La culture peut-elle réduire les inégalités ?

La culture peut-elle vraiment réduire les inégalités ? 🎨


‪Alain Brossat, Le grand dégoût culturel

Paris, Seuil, coll. Non conforme, 2008

S’il est aujourd’hui coutumier de « dénoncer » les dérives de la marchandisation de la culture à travers une réactualisation des thèses d’Adorno, Horkheimer ou Arendt, le dernier essai d’Alain Brossat propose une approche relativement inédite du problème. Pour Brossat, ce n’est pas tant l’art qui souffre de la « démocratisation culturelle ». Le centre du problème réside dans l’apparition d’un « culturellement correct », tendance qui colonise la sphère politique, voire s’y substitue. Pour Brossat l’équation est simple : la politique est rendue stérile par le refus ou l’évitement du conflit au nom du culturel. Amputée, la politique ne peut donc plus agir comme telle : « nos sociétés vivent et se reproduisent sur un mode “culturel”, comme elles vivaient et se reproduisaient au 19e siècle sur un mode politique. » (p. 20).
Une des conséquences de ce changement de paradigme est le remplacement de l’ancien modèle de la « démocratie parlementaire » par celui de la « démocratie culturelle ». La Culture y est largement plébiscitée parce qu’elle favorise l’indistinction et l’indifférence en même temps qu’une forme de pacification dont le principal bénéficiaire reste le pouvoir. Dans ce contexte, la pouvoir ne s’active plus dans la gestion des conflits mais dans celle du consensus.
La culture fait alors partie de la sphère du divertissement soutenue par le pouvoir. Sur ce point, Brossat renoue avec la grille de lecture foucaldienne en diagnostiquant l’émergence d’une nouvelle forme de « biopolitique » ou de « biopouvoir »…