1 L’abstention exceptionnellement élevée traduit la profondeur de la crise politique que traverse le pays. Les mairies avaient longtemps été relativement préservées sur ce plan mais ce n’est plus le cas. Ce phénomène touche surtout les jeunes et les classes populaires. Cela dessert particulièrement la gauche parce que les plus aisés et les retraités restent eux pleinement mobilisés pour voter. Manifestement personne n’a su trouver la parade à gauche pour ramener les abstentionnistes aux urnes pour l’instant pas plus LFI que la gauche non mélenchoniste. Tout le boulot reste à faire…
2 Sans être le raz de marée redouté, le RN a sensiblement progressé et il s’enracine en conquérant de nombreuses mairies tout en perdant peu de celles qu’il avait prises en 2020. On n’observe plus le phénomène qui s’était reproduit souvent dans les années 1990 de retour de bâton rapide après une première victoire du RN. Le phagocytage durable de l’électorat et des cadres de la droite classique progresse désormais y compris sur le terrain de la politique locale.
3 On a bien assisté au cours de cette campagne à l’effondrement redouté du front républicain parmi les dirigeants de droite et macronistes. Non seulement les responsables de LR mais aussi ceux de tout le « bloc central » ont passé infiniment plus de temps et mobilisé infiniment plus d’énergie pour taper a bras raccourci sur la gauche que sur l’extrême droite à laquelle ils n’ont au contraire pas cessé de faire du gringue tant sur le plan des idées que sur celui des candidats. Au point même d’essayer de nous vendre un Front Républicain à l’envers contre LFI comme Bruno Retailleau.
L’union des droites est manifestement très largrment en marche. Il faut espérer cependant que les déroutes de Rachida Dati à Paris, de Jean-Michel Aulas à Lyon et de Martine Vassal à Marseille serviront de leçon au « bloc central ». Peut-être ses dirigeants vont ils enfin comprendre qu’il n’y a rien à gagner pour eux à s’aligner sur l’agenda et les pratiques mafieuses de la droite trumpo-sarkozyste ni à flirter en permanence avec les thèmes de l’extrême-droite en suivant les consignes de Vincent Bolloré et de ses médias.
Il y a urgence absolue en tout cas à parvenir à rétablir la véritable hiérarchie des risques dans le débat public : ce qui menace la démocratie, les droits et libertés de nos concitoyen.ne.s et l’avenir de la France et de l’Europe ce ne sont pas bien sûr LFI et ses 10% de partisans malgré toutes les outrances et les dérives de leur leader mais bien l’extrême droite qui est, elle, effectivement aux portes du pouvoir. Il nous faut absolument réussir à faire en sorte que la droite républicaine et le bloc central cessent enfin de s’aligner sur l’agenda de Vincent Bolloré et acceptent de reconstruire un front républicain car la gauche est trop faible pour l’instant pour empêcher à elle seule la victoire de l’extrême droite l’an prochain.
4 La victoire de la gauche à Paris, Lyon et Marseille est évidemment une excellente nouvelle. Elle ne peut pas masquer cependant son énorme faiblesse persistante et le recul global de son influence aggravé par ses profondes divisions.
LFI s’est investie réellement pour la première fois dans cette échéance municipale. Partant de zéro,
elle a certes enregistré quelques succès spectaculaires quand elle a su s’appuyer sur des militants très reconnus localement mais globalement elle reste en réalité presque partout très loin du niveau qu’elle avait atteint aux élections européennes de 2024 sans parler de la présidentielle de 2022. La stratégie de bruit et de fureur et de division de la gauche qu’elle poursuit avec virulence depuis 2024 en vue d’imposer au reste de la gauche la candidature de JLM pour 2027 sans avoir à négocier d’accords, l’a de plus empêché souvent de capitaliser au second tour sur les résultats atteints au premier quand elle était en tête à gauche. Il y a urgence absolue que LFI cesse enfin d’alimenter la machine à faire perdre la gauche et à faire grimper l’extrême-droite.
La gauche non melenchoniste même si elle sauve les meubles à Paris, Lyon et Marseille et enregistre quelques gains par ailleurs subit malgré tout beaucoup plus de pertes encore, notamment du côté des écologistes. Ces élections municipales ont montré combien cette gauche reste très loin encore de pouvoir former une alternative crédible et mobilisatrice pour les Français.es tant au désastre macroniste qu’à la menace mortelle que représente l’extrême droite.
Taper à bras raccourci sur LFI matin, midi et soir ou hurler unité, unité en sautant comme un cabri ne constituent pas un projet : cette question n’intéresse en réalité personne. Ces élections municipales n’ont pas permis de trancher ce débat stratégique au sujet de la recherche ou non d’une alliance avec LFI. Des configurations d’alliance ont réussi à sauver des villes comme à Nantes ou Lyon tandis qu’elles ont échoué ailleurs. De même des refus d’alliance ont été gagnants quand même comme à Paris ou à Marseille mais d’autres ont fait basculer les villes à droite ou ont été perdantes face à LFI comme à Vaux en Velin.
Bref, dans la perspective de 2027, cette gauche non mélenchoniste a encore énormément de pain sur la planche si elle veut pouvoir jouer un rôle et contribuer à stopper l’extrême droite. Mais son principal problème n’est ni de mettre sur pied une primaire pour départager ses multiples candidat.e.s potentiel.le.s ni de s’étriper sur la question des alliances avec LFI ou avec le centre, mais de se doter enfin collectivement d’un récit mobilisateur pour l’avenir du pays et de propositions à la fois crédibles et ambitieuses en termes de transformation pour améliorer la vie des Français.es. Des propositions qui doivent permettre de vaincre la déprime collective ambiante qui nous pousse dans les bras du RN et de ramener aux urnes les couches populaires qui s’en sont éloignées. Au delà de la gauche, il est aussi de mettre toute la pression nécessaire sur le bloc central pour reconstituer l’indispensable front républicain. Il n’y a plus une minute à perdre…