Leur antifascisme et le nôtre

Billet de blog 25 février 2026

Sur la scène médiatique et politique française, il est de bon ton de disserter sur le sens des termes « fascisme » et « antifascisme ». Une lecture matérialiste conséquente de l’antifascisme et de son périmètre semble ainsi nécessaire pour réarmer le camp de l’émancipation et de l’égalité. Répondre à une question essentielle : quel est notre antifascisme et sur quoi se fonde-t-il ?

thomasmalecot

Héritier·e·s d’une tradition politique dont la grille d’analyse de l’histoire, de ses événements et de ses mouvements se fonde sur l’étude concrète des conditions matérielles et des rapports de production d’une époque, décorréler le fascisme des conditions matérielles qui l’ont engendré constitue une erreur fondamentale. C’est de ce point que nous devons partir.

Face à un antifascisme moral — nécessaire, bien que parfois abstrait — fondé sur l’opposition au fascisme en tant qu’idéologie multi-oppressive (assise sur le patriarcat, le virilisme, l’autoritarisme, la négation de l’autonomie individuelle, le nationalisme, l’élitisme…), dans une lutte d’idées et de principes que nous revendiquons pleinement, nous affirmons la nécessité de le compléter par une lecture marxiste conséquente : s’attaquer au fascisme sans dénoncer les conditions qui l’ont rendu possible est un combat perdu d’avance.

S’attaquer au fascisme sans dénoncer le capitalisme, vecteur d’oppression, d’inégalités et d’expansionnisme, est une erreur.

S’attaquer au fascisme sans dénoncer tous les racismes — non seulement comme xénophobie individuelle, mais aussi comme systèmes d’oppression hérités du passé colonial des pays européens, dont les conséquences restent visibles dans nos sociétés postcoloniales — est une erreur.

S’attaquer au fascisme sans dénoncer le patriarcat, la militarisation des sociétés, le suprémacisme colonial et le nationalisme est une erreur.

S’attaquer au fascisme sans dénoncer le sécuritarisme, le propriétarisme, l’élitisme, l’autoritarisme, le centralisme, le validisme, l’âgisme et l’ensemble des structures d’oppression est une erreur.

Or c’est précisément à cela que nous assistons : à une montée en puissance en Europe, non seulement d’un crypto-néofascisme à peine camouflé, mais aussi d’une banalisation et d’une relativisation de multiples oppressions, rendant inévitable, d’un point de vue matérialiste, l’avènement d’une société fasciste si ces dynamiques ne sont pas combattues à leur racine.

Un antifascisme intégral et radical ne saurait donc être autre chose qu’un antifascisme intersectionnel, de classe, marxiste, universalisable et international.

Ainsi doit être notre antifascisme.