Menacé par Trump, Sánchez refuse d’être « complice d’un désastre » au Moyen-Orient

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04/03/2026

Le Premier ministre espagnol a étrillé l’offensive israélo-américaine contre l’Iran, assumant de ne pas coopérer avec le président américain sur ce dossier.

OSCAR DEL POZO / AFP
Menacé par Trump, Sánchez le tacle sur la guerre au Moyen-Orient et refuse d’être « complice d’un désastre ». (image d’illustration)

« La position du gouvernement espagnol tient en quatre mots : “Non à la guerre”. » Pedro Sánchez n’a pas flanché face aux pressions de Donald Trump. Le président américain avait pressé Madrid de coopérer davantage avec Washington alors que le conflit ouvert au Moyen-Orient entre dans son cinquième jour.

Depuis la Maison Blanche, Donald Trump avait menacé ce mardi 3 mars dans la soirée de « cesser tout commerce avec l’Espagne », accablant Madrid pour son refus de laisser les États-Unis utiliser des bases militaires situées en Andalousie dans le cadre de sa guerre contre l’Iran. « L’Espagne a été terrible » et « très, très peu coopérative », s’est plaint le milliardaire américain, reprochant au passage aux Espagnols leurs dépenses militaires qu’il juge insuffisantes.

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Loin de se laisser démonter, Pedro Sánchez a réaffirmé, ce mercredi, ses divergences avec Donald Trump. « Nous sommes opposés à ce désastre », a-t-il assumé face aux caméras, estimant que cette position était partagée par « de nombreux autres gouvernements » et « des millions de citoyens et de citoyennes qui, dans toute l’Europe, en Amérique du Nord et au Moyen-Orient, ne demandent pas pour demain plus de guerre ou plus d’incertitude ».

Le « suivisme aveugle et servile » n’est pas « une façon de diriger »

« Nous ne serons pas complices de quelque chose qui est mauvais pour le monde et qui est également contraire à nos valeurs et à nos intérêts, simplement par peur des représailles », a poursuivi Pedro Sánchez lors de sa conférence de presse. L’Espagnol a également remis en cause le récit américain autour des frappes, d’après des propos rapportés par El País« Il est naïf de croire que les démocraties ou le respect entre les nations peuvent naître des ruines », a-t-il cinglé.

Dans son allocution, où il a affirmé que le « suivisme aveugle et servile » n’était pas « une façon de diriger », le Premier ministre espagnol a par ailleurs déploré que les objectifs de Washington et d’Israël contre l’Iran « ne soient pas clairs »« Ce que nous savons en revanche, c’est qu’il n’en sortira pas un ordre international plus juste », a souligné le dirigeant socialiste, jugeant « inacceptable » que « des dirigeants […] utilisent l’écran de fumée de la guerre pour dissimuler leur échec ».

« L’Espagne est un pays souverain et pacifique » qui a « la légitimité de décider de la vie et des droits de ses citoyens », a martelé Pedro Sánchez, appelant une nouvelle fois à « la cessation des hostilités et une résolution diplomatique » entre toutes les puissances impliquées.

Sánchez soutenu par l’UE et par Macron

Madrid a reçu le soutien de l’UE face aux menaces commerciales de Donald Trump. « La Commission va s’assurer que les intérêts de l’Union européenne soient pleinement protégés. Nous sommes solidaires de tous les Etats membres et de leurs citoyens et sommes prêts à réagir si nécessaire, à travers notre politique commerciale commune, pour défendre les intérêts de l’UE », a déclaré un porte-parole de l’institution basée à Bruxelles.

« L’UE et les Etats-Unis ont conclu l’an dernier un accord commercial majeur », et la Commission « attend des Etats-Unis qu’ils respectent entièrement leurs engagements », a ajouté ce porte-parole, tout en réaffirmant que l’Europe « continuerait à oeuvrer pour des relations commerciales transatlantiques stables, prévisibles et mutuellement bénéfiques ».

Dans la foulée des menaces trumpistes, Pedro Sánchez a également échangé avec Emmanuel Macron ce mercredi. D’après l’Élysée, le chef de l’Etat lui a exprimé « la solidarité européenne de la France en réponse aux récentes menaces de coercition économique dont l’Espagne a été la cible ».