots ne suffisent pas en ce moment (…) Ce qu’il faut, ce sont des preuves concrètes de progrès », a déclaré Matt Britzman, analyste actions senior chez Hargreaves Lansdown, à Reuters.

La parole de Trump inspire si peu confiance, tant il se rétracte souvent, qu’une stratégie de trading entière s’est basée sur son comportement : elle est appelée « TACO Trade », pour « Trump Always Chickens Out », traduite par « Trump finit toujours par se dégonfler ». Elle avait fait son apparition en 2025 lors des nombreux revirements sur les droits de douane.

Aujourd’hui cette méthode s’essouffle car « les investisseurs se rendent simplement à une évidence qui semble encore échapper au locataire de la Maison-Blanche : dans cette histoire, contrairement à l’épisode des droits de douane, il n’est plus le seul décisionnaire », assure Enguerrand Artaz, Stratégiste, La Financière de l’Échiquier (LFDE) à BFM Bourse.