Du cowboy au croisé : comment Trump dévoie les vieux mythes américains dans la guerre contre l’Iran

Publié: 19 mars 2026

Cette photographie officielle de la Maison-Blanche montre Donald Trump supervisant les étapes de l’opération « Epic Fury » contre l’Iran, depuis Mar-a-Lago, en Floride. Une imagerie soigneusement pensée pour illustrer le fait que le président, homme d’action (il ne porte pas de cravate et a devant lui deux téléphones par lesquels il envoie ses ordres), est seul décideur et comme illuminé par une force intérieure qui atteste qu’il a été élu par la Providence. Daniel Torok/The White House/AFP

La guerre contre l’Iran ne révèle pas seulement une escalade militaire. Elle éclaire la manière dont Donald Trump réactive de vieux mythes américains comme la « frontière » (The Frontier, en anglais, le récit mythique de la conquête de l’Ouest), le cowboy, la violence régénératrice et la Providence, en les vidant de leur part civique pour les convertir en récits de domination.

C’est là ce qui le distingue de ses prédécesseurs : il ne mobilise pas ces mythes pour exalter l’effort collectif ou l’idéal démocratique, mais pour mettre en scène la domination, l’épuration et la toute-puissance personnelle.

Une guerre nourrie par les mythes

Depuis le début de la guerre contre l’Iran, Trump parle moins comme un président que comme un conquérant. Il exige la « reddition sans condition » de Téhéran, promet que « des bombes tomberont partout » et évoque le choix de dirigeants « grands et acceptables » pour l’après-guerre. Ce langage ne décrit pas seulement une opération militaire : il réactive une vieille grammaire de la puissance américaine, sous une forme brutalement durcie.

Dans Republics of Myth (2022), Hussein Banai, Malcolm Byrne et John Tirman montrent que le conflit avec l’Iran n’est pas seulement alimenté par des intérêts stratégiques, mais par deux récits nationaux incompatibles qui transforment chaque crise en confirmation des humiliations, peurs et hostilités déjà présentes.

Du côté américain, le récit national reste structuré par le mythe de la « frontière » : un espace à dompter, des « sauvages » à vaincre, une mission à accomplir. Appliqué au Moyen-Orient, ce schème transforme l’Iran en frontière extérieure à discipliner. Trump ne crée pas ce récit ; il le radicalise.

Chaque samedi, The Conversation en mode week-end pour mieux comprendre le monde qui nous entoure… Abonnez-vous au Débrief