7/03/2026
Joe Kent accuse Trump de s’être fait avoir par Israël, en Iran, et démissionne de son poste au contre-terrorisme
Joe Kent a annoncé brusquement qu’il quittait le poste de directeur du Centre national de lutte contre le terrorisme.
• Joe Kent démissionne de la direction du Centre national de lutte contre le terrorisme, dénonçant l’influence d’Israël sur la guerre contre l’Iran.
• Il accuse Trump d’avoir été trompé sur la menace iranienne et critique une intervention injustifiée.
• Sa démission accentue les tensions parmi les proches de Trump et les républicains.
Le 3 février 2025, Joe Kent avait été nommé par Donald Trump pour diriger le Centre national de lutte contre le terrorisme. Il était entré en fonction au cœur de l’été, juste après que sa nomination soit confirmée par le Sénat.
Ce mardi 17 mars, le voici qui démissionne brusquement, face à la tournure des événements au Moyen-Orient. Dans sa lettre de démission qu’il a publiée sur X (voir plus bas), le haut responsable du renseignement américain invoque notamment des réserves quant à la guerre menée par l’administration Trump contre l’Iran, sous la pression d’Israël.
« Je ne peux en conscience soutenir la guerre en cours en Iran. L’Iran ne représentait aucune menace imminente pour notre nation, et il est clair que nous avons déclenché cette guerre sous la pression d’Israël et de son puissant lobby américain », écrit-il avant d’évoquer un véritable noyautage des instances américaines.
« Au début du mandat de cette administration, de hauts responsables israéliens et des membres influents des médias américains ont mené une campagne de désinformation qui a complètement sapé [le] programme America First et a alimenté des sentiments pro-guerre afin d’encourager un conflit avec l’Iran », développe celui qui a été un conseiller essentiel de Tulsi Gabbard, la directrice du renseignement national, et avait plaidé dans les hautes sphères pour une politique étrangère plus mesurée.
Joe Kent, qui est le plus haut responsable de l’administration Trump à avoir démissionné en raison de la guerre en Iran, estime que le président a été « trompé » sur le fait qu’« il existait une voie claire vers une victoire rapide ». « C’était un mensonge », appuie-t-il dans sa lettre, lui qui voit là une tactique identique utilisée par Israël pour entraîner les États-Unis dans la guerre « désastreuse » en Irak, entre 2003 et 2011. « Nous ne pouvons pas refaire cette erreur », s’alarme-t-il.
Celui qui a été soutenu par Donald Trump lorsqu’il s’est lancé en politique en 2021, pour briguer un poste au Congrès (en 2022 et 2024, en vain), précise aussi qu’« en tant que veuf de guerre ayant perdu [sa] chère épouse Shannon dans un conflit fabriqué par Israël, [il ne peut] pas soutenir l’envoi de la prochaine génération au combat, pour mourir dans une guerre qui ne profite en rien ».
Donald Trump et Mike Johnson lui tombent dessus
« C’est un type bien, mais je pense qu’il est un peu faible du point de vue de la sécurité. (…) C’est plutôt pas mal qu’il démissionne au final. (…) Ce ne sont pas des personnes intelligentes », a réagi lapidairement Donald Trump ce mardi face aux journalistes dans le Bureau ovale à la Maison Blanche.
Le président républicain de la Chambre des représentants, Mike Johnson, est lui aussi tombé sur Joe Kent, défendant l’action de l’administration Trump au Moyen-Orient. « Nous savions tous qu’il existait une menace imminente, l’Iran étant très proche de se doter de l’arme nucléaire », a-t-il réagi. « Je ne sais pas d’où Joe Kent tire ses informations », a-t-il enfoncé.
Le 28 février, lors du déclenchement de la guerre contre l’Iran, Donald Trump avait parlé « d’opérations militaires majeures » et « massives », rendues nécessaires par des menaces qu’il avait décrites comme « imminentes », sans mentionner une autorisation ou consultation du Congrès américain, qui dispose selon la Constitution du pouvoir de déclarer la guerre. Le dirigeant républicain avait de manière explicite appelé à un renversement des autorités iraniennes.
Mais le 3 mars, à l’issue d’un briefing classé secret défense entre les sénateurs et notamment le chef de la diplomatie américaine, Marco Rubio, sur la guerre contre l’Iran, le sénateur démocrate Tim Kaine avait assuré à l’AFP qu’aucune preuve n’avait été présentée par le gouvernement sur l’existence d’une « menace imminente de l’Iran » contre les États-Unis.
Cette démission surprise de Joe Kent marque en tout cas un peu plus les divisions au sein de la galaxie républicaine et dans le cercle rapproché des proches du président.
L’éditorialiste Tucker Carlson, longtemps défenseur de Donald Trump, est devenu l’un des plus virulents critiques de la guerre menée contre l’Iran. Comme le rapporte le New York Times, il a aussitôt salué la démission du haut responsable. « Joe est l’homme le plus courageux que je connaisse, et on ne peut pas le prendre pour un fou », a-t-il déclaré. « Il quitte un emploi qui lui donnait accès à des renseignements de très haut niveau. Les néoconservateurs vont maintenant tenter de le détruire pour cela. Il le sait et l’a fait malgré tout. »

