En Espagne : le gouvernement dénonce l’attaque de l’Iran et chasse les avions ravitailleurs US de ses bases militaires
Contre-attaque
En 2003, la France refusait de s’aligner sur les USA lors de la guerre en Irak. 23 ans plus tard, elle est une vassale de Trump, et c’est l’Espagne qui résiste
Alors qu’en France, la surenchère militariste et l’alignement sur les guerres menées par Trump ne font l’objet d’aucun débat, que la gauche semble avoir disparu du paysage et que l’antimilitarisme subit une omerta médiatique, la situation est diamétralement opposée chez nos voisins espagnols.
Pendant que Macron fait le guignol devant des avions de guerre et des sous-marins nucléaires, et qu’il engage la France dans la guerre contre l’Iran sans aucune concertation, le Premier Ministre socialiste espagnol condamne publiquement cette guerre impérialiste.
Le 28 juin, Pedro Sanchez déclarait : «Nous rejetons l’action militaire unilatérale des États-Unis et d’Israël, qui constitue une escalade et contribue à un ordre international plus incertain et hostile. […] Nous ne pouvons nous permettre une nouvelle guerre prolongée et dévastatrice au Moyen-Orient. Nous exigeons une désescalade immédiate et le plein respect du droit international».
Un discours qui serait qualifié d’ultra-gauche et d’irresponsable en France. Le 2 mars, le Premier Ministre espagnol réitérait son opposition à «une intervention militaire injustifiée et dangereuse, en dehors du cadre du droit international».
Mieux, Sanchez joignait les actes à la parole : l’Espagne a ordonné aux avions ravitailleurs des USA de quitter ses bases de Morón et de Rota, pour bien montrer que le pays n’apportera aucun soutien logistique aux bombardements sur l’Iran. Le quotidien espagnol El Pais écrit : «Le gouvernement espagnol ne contribuera en aucune façon à la guerre menée par Donald Trump et Benjamin Netanyahu en Iran, qu’il considère comme un acte insensé aux conséquences imprévisibles pour la planète, sans le soutien des Nations Unies ni même du Congrès américain. [Son gouvernement] a ordonné que l’utilisation des bases américaines de Rota et de Morón, en Espagne, pour des opérations en Iran ne soit pas autorisée».
Évidemment, les dirigeants étasuniens et israéliens sont furieux, ils menacent l’Espagne et l’accusent d’être complice du terrorisme. Trump vient même de déclarer : «Nous pourrions utiliser les bases si nous le voulions. Personne ne va nous dire non». Il n’en fera rien : Trump est fort avec les faibles mais faible avec les forts et ceux qui lui résistent.
Le gouvernement espagnol met une honte absolue à Macron, et le montre tel qu’il est : un pathétique caniche des USA. En 2003, lors de l’attaque de l’Irak, l’Espagne gouvernée par la droite de José María Aznar soutenait l’attaque étasunienne, alors que la France refusait d’y participer. L’histoire a donné raison à ceux qui rejetaient cette guerre atroce. 23 ans plus tard, la situation s’est inversée : la France est un vassal des USA alors que l’Espagne choisit de ne pas s’aligner.
Dans El Pais, un membre du gouvernement espagnol parle ainsi des gouvernements français, allemands et britanniques : «Où est-il écrit que nous devons prendre leur parti même s’ils ont tort ? Ils ont tort. Cette guerre est absurde et n’a pas pour but d’instaurer la démocratie en Iran». Il continue : «Nous parlons d’un homme politique comme Trump, aux abois, risquant un revers majeur aux élections de mi-mandat, qui vient de subir le coup dur des droits de douane et qui pourrait entraîner le monde dans sa chute». On ne saurait mieux dire. Et il ne s’agit pas de glorifier le gouvernement espagnol : il est de centre-gauche, cette position devrait être la position minimale. Seulement, les espagnols montrent par contraste notre propre naufrage.
Le 25 juin dernier, lors du sommet de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) les USA avaient exercé leur chantage à tous les États membres : consacrer 5% de leur PIB pour l’armée ou subir des sanctions. Sur 32 pays membres de l’OTAN, tous se sont soumis au chantage trumpiste. Tous sauf l’Espagne. Le Premier Ministre espagnol avait refusé d’augmenter le budget militaire, et Yolanda Diaz, la Ministre du Travail, avait déclaré : «L’Espagne n’est pas une vassale de Trump ! […] Les Espagnols doivent savoir que les 5% pour l’OTAN représenteraient 85 milliards d’euros pour notre politique de défense, ce serait beaucoup plus que pour l’éducation. Nous avons dit non».
L’Espagne est, selon les estimations, le pays membre de l’OTAN ayant consacré la plus faible part de son PIB à la défense en 2024, avec un taux d’environ 1,28%. Il faut dire que le pays a subi un coup d’État fasciste suivi d’une guerre civile atroce puis 40 ans de dictature militaire. Pas de quoi faire aimer les uniformes. Selon un sondage paru en mars 2025, seuls 27,7% des espagnols considèrent qu’il faut dépenser «plus» pour l’armée, le taux le plus bas de l’Union Européenne. En Espagne, les grands médias ne sont pas possédés par des vendeurs d’armes et des fascistes. Il reste donc un peu de pluralité dans le débat public : il est encore possible de soutenir la Palestine ou de s’opposer aux guerres sans être réprimé. Et même, d’avoir accès à des médias. Incroyable vu de France : un pays démocratique !
La ministre Yolanda Diaz, issue des rangs communistes, avait aussi déclaré en 2024 : «La Palestine sera libre du fleuve à la mer», dénonçant un «génocide du peuple palestinien». Chez nous, elle aurait été arrêtée pour apologie du terrorisme. En mars 2025, le Premier Ministre Pedro Sanchez déclarait : «Je n’aime pas le mot de réarmement, il ne me plaît pas du tout. Nous devons parler d’une autre manière à nos citoyens». Au même moment, Macron et ses sbires répétaient sans cesse le mot «réarmement» militaire, mais aussi moral, civique et démographique dans tous leurs discours. Le contraste est saisissant.
Contrairement à la France, l’Espagne ne s’aplatit pas face à la domination Étasunienne. Contrairement à la France, l’Espagne n’est pas complice du gouvernement israélien et ne soutient pas son génocide. Contrairement à la France, il reste une gauche antimilitariste en Espagne. Comme quoi, c’est possible.
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