Les marchands de mort à l’Élysée

Les marchands de mort à l’Élysée : Macron accueille les industriels pour lancer la course à l’armement

Ce vendredi, Macron accueillait les géants de l’industrie de l’armement à l’Elysée. Objectif : renforcer l’armée française, rassurer les marchands de mort quant à l’engagement de l’Etat, et préparer l’offensive anti-sociale pour le financer.

Raji Samuthiram

14 mars 2025

Dans le sillage du tournant opéré par Trump sur l’Ukraine, la France tout comme l’ensemble des puissances européennes lance une course à l’armement. Avec cet objectif en vue, Macron a reçu ce vendredi les dirigeants de l’industrie de la défense : Safran, Thalès, Naval Group, Dassault, KNDS, ainsi que les représentants de 4 000 PME. Une rencontre pour enclencher la dynamique de militarisation et s’assurer de la capacité des marchands de la mort, à répondre, et rapidement, aux commandes qui vont considérablement grossir. De leur côté, les industriels cherchent des garanties de financement du côté de l’État, qui martèle la nécessité d’accélérer la production depuis maintenant trois ans. Une demande qui à l’aune du tournant militariste en cours semble vouée à être exaucée par l’État.

Désormais, Macron l’assume, il faut entrer « en économie de guerre », avec trois buts affichés : continuer à soutenir l’Ukraine, renforcer l’armée française, et accélérer la réindustrialisation sur le territoire national. Pour ce faire, le président a assuré les industriels qu’il prévoit de quasiment doubler les 50,5 milliards alloués cette année, ce qui représente déjà une somme historique.

« On est un pays très taxé, très endetté, c’est difficile d’appuyer sur ces leviers-là, les impôts et la dette », a insisté Macron en amont de la réunion. Autrement dit, ce sera par un écrémage social sans précédent que passera ce financement, même si les modalités exactes restent à préciser. De quoi rassurer les géants de l’armement que les commandes seront à termes garanties et leurs marges seront bien assurées, et ce par le biais d’une remise en question de ce qu’il reste de l’« État providence » au nom de la « souveraineté nationale ».

Pour ce faire, le gouvernement peut s’appuyer au plan intérieur sur un quasi-consensus, alors qu’aucune force politique ne remet en question la nécessité d’une militarisation. Dans ce cadre, Macron a les coudées franches pour lancer la course à la militarisation, utilisant pour cela son statut de chef des Armées que lui confère la Vème République. Ses objectifs sont de booster les capacités technologiques de l’armée française, de grossir les rangs de l’armée et la préparer à combattre pour de futurs conflits y compris sur le sol européen.

En plus des sommes promises par Macron, le plan Réarmer l’Europe d’Ursula Von der Leyen prévoit de mettre 800 milliards sur la table pour inciter les États européens à s’engager d’avantage dans le réarmement du continent. Alors que les pays européens s’accordent sur la course à l’armement, Macron cherche à inscrire l’idée d’une « préférence européenne » quant à l’achat d’armes, cherchant à se positionner comme le premier concurrent des États-Unis, et à utiliser la crise actuelle pour renforcer l’industrie militaire française, clé pour l’impérialisme français.

Les géants de l’armement comptent déjà leur chiffre d’affaires

Toutes ces perspectives ont de quoi plaire aux géants de la Défense comme Thalès, qui produit des missiles et des véhicules blindés. Son président se réjouissait récemment du « contexte porteur » ayant permis son groupe de dépasser les 20 milliards d’euros de chiffre d’affaires l’année dernière. Une référence glauque aux millions de morts qui s’accumulent au front russo-ukrainien, à Gaza, à la République démocratique du Congo, et tant d’autres.

La guerre en Ukraine a déjà conduit à une poussée des ventes d’armes françaises, qui s’imposent au niveau des exportations militaires ces dernières années : le récent rapport annuel du SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute) a placé la France à la 2e place des ventes d’armes à l’échelle mondiale pour la seconde année consécutive.

Alors que les grands industriels, banquiers et spéculateurs engrangent des profits vertigineux grâce à la course à la militarisation qui n’en est qu’à ses débuts, les gouvernements et les partis de gauche comme de droite entendent faire payer à ces mêmes travailleurs la facture des armes qui serviront à les massacrer. Mais ni les guerres de Trump, Poutine, ou des États européens ne défendent les intérêts des travailleurs. Ce ne sont que leurs intérêts et les marges des marchands de guerre qu’ils protègent : pas un euro, pas une vie pour leurs guerres !