Mort de Quentin Deranque à Lyon : de nouvelles images le montrent en première ligne de la bagarre

Une vidéo, diffusée par plusieurs médias, montre Quentin Deranque, quelques minutes après la bagarre qui lui a coûté la vie. Debout, les mains ensanglantées, à côté d’un autre homme au poing également couvert de sang, il fait face à des passants. Certains lui conseillent de se rendre à l’hôpital, tandis que d’autres évoquent sa participation à une violente bagarre, et lui recommandent de quitter les lieux pour éviter tout problème avec la police. Sa tenue vestimentaire permet de l’identifier en première ligne des affrontements avec les antifascistes, et contredit définitivement la thèse d’un jeune militant pacifiste simplement venu protéger le collectif Némésis.

Ces images contredisent encore un peu plus le narratif de l’extrême-droite dans l’affaire Quentin Deranque. Diffusées par plusieurs médias, elles montrent le jeune homme de 23 ans, juste après la bagarre au cours de laquelle il a reçu les coups ayant entraîné sa mort. En comparant sa tenue vestimentaire avec d’autres séquences prises pendant l’affrontement avec les antifascistes, le média en ligne Contre Attaque a pu identifier sa position dans la bagarre : Quentin se trouvait en première ligne, visage dissimulé et aux côtés de militants d’extrême droite armés, et portait des coups aux antifascistes.

On le distingue sur plusieurs scènes de la bagarre : lors d’une charge en direction des antifascistes, au milieu de l’affrontement à l’angle de la rue Victor Lagrange, et enfin dans cette même rue, utilisée comme axe de fuite par les fascistes, où Quentin Deranque sera frappé au sol. À ses côtés, plusieurs militants d’extrême droite se montrent particulièrement violents. Dans un précédent article, nous mentionnions l’usage par ces derniers d’une béquille, d’une gazeuse lacrymogène et d’un parapluie comme armes. Les images confirment que les personnes manipulant ces objets se trouvaient toutes à proximité de Quentin lors des affrontements.

Quentin Deranque, encadré en rouge, était en première ligne de la bagarre. Il a porté des coups, et se trouve aux côtés de militants d’extrême droite dont plusieurs ont utilisé des armes (gazeuse lacrymogène, parapluie, béquille) contre les antifascistes.
Captures d’écran Blast, et Contre Attaque.

Ils étaient là pour ça, il y avait deux groupes, c’était une bagarre organisée

Loin d’être, comme l’ont prétendu de nombreux médias de droite, un jeune militant pacifiste venu protéger le collectif Némésis, Quentin faisait donc partie d’un groupe d’une quinzaine de militants fascistes, venus en découdre. C’est ce qu’indique un passant, quelques minutes après l’affrontement, alors que Quentin se tient debout à côté d’eux, à l’endroit exact où il a été frappé au sol.

Une passante, qui vient d’appeler les secours, précise que Quentin s’est « fait taper sur la tête ». Un témoin de la bagarre répond : « C’est des trucs qu’ils assument (…) ils étaient là pour ça. » Un autre explique : « Il y avait deux groupes, c’était une bagarre organisée, il y a deux groupes qui se sont bagarrés. »

Visiblement sonné, Quentin ne répond pas. À côté de lui, un autre jeune homme, probablement membre du même groupe, comme en témoignent ses phalanges ensanglantées, reste également silencieux et laisse ainsi entendre qu’ils étaient présents pour participer aux violences. La présence de ce deuxième homme sur les lieux correspond aux éléments apportés par le procureur de la République, qui a indiqué lors d’une conférence de presse qu’un des amis de Quentin était revenu le chercher après l’affrontement.

Quentin Deranque après la bagarre avec des antifascistes.


Images : Contre Attaque

Au cours de la discussion, alors que la femme ayant appelé les secours recommande à Quentin de se rendre à l’hôpital, un passant commente : « Moi, je serais vous, je partirais ». Un autre ajoute : « Je ferais la même chose. » Alors que la dame insiste sur la nécessité de se rendre aux urgences, un homme précise : « Je pense qu’il faut qu’il aille à Saint Jo [nom d’un hôpital lyonnais] parce qu’il a l’air d’avoir vraiment mal (…) mais s’il veut pas de problème avec la police je pense qu’il faut qu’il parte. »

Quentin et son acolyte suivront finalement ces conseils et se rendront dans le Vieux Lyon, quartier de prédilection des militants néofascistes lyonnais, à environ deux kilomètres du lieu de la bagarre. C’est là que Quentin sera finalement pris en charge par les pompiers, vers 19 heures 40, soit une heure et demie après la vidéo tournée à 18 heures 07.

Fondateur du groupuscule néo-fasciste Allobroges Bourgoin

En plus de confirmer la présence de Quentin en première ligne des affrontements avec les antifascistes, cette nouvelle vidéo semble attester son appartenance aux Allobroges Bourgoin, un groupuscule néofasciste actif en Isère, qu’il aurait contribué à fonder, selon Le Figaro. Une photo diffusée par les Allobroges Bourgoin sur leur canal Telegram permet d’identifier un jeune homme dont la silhouette et les chaussures correspondent à celles de Quentin Deranque le jour de sa mort.

Les images de Quentin après la bagarre montrent un homme à la même corpulence et aux mêmes chaussures que celles portées par un membre des Allobroges Bourgoin, groupuscule néo-fasciste dont Quentin était membre.
Captures d’écran Blast

Comme nous le mentionnions dans notre précédent article sur l’affaire, les Allobroges Bourgoin s’affichent ouvertement en compagnie de différents groupuscules néonazis, dont les Hussards Paris et les Active Club. On les retrouvait également, en décembre dernier, aux côtés d’Audace Lyon. Ce groupuscule, qui organise régulièrement des entraînements au combat, auxquels Quentin participait, est dans la tourmente depuis les révélations de l’Humanité sur l’organisation, à l’automne dernier, de guets-apens à l’encontre des antifascistes. En octobre 2025, Audace affichait ouvertement son projet violent en déployant à Lyon une banderole sur laquelle on pouvait lire : « Antifa, te casse pas la tête, Audace s’en chargera ».

Le groupuscule néofasciste Audace Lyon s’affiche aux côtés des Allobroges Bourgoin, groupe cofondé par Quentin Deranque.
Crédit : captures d’écran Blast.

Des fascistes de Clermont-Ferrand et d’autres villes impliqués dans l’affrontement ayant entraîné la mort de Quentin Deranque

Le média indépendant clermontois Mediacoop a révélé que des militants d’extrême droite, venus de Clermont-Ferrand, étaient présents à Lyon le jour de la mort de Quentin Deranque pour affronter les antifascistes. Ils appartiendraient au groupe néofasciste Clermont non conforme, qui, le 6 février dernier, rendait hommage aux émeutiers du 6 févier 1934 et à l’écrivain fasciste Robert Brasillach, exécuté le 6 février 1945 pour collaboration avec l’Allemagne nazie. Une source fiable a également indiqué à Mediacoop que des militants d’autres villes étaient présents le soir de la bagarre ayant coûté la vie à Quentin. La source a cité les villes de Valence, Besançon, Grenoble et Aix-en-Provence. Des informations que nous n’avons pas pu recouper.

Quelques jours avant la mort de Quentin Deranque, les militants de Clermont non conforme, dont plusieurs se seraient trouvés à Lyon lors de la bagarre ayant coûté la vie à Quentin, rendaient hommage aux fascistes morts le 6 février 1934, et à l’antisémite Robert Brasillach, fusillé le 6 février 1945 pour collaboration avec l’Allemagne nazie.

La présence de membres de Clermont non conforme apparaît en tout cas plausible, tant le groupe auvergnat entretient des liens étroits avec les néofascistes lyonnais. Une figure de Clermont non conforme, Eliot V., est un ancien militant de Lyon ayant déménagé dans la capitale auvergnate il y a quelques années. Selon une source antifasciste, Quentin Deranque lui-même se rendait régulièrement à Clermont-Ferrand et apparaîtrait dans des vidéos de Clermont non conforme. Plusieurs membres de cette organisation étaient d’ailleurs présents le 21 février à Lyon au sein de la manifestation néofasciste en hommage à Quentin Deranque. Parmi eux, Tristan Arnaud, figure de la mouvance néofasciste française condamné à plusieurs reprises pour violences, que l’on voit sur des images assurer le service d’ordre aux côtés du néonazi Marc de Cacqueray-Valménier. Des militants du groupuscule violent Vandal Besak ont aussi été reconnus dans le défilé.

Lors de la marche en hommage à Quentin Deranque, le 21 février à Lyon, le petit monde du néofascisme et du néonazisme s’est retrouvé.
Crédit photo : Pixel Archiv.

Pourquoi des militants de Clermont-Ferrand, Valence, Besançon, Grenoble ou Aix-en-Provence auraient-ils parcouru des centaines de kilomètres pour se rendre à Lyon le 12 février, jour de la bagarre qui a coûté la vie à Quentin Deranque ? Si ces éléments se confirment, ils renforceraient la thèse d’un guet-apens organisé par l’extrême droite contre les antifas. Les jeunes femmes de Némésis auraient-elles servi d’appât, un rôle qu’elles endossent parfois, comme le montrent des conversations internes au groupe, remontant à l’automne dernier et révélées par L’Humanité ? L’enquête devra aussi faire la lumière sur ce point.

Une enquête judiciaire qui se complique

Pour le moment, six hommes suspectés d’avoir porté des coups à Quentin Deranque ont été mis en examen pour homicide volontaire, et un autre pour complicité. Mais, alors que de nouveaux éléments redéfinissent le récit des faits, l’attribution des responsabilités se complique.

L’information judiciaire « va être longue », avait déjà déclaré le procureur de la République de Lyon, Thierry Dran, lors d’une conférence de presse le 19 février. Il avait précisé que les juges d’instruction étaient saisis « de l’ensemble des faits », c’est-à-dire de « tout ce qu’il s’est passé bien avant, avant, pendant et même après ».

 

Pour les faits ayant mené à la mort de Quentin Deranque, tous les suspects, présumés innocents, contestent fermement toute intention de tuer.

 

Crédits photo/illustration en haut de page :
Morgane Sabouret